Banques centrales

Inflation : l'Allemagne grimpe à 3,3 % en septembre, au plus haut depuis décembre 2023, dans le sillage de la France et de l'Italie

L'inflation allemande a atteint 3,3 % sur un an en septembre selon l'estimation provisoire de Destatis, contre 2,9 % en août, un sommet depuis décembre 2023. L'énergie y progresse de 14,9 %, et l'Allemagne rejoint la France et l'Italie dans l'accélération des prix.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Sujet en coursMis à jour le 30 septembre 2026Suivi ouvert le 30 juin 2026
Représentation abstraite de l'architecture institutionnelle européenne et de la stabilité monétaire, symbolisant la confiance retrouvée de la BCE dans sa politique de taux

L'Allemagne confirme le mouvement. Selon l'estimation provisoire publiée mercredi 30 septembre à 14h00 par l'office fédéral de la statistique (Destatis), les prix à la consommation y progressent de 3,3 % sur un an en septembre, après 2,9 % en août. L'indice harmonisé (IPCH), celui que suit la BCE, affiche le même rythme de 3,3 %, contre 2,9 % le mois précédent d'après Eurostat. Sur un mois, les prix augmentent de 0,6 %. L'IPCH allemand n'avait plus été aussi élevé depuis décembre 2023 (3,7 %).

L'énergie reste le moteur principal : les prix de l'énergie domestique et des carburants bondissent de 14,9 % sur un an, contre 10,5 % en août et 8,3 % en juillet. Les biens accélèrent à 3,8 %, après 3,0 %, et l'alimentation passe de 0,1 % à 0,4 %. Le reste du panier ne s'emballe pas : l'inflation hors alimentation et énergie reste stable à 2,4 % pour le quatrième mois consécutif, et celle des services ralentit légèrement, de 2,8 % à 2,7 %.

Avec ce chiffre, les trois plus grandes économies de la zone euro publient toutes une accélération nette en septembre : 3,3 % en Allemagne, 3,4 % en France (Insee) et 4,1 % en Italie (Istat), en données harmonisées. Le résultat allemand dépasse d'un dixième le consensus de 3,2 % relevé par Trading Economics. Selon Dow Jones Newswires, les investisseurs restent partagés à parts à peu près égales sur une nouvelle hausse des taux de la BCE le 29 octobre.

La prochaine étape est l'estimation rapide d'Eurostat pour l'ensemble de la zone euro, attendue vendredi 2 octobre, après 3,2 % en août. Destatis publiera ses résultats définitifs pour l'Allemagne le 13 octobre. Pour les épargnants, une inflation qui s'installe au dessus de 3 % dans les grands pays de la zone réduit d'autant le rendement réel des livrets et des fonds en euros.

Chronologie

Les développements précédents, du plus récent au plus ancien.

  1. Inflation : 3,4 % en France, 4,1 % en Italie, la pression monte sur la BCE pour une nouvelle hausse

    L'inflation harmonisée a bondi en septembre à 3,4 % en France, 4,1 % en Italie et 5,0 % en Espagne sous l'effet de l'énergie. Ces chiffres, supérieurs aux attentes, renforcent les paris sur une nouvelle hausse des taux de la BCE, dont la prochaine décision est attendue le 29 octobre.

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    L'inflation a nettement accéléré en septembre dans les grandes économies de la zone euro, sous l'effet du choc énergétique lié à la guerre en Iran. En France, l'indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) progresserait de 3,4 % sur un an, après 2,6 % en août, selon l'estimation provisoire publiée par l'Insee mercredi 30 septembre. L'indice national (IPC) passerait de 2,4 % à 3,0 %, porté par les prix de l'énergie, en hausse de 21,2 % sur un an, et par les produits frais (+9,9 %).

    Le mouvement est encore plus marqué chez les voisins. En Italie, l'IPCH bondit à 4,1 %, après 3,2 % en août, d'après l'Istat, au delà des 3,8 % attendus par les 17 analystes interrogés par Reuters ; les prix de l'énergie réglementée y montent de 25,9 % sur un an. En Espagne, l'indicateur avancé de l'INE, publié mardi, place l'inflation harmonisée à 5,0 %, contre 4,6 % en août selon Eurostat. En Allemagne, les premières données régionales montrent une hausse dans cinq Länder ; les économistes sondés par Reuters attendent un taux harmonisé national de 3,2 %, après 2,9 %, publication prévue dans la journée.

    Ces chiffres précèdent l'estimation rapide d'Eurostat pour l'ensemble de la zone euro, attendue vendredi 2 octobre. Le consensus Reuters table sur 3,6 %, après 3,2 % en août. Ce niveau atteindrait dès septembre le pic que les projections des services de la BCE, publiées le 10 septembre, n'attendaient qu'au quatrième trimestre 2026. Selon Mariana Monteiro, économiste chez J.P. Morgan citée par Reuters, l'énergie a surpris à la hausse dans tous les pays ayant publié, l'alimentation aussi, dans une moindre mesure. Plusieurs économistes cités par Reuters situent désormais le point haut plus près de 4 %.

    Lundi 28 septembre, devant la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, Christine Lagarde a rappelé la doctrine de l'institution : « nous ne réagissons pas aux prix de l'énergie, nous réagissons si nous voyons un risque que la hausse des prix de l'énergie s'ancre dans l'inflation ». La présidente de la BCE n'observe pas encore de tels effets de second tour, la rémunération par salarié ayant ralenti à 3,3 % au deuxième trimestre, et juge qu'une réponse mesurée reste appropriée. Les investisseurs, eux, anticipent désormais quatre hausses de taux supplémentaires sur les douze prochains mois, selon Reuters. Rory Fennessy, économiste chez Oxford Economics, estime qu'à l'approche de l'hiver et faute de désescalade en vue, une détente rapide des prix de l'énergie est peu probable, et que l'inflation sous jacente pourrait monter jusqu'au début de 2027.

    Le prochain rendez vous est fixé au 29 octobre, à l'issue de la réunion de politique monétaire de Francfort. Pour les épargnants français, une inflation harmonisée à 3,4 % rogne le rendement réel des placements à taux fixe, tandis qu'une troisième hausse des taux directeurs cette année soutiendrait la rémunération des supports indexés sur les taux courts et renchérirait encore le crédit immobilier.

  2. La BCE relève ses taux à 2,50 % et repousse le retour de l'inflation à 2 %

    Le Conseil des gouverneurs a relevé ses trois taux directeurs de 25 points de base, portant le taux de dépôt à 2,50 % au 16 septembre. Les projections de septembre repoussent le retour à la cible : l'inflation est attendue à 2,5 % en 2027, contre 2,3 % prévus en juin.

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    La Banque centrale européenne a relevé ses trois taux directeurs de 25 points de base jeudi 10 septembre. Le taux de la facilité de dépôt passe de 2,25 % à 2,50 %, le taux des opérations principales de refinancement de 2,40 % à 2,65 % et celui de la facilité de prêt marginal de 2,65 % à 2,90 %. Ces niveaux prennent effet le 16 septembre 2026. Il s'agit du deuxième relèvement de l'année, après celui décidé le 11 juin et entré en vigueur le 17 juin.

    La décision elle même était acquise : les 65 économistes interrogés par Reuters entre le 31 août et le 3 septembre l'anticipaient, et les marchés lui donnaient une probabilité de 100 %. La nouveauté tient aux projections des services de la BCE, publiées le même jour, qui déplacent l'horizon du retour à la cible. L'inflation totale est désormais attendue à 3,0 % en 2026, 2,5 % en 2027 et 2,1 % en 2028. En juin, la même séquence donnait 3,0 %, 2,3 % et 2,0 %.

    La révision paraît modeste en apparence. Elle change pourtant la lecture de la trajectoire : en juin, la BCE affichait un retour à 2 % en fin d'horizon, ce que ses projections de septembre ne montrent plus. L'inflation sous jacente, hors énergie et alimentation, est elle aussi revue à la hausse pour 2027, de 2,5 % à 2,6 %, et s'établirait à 2,5 % en 2026 puis 2,3 % en 2028. Le choc énergétique iranien cesse donc d'être traité comme un épisode purement transitoire.

    La croissance, en revanche, est revue légèrement à la hausse. Le produit intérieur brut réel de la zone euro progresserait de 0,9 % en 2026, 1,4 % en 2027 et 1,5 % en 2028, contre 0,8 %, 1,2 % et 1,5 % en juin. Le Conseil des gouverneurs a par ailleurs confirmé que les portefeuilles des programmes d'achats d'actifs APP et PEPP continuent de décroître à un rythme mesuré et prévisible, l'Eurosystème ne réinvestissant plus les remboursements des titres arrivant à échéance.

    Sur la suite, l'institution ne s'engage sur aucune trajectoire prédéfinie. Elle réaffirme une approche dépendante des données, réunion par réunion, fondée sur son évaluation des perspectives d'inflation et des risques associés. Avant l'annonce, le rendement du Bund allemand à dix ans évoluait à 3,432 %, juste sous son plus haut niveau depuis quinze ans atteint en début de semaine. Christine Lagarde devait détailler ces arbitrages lors de sa conférence de presse de 14h45.

    Pour les épargnants français, la hausse conforte la rémunération des supports adossés aux taux courts et des fonds obligataires datés, dont les points d'entrée se sont redressés depuis l'été. Elle maintient aussi la pression sur les fonds en euros, dont les portefeuilles obligataires anciens se revalorisent lentement, et sur le coût du crédit immobilier.

  3. Jour de décision à Berlin : la BCE devrait porter son taux de dépôt à 2,50 % face au choc énergétique iranien

    Le Conseil des gouverneurs de la BCE, réuni à Berlin, doit annoncer à 14h15 une hausse de 25 points de base portant le taux de dépôt à 2,50 %. La reprise des frappes entre Washington et Téhéran a ramené le Brent au dessus de 100 dollars et porté l'inflation de la zone euro à 3,3 % en août.

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    La hausse anticipée depuis la mi-août arrive à échéance. Le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne, réuni les 9 et 10 septembre à Berlin, doit annoncer sa décision à 14h15, suivie de la conférence de presse de Christine Lagarde à 14h45. Les économistes attendent une hausse de 25 points de base portant le taux de dépôt de 2,25 % à 2,50 %, deuxième mouvement de l'année après celui du 11 juin. Selon les données LSEG citées par CNBC, les marchés donnaient mercredi une probabilité de 100 % à une hausse d'au moins 25 points de base.

    Ce qui a changé depuis le consensus du 13 août tient en deux chiffres. La reprise des frappes entre les États-Unis et l'Iran depuis la fin août, visant des actifs militaires, maritimes et énergétiques, a interrompu un mois de calme relatif et ramené le baril de Brent au-dessus de 100 dollars. L'inflation annuelle de la zone euro est montée à 3,3 % en août selon l'estimation rapide d'Eurostat publiée le 1er septembre, contre 2,9 % en juillet, avec une composante énergie à 14,3 % après 10,3 %.

    Les indicateurs que surveille la BCE restent pourtant sages. L'inflation sous jacente, qui exclut l'énergie, l'alimentation, l'alcool et le tabac, est revenue de 2,5 % à 2,4 % en août. Les services décélèrent à 3,0 % après 3,3 %, les hausses salariales se modèrent et les anticipations d'inflation des consommateurs ont été revues en baisse. Andrew Kenningham, chez Capital Economics, juge que ce choc énergétique ne déclenchera pas de spirale prix salaires, les conditions de demande étant moins favorables qu'en 2022. Carsten Brzeski, chef économiste macro chez ING, observe que les entreprises allemandes ont jusqu'ici absorbé la hausse des coûts.

    Le vrai enjeu porte sur la suite. Felix Feather, économiste chez Aberdeen, estimait mercredi qu'une hausse était « all but certain » et attend un ton restrictif, tout en gardant ouverte « une trajectoire de maintien prolongé des taux à 2,5 % ». Les marchés, eux, intègrent une hausse supplémentaire cette année puis un à deux mouvements l'an prochain. Une enquête de Deutsche Bank auprès de ses clients ne dégage aucun consensus : plus d'un tiers voit le taux atteindre 2,75 %, un quart table sur une seule hausse encore, un autre quart sur un taux terminal à 3 %.

    La BCE publiera jeudi de nouvelles projections de l'Eurosystème, avec une révision attendue à la hausse de la croissance 2026 et un report probable de la date de retour de l'inflation vers 2 %, que la banque plaçait en juin à l'été 2027. Ces prévisions ne captureront pas entièrement la flambée récente, notamment celle du gaz : Barclays note que les prix gaziers s'échangent désormais entre les hypothèses de scénario adverse et de scénario sévère, un choc dont la diffusion est plus lente mais les effets plus persistants sur l'inflation hors énergie.

    Pour l'épargnant français, l'effet reste différé. Le taux du Livret A a été porté à 1,70 % au 1er août et ne sera revu qu'au 1er février 2027 : une hausse du taux de dépôt en septembre alimentera ce calcul sans rien changer à la rémunération servie aujourd'hui. Le durcissement se lit davantage sur la dette souveraine, où l'OAT française à dix ans était cotée à 4,25 % le 9 septembre selon l'Agence France Trésor, au plus haut depuis 2008. Les fonds euros des contrats d'assurance vie, eux, continuent de renouveler leurs portefeuilles obligataires à des rendements plus élevés au fil des tombées.

  4. La BCE tiendrait sa dernière hausse de taux le 10 septembre, au terme du cycle le plus court depuis 2011

    Le consensus des économistes interrogés par Reuters, publié le 13 août 2026, attend une ultime hausse de 25 points de base le 10 septembre, portant le taux de dépôt de la BCE à 2,50 %. Le resserrement se limiterait à 50 points de base en trois mois, la séquence la plus brève depuis 2011.

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    Le consensus des économistes interrogés par Reuters, publié le 13 août 2026, table sur une ultime hausse de 25 points de base (un point de base vaut 0,01 %) lors du Conseil des gouverneurs du 10 septembre. Le taux de dépôt (la rémunération servie aux banques sur les liquidités qu'elles déposent auprès de la BCE, taux de référence de la politique monétaire de la zone euro) passerait de 2,25 % à 2,50 %. Le mouvement clôturerait le cycle ouvert le 11 juin 2026, dont la première hausse est entrée en vigueur le 17 juin.

    La réunion se tient les 9 et 10 septembre à Berlin, accueillie par la Deutsche Bundesbank, avec les nouvelles projections trimestrielles de l'Eurosystème à l'appui. Le 23 juillet, la BCE avait laissé ses trois taux inchangés : dépôt à 2,25 %, opérations principales de refinancement à 2,40 %, prêt marginal à 2,65 %. Le communiqué indiquait alors que l'effet inflationniste du choc énergétique n'avait pas encore produit tous ses effets, et réaffirmait une approche réunion par réunion sans trajectoire prédéfinie.

    Une hausse en septembre porterait le resserrement total à 50 points de base en trois mois. La dernière séquence aussi brève remonte à 2011 : la BCE avait relevé ses taux de 25 points de base le 13 avril puis le 13 juillet 2011, avant d'annuler les deux mouvements dès le 9 novembre et le 14 décembre de la même année. Le cycle de 2022 et 2023 avait duré quatorze mois et dix hausses, portant le taux de dépôt de moins 0,50 % à 4,00 %.

    Les chiffres publiés depuis la pause de juillet nourrissent les deux camps. L'inflation annuelle de la zone euro est remontée à 2,9 % en juillet selon l'estimation rapide d'Eurostat, contre 2,8 % en juin, avec une composante énergie à 10,0 % et une inflation sous-jacente à 2,5 %. La croissance, elle, a surpris à la hausse : le PIB de la zone euro a progressé de 0,4 % au deuxième trimestre, soit 1,0 % sur un an, la France affichant 0,2 %. Deutsche Bank écrivait dès le 24 juillet qu'une hausse de septembre à 2,50 % était pratiquement acquise, tout en plaçant le risque d'un mouvement supplémentaire sous condition d'une énergie durablement chère ou d'effets de second tour sur les salaires.

    Pour l'épargnant français, la répercussion la plus tangible est déjà passée. Le taux du Livret A a été relevé de 1,50 % à 1,70 % au 1er août 2026 par l'arrêté du 28 juillet 2026, le LDDS (Livret de développement durable et solidaire) suivant le même taux, tandis que le LEP (Livret d'épargne populaire) reste à 2,50 %. La formule retient l'inflation hors tabac sur douze mois et la moyenne des taux interbancaires de la zone euro, avec une révision tous les six mois : une hausse du taux de dépôt en septembre alimenterait donc le calcul de la prochaine échéance, au 1er février 2027, sans effet immédiat sur la rémunération servie aujourd'hui. Les fonds euros des contrats d'assurance vie, eux, renouvellent leurs portefeuilles obligataires à des rendements plus élevés au fil des tombées.

  5. La BCE affiche sa confiance : pour Lagarde, la hausse des taux prouve la résilience de la zone euro

    À Sintra, Christine Lagarde a présenté la hausse des taux du 11 juin comme la preuve que la zone euro peut désormais relever ses taux sans craindre de déclencher un stress financier. La BCE revient aux taux comme outil principal, après une décennie d'instruments d'urgence.

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    La Banque centrale européenne (BCE) aborde sa nouvelle phase de politique monétaire avec une assurance retrouvée. Lors du Forum de la BCE sur la politique monétaire réuni à Sintra, au Portugal, le 29 juin 2026, sa présidente Christine Lagarde a présenté la hausse de taux décidée le 11 juin comme la démonstration que la zone euro a bâti une résilience suffisante pour relever ses taux sans déclencher de stress financier. Pour les épargnants français, ce changement de ton dessine un environnement de taux durablement plus élevés que celui des années 2020 à 2024.

    Une hausse présentée comme un test de solidité réussi

    Le 11 juin 2026, la BCE a relevé ses trois taux directeurs de 25 points de base, première remontée depuis près de trois ans. Le taux de la facilité de dépôt, qui rémunère les liquidités déposées par les banques auprès de la BCE, est passé de 2,00 % à 2,25 %, effectif au 17 juin. Le taux des opérations principales de refinancement s'établit à 2,40 % et celui de la facilité de prêt marginal à 2,65 %.

    Cette décision répondait aux pressions inflationnistes nées du choc énergétique lié au conflit au Proche-Orient. À Sintra, Christine Lagarde a tenu à distinguer ce geste d'une simple mesure de précaution. La hausse, a-t-elle souligné, était robuste face à un large éventail de scénarios, qu'ils décrivent une évolution plus douce ou plus sévère du choc énergétique.

    « La résilience que l'Europe a bâtie signifie que les effets d'une hausse de taux sur l'économie sont plus contenus », a déclaré Christine Lagarde lors de son intervention à Sintra le 29 juin 2026.

    D'où vient cette résilience nouvelle

    La présidente de la BCE attribue cette solidité à dix années de réformes structurelles. La supervision bancaire a été renforcée, de nouvelles règles de résolution des banques en difficulté ont été introduites, et des outils budgétaires communs ont vu le jour, à l'image du Mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds de secours de la zone euro, et de NextGenerationEU, le plan de relance financé par dette commune.

    Trois facteurs supplémentaires consolident ce socle. Les anticipations d'inflation restent ancrées autour de la cible de 2 %. La transition énergétique réduit progressivement l'exposition du continent aux variations des prix des combustibles fossiles, des pays comme le Portugal, l'Espagne et la France produisant une part croissante de leur électricité indépendamment du prix du gaz naturel. Enfin, l'amélioration des capacités d'analyse et de prévision de la BCE lui permet, selon Lagarde, de décider sans pression de temps, les marchés anticipant généralement ses mouvements à l'avance.

    La « zone intermédiaire », nouveau terrain de jeu des banquiers centraux

    Christine Lagarde a introduit une grille de lecture inédite pour les décisions à venir. Les chocs qui frappent l'économie ne sont plus toujours faciles à classer entre ceux que la banque centrale peut ignorer et ceux qui exigent une réaction vigoureuse.

    « Nous pourrions donc nous retrouver plus souvent dans une zone intermédiaire, entre les chocs que nous pouvons regarder passer et ceux auxquels nous devons réagir avec force », a expliqué la présidente de la BCE.

    Naviguer dans cette zone grise réclame de l'innovation, a-t-elle reconnu, et la BCE compte s'appuyer sur les enseignements de ces dernières années. Les guerres commerciales, comme les droits de douane américains, et les variations brutales du prix du pétrole liées au Proche-Orient illustrent ces chocs d'offre imprévisibles, qui montent et refluent rapidement, brouillant la frontière entre pressions inflationnistes temporaires et durables.

    Retour aux taux d'intérêt comme outil principal

    Après plus de treize années dominées par les achats d'obligations, les prêts d'urgence aux banques et les engagements sur la trajectoire future des taux, la BCE peut de nouveau s'appuyer sur le taux d'intérêt comme principal levier de pilotage de l'inflation. Lagarde a résumé ce virage comme un retour aux fondamentaux, sans pour autant signifier un retour à la situation d'avant la crise de 2008.

    Le forward guidance, cette pratique consistant à annoncer à l'avance l'orientation future des taux, n'est plus à l'ordre du jour. La présidente lui substitue un framework guidance, c'est à dire une explication de la méthode de décision, fondée sur trois facteurs : les perspectives d'inflation, la dynamique de l'inflation sous-jacente et la force de transmission de la politique monétaire. La BCE éclaire désormais le comment de ses choix plutôt que d'en promettre le contenu.

    Perspectives d'inflation et lectures divergentes

    Les nouvelles projections des services de l'Eurosystème tablent sur une inflation moyenne de 3,0 % en 2026, 2,3 % en 2027 et 2,0 % en 2028. L'inflation sous-jacente, qui exclut l'énergie et l'alimentation, est attendue à 2,5 % en 2026 et 2027, puis 2,2 % en 2028. Le profil reste marqué par des risques à la hausse sur les prix et à la baisse sur la croissance.

    Le chef économiste de la BCE, Philip Lane, a estimé le 18 juin que de nouvelles hausses de taux demeuraient justifiées, même sous un scénario économique plus modéré. Du côté des analystes, l'intervention de Sintra a été perçue comme nettement plus ferme que la moyenne des prises de parole de Lagarde, le Speechtracker de FXStreet lui attribuant une note de 7,3 sur 10 contre une base habituelle de 5,6. Les marchés avaient anticipé la hausse de juin avec une quasi-certitude, des membres du Conseil des gouverneurs ayant signalé leur intention aussi bien du côté restrictif que du côté accommodant.

    Ce que cela change pour votre épargne

    Des taux directeurs plus élevés se répercutent progressivement sur la rémunération de l'épargne. Le rendement des fonds euros, le support garanti des contrats d'assurance vie investi majoritairement en obligations, profite mécaniquement d'un environnement de taux plus généreux à mesure que les assureurs renouvellent leurs portefeuilles obligataires. À l'inverse, le Livret A est rémunéré à 1,5 % depuis le 1er février 2026, son taux étant fixé par une formule qui combine inflation et taux interbancaires, sans suivre directement le taux de dépôt de la BCE.

    Pour les détenteurs d'unités de compte, ces supports non garantis adossés aux marchés financiers, la remontée des taux pèse à court terme sur la valorisation des obligations existantes mais améliore le rendement des nouvelles émissions. La trajectoire dépendra des données économiques à venir, la BCE ayant réaffirmé son approche réunion par réunion, sans calendrier prédéfini.

    Les points à surveiller

    Trois variables guideront les prochaines décisions. L'évolution des prix de l'énergie, d'abord, dont le choc actuel reste tributaire de la situation au Proche-Orient. La dynamique de l'inflation sous-jacente, ensuite, qui détermine le caractère durable ou transitoire des tensions. La solidité de la croissance, enfin, dont la BCE surveille le ralentissement potentiel. Aucune date n'a été avancée pour la prochaine décision de politique monétaire.

    Pour l'épargnant français, le message de Sintra invite à réexaminer l'allocation entre supports garantis et placements de long terme, dans un contexte où le coût de l'argent redevient un paramètre central de la stratégie patrimoniale.

Suivi ouvert le 30 juin 2026

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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