Macroéconomie

Inflation à 3 % en septembre, au plus haut depuis février 2024 : l'énergie bondit de 21,2 %

Les prix à la consommation augmenteraient de 3,0 % sur un an en septembre selon l'Insee, contre 2,8 % attendu. L'énergie grimpe de 21,2 %, la consommation de biens a reculé de 0,5 % en août et le Livret A à 1,7 % passe 1,3 point sous l'inflation.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite de la hausse des prix en zone euro, portée par le pétrole et l'énergie en septembre 2026

Les prix à la consommation en France augmenteraient de 3,0 % sur un an en septembre 2026, après 2,4 % en août, selon l'estimation provisoire publiée mercredi 30 septembre par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Le glissement annuel retrouve son niveau de février 2024 et dépasse la prévision de 2,8 % des économistes. Mesurée avec l'indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH, la version européenne suivie par la Banque centrale européenne), la hausse atteint 3,4 %, contre 3,1 % attendu et 2,6 % en août.

À la même heure, l'institut a publié un second indicateur qui évolue en sens inverse. Les dépenses de consommation des ménages en biens ont reculé de 0,5 % en volume en août, après une hausse révisée à 0,4 % en juillet. Les économistes tablaient sur une stabilité.

L'énergie, premier moteur de la hausse annuelle

Les prix de l'énergie progressent de 21,2 % sur un an en septembre, après 16,7 % en août. L'Insee attribue cette accélération aux produits pétroliers et au gaz. Ce poste pèse 764 points sur 10 000 dans le panier de l'institut. Selon un calcul de France Épargne fondé sur ces pondérations, il explique à lui seul environ 1,6 point des 3,0 % d'inflation.

Hors énergie, les hausses restent plus modérées. Évolutions sur un an en septembre 2026, selon les données provisoires de l'Insee :

  • Énergie : +21,2 % (après +16,7 % en août)
  • Produits frais : +9,9 % (après +5,9 %)
  • Tabac : +3,3 % (stable)
  • Services : +2,2 % (après +1,9 %)
  • Alimentation dans son ensemble : +1,5 % (après +1,1 %)
  • Produits manufacturés : recul de 0,3 % (après un recul de 0,4 %)

Les services, qui représentent 5 195 points sur 10 000, repassent de 1,9 % à 2,2 %. L'Insee y voit un effet de comparaison : la baisse saisonnière des prix de l'hébergement et des transports après l'été serait moins marquée qu'en septembre 2025. Sur un mois, l'indice d'ensemble recule de 0,3 %, quand le consensus anticipait un repli de 0,6 %.

« Cette baisse s'expliquerait par le recul saisonnier des prix des services après la période estivale, principalement dans les services de transport et les services d'hébergement. Mais elle serait en bonne partie compensée par une nouvelle augmentation des prix de l'énergie, principalement de ceux des produits pétroliers et du gaz. »

Insee, Informations rapides n° 242, 30 septembre 2026

Consommation des ménages en août, poste par poste

Le repli de 0,5 % de la consommation de biens en août vient d'abord de l'énergie. Les volumes achetés chutent de 2,3 %, après une hausse de 0,9 % en juillet. La consommation alimentaire recule de 0,4 %, après une progression de 0,2 %. Les achats de biens fabriqués augmentent de 0,3 %, après 0,4 % le mois précédent.

Les deux publications placent la Banque centrale européenne (BCE) face à des signaux opposés. Les prix accélèrent sous l'effet d'un choc énergétique importé, alors que la demande des ménages fléchit. L'Insee avait déjà mesuré une stagnation du produit intérieur brut (PIB) au deuxième trimestre 2026, après un recul de 0,2 % au premier. Sur la même période, le pouvoir d'achat des ménages a baissé de 0,6 % par unité de consommation.

Les estimations de septembre en Espagne et en zone euro

L'Espagne a ouvert la série de publications mardi. Selon l'indicateur avancé de l'INE, l'institut statistique espagnol, les prix y augmentent de 4,9 % sur un an en septembre, après 4,3 % en août. L'indice harmonisé espagnol atteint 5,0 %. L'INE cite en premier lieu les carburants : leurs prix montent en septembre 2026 alors qu'ils avaient baissé un an plus tôt.

L'Allemagne et l'Italie publient leurs estimations mercredi, avant l'estimation d'Eurostat pour l'ensemble de la zone euro. Avec 3,4 % en harmonisé, la France s'éloigne de la cible de 2 % retenue par la BCE.

Quelle marge pour la BCE avant le 29 octobre ?

Depuis le 16 septembre, date d'effet de sa dernière hausse de 25 points de base, la BCE rémunère la facilité de dépôt (le taux servi aux banques sur leurs liquidités excédentaires) à 2,50 %. Les opérations principales de refinancement sont à 2,65 % et la facilité de prêt marginal à 2,90 %. Le conseil des gouverneurs tiendra sa prochaine réunion de politique monétaire les 28 et 29 octobre à Francfort.

Avant la publication de l'Insee, John Plassard, de Cité Gestion, résumait l'enjeu dans sa note quotidienne. Une inflation à la hausse « renforcerait la perspective de nouvelles hausses de taux », écrivait-il. « À l'inverse, une inflation plus modérée permettrait d'apaiser les rendements et de prolonger le rebond des actions européennes. »

Plusieurs responsables de la BCE plaident pour la patience. Peter Kazimir, membre du conseil des gouverneurs, a déclaré mardi que la BCE avait le temps de faire preuve de souplesse. Christine Lagarde avait plaidé la veille pour une réponse mesurée à la hausse des prix. Septembre a connu l'une des vagues de ventes d'obligations les plus intenses de ces dernières années, alimentée par les craintes d'inflation liées au conflit au Moyen-Orient et par l'endettement des grandes économies.

Livret A : un rendement réel négatif de 1,3 point

Pour les épargnants, la conséquence la plus directe concerne le Livret A, rémunéré à 1,7 % depuis le 1er août 2026 et plafonné à 22 950 euros. Mesuré avec l'indice d'ensemble à 3,0 %, son rendement réel devient négatif d'environ 1,3 point. Au plafond, 1,7 % rapporte 390 euros d'intérêts sur un an. Maintenir le pouvoir d'achat du même capital face à une hausse des prix de 3,0 % demanderait 689 euros.

Le taux découle d'une formule réglementaire : la moyenne entre l'inflation hors tabac en glissement annuel et l'€STR (le taux au jour le jour du marché monétaire de la zone euro), chacun mesuré en moyenne sur les six mois précédents. Le résultat est arrondi au dixième de point. Un plancher de 0,5 % s'applique. La révision du 1er février 2027 reposera sur les données de juillet à décembre 2026.

Les deux composantes montent depuis l'été. L'indice des prix d'ensemble est passé de 2,1 % en juillet à 2,4 % en août, puis 3,0 % en septembre. Le chiffre hors tabac de septembre ne sera connu qu'avec les résultats définitifs. D'après les séries de la BCE, l'€STR s'établissait à 2,439 % le 29 septembre. Sa moyenne quotidienne depuis le 1er juillet atteint 2,23 %, contre 1,95 % au premier semestre.

Le calendrier des prochaines publications

L'Insee publiera les résultats définitifs de septembre le 15 octobre à 8h45. L'estimation provisoire d'octobre suivra le 30 octobre, au lendemain de la réunion de la BCE. L'institut rappelle que ses indices provisoires, calculés sur un champ restreint d'observations de prix, ne doivent pas servir aux revalorisations contractuelles.

Sources

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Tags :

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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