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Nvidia ajoute 150 milliards de dollars à son programme de rachat, au-delà du record d'Apple

Nvidia relève de 150 milliards de dollars son autorisation de rachat d'actions, portée à 235 milliards d'ici janvier 2028. Le montant dépasse les 110 milliards d'Apple en 2024. L'action gagnait 2,3 % lundi soir, quand le secteur des puces reculait.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite d'une puce d'intelligence artificielle entourée de flux de trésorerie en boucle

Nvidia a annoncé lundi 28 septembre 2026 que son conseil d'administration autorisait 150 milliards de dollars supplémentaires de rachats d'actions, soit environ 131,8 milliards d'euros au cours de référence de la Banque centrale européenne du jour (1,1378 dollar pour un euro). L'enveloppe encore disponible atteint 235 milliards. Le groupe de Santa Clara prévoit de l'utiliser en totalité d'ici la fin de son exercice 2028, qui se termine en janvier 2028. Le Wall Street Journal et Reuters présentent ce relèvement comme le plus important de l'histoire des entreprises américaines.

Un rachat d'actions consiste pour une société à acheter ses propres titres en Bourse puis à les annuler ou à les conserver en autodétention. Le nombre d'actions en circulation diminue et le bénéfice par action progresse mécaniquement. Une autorisation fixe un plafond : l'entreprise reste libre du rythme de ses achats.

Une enveloppe de 235 milliards jusqu'en janvier 2028

Dans le communiqué, le fondateur et directeur général Jensen Huang justifie la décision par la demande d'infrastructures d'intelligence artificielle :

« Une transition de plateforme vers l'IA et le calcul accéléré, comme il s'en produit une par génération, porte la croissance de NVIDIA. Notre génération de trésorerie nous donne la capacité d'investir dans les technologies qui font avancer cette transformation et de restituer du capital aux actionnaires. Cette autorisation reflète notre confiance dans l'opportunité de long terme qui s'ouvre à nous. »

Jensen Huang, directeur général de Nvidia, communiqué du 28 septembre 2026 (traduction France Épargne)

La décision intervient quatre mois après un précédent relèvement. En mai, le conseil avait déjà ajouté 80 milliards au programme, rappellent le Wall Street Journal et Reuters. Rapportés aux 5 420 milliards de dollars de capitalisation boursière mesurés à la clôture de vendredi par Barron's, les 235 milliards représentent environ 4,3 % de la valeur du groupe.

Interrogé lundi matin sur CNBC, Jensen Huang a décrit la période comme « le plus grand chantier d'infrastructures de l'histoire de l'humanité ». Il a ajouté : « Chaque année, à mesure que nous générons davantage de trésorerie, nous aimerions pouvoir la restituer aux actionnaires. »

Le précédent d'Apple en 2024

Le record précédent appartenait à Apple, avec une autorisation de 110 milliards de dollars annoncée en mai 2024, selon les données de Birinyi Associates citées par MarketWatch. Le seul relèvement de lundi dépasse la capitalisation boursière d'environ 84 % des sociétés du S&P 500 (l'indice des 500 principales capitalisations américaines), d'après un calcul de LSEG publié par Reuters.

Ben Barringer, responsable de la recherche technologique chez Quilter Cheviot, rapproche la démarche de la stratégie d'Apple, selon Reuters : le fabricant de l'iPhone a utilisé les rachats pour soutenir son titre lorsque sa croissance ralentissait et que ses multiples de valorisation se contractaient. Les rachats d'actions des entreprises américaines ont chuté d'environ 50 % entre juillet et le 23 septembre, selon Reuters. L'agence attribue ce recul à la prudence des entreprises face à d'importants besoins d'investissement, en partie liés à l'IA, et à l'incertitude économique.

D'où vient la trésorerie de Nvidia ?

Nvidia a publié un chiffre d'affaires record de 96,2 milliards de dollars pour le trimestre clos fin juillet, rappelle le Wall Street Journal. Le groupe table sur une croissance de ses revenus d'environ 70 % sur l'exercice 2028. Il disposait de 22,44 milliards de trésorerie et équivalents à la fin de ce trimestre, selon Reuters.

Le consensus compilé par FactSet prévoit 183 milliards de dollars de flux de trésorerie disponible cette année, c'est-à-dire la trésorerie générée par l'activité après investissements, rapporte Barron's. Nvidia s'est engagé à en restituer la moitié aux actionnaires, par dividendes et rachats. Le dividende trimestriel est passé de 1 à 25 cents par action plus tôt cette année, soit environ 24 milliards par an sur la base du nombre d'actions actuel, selon le calcul de Barron's.

La trésorerie finance un portefeuille de participations. Au 26 juillet, Nvidia détenait 99 milliards d'investissements en capital et 25 milliards d'engagements supplémentaires, selon Barron's. Lors d'une présentation lundi, le groupe a dénombré 13 sociétés cotées et 229 sociétés non cotées en portefeuille, et un multiple supérieur à trois fois la mise sur les participations déjà cédées, rapporte le Wall Street Journal. Nvidia prévoit de reverser l'excédent de trésorerie issu de ces investissements sous forme de rachats et d'un dividende « en hausse progressive ».

La réaction de la Bourse

L'action Nvidia gagnait 2,26 % à 230,16 dollars à 14h03 à New York (20h03 à Paris), selon les cotations de CNBC, après une clôture à 225,07 dollars vendredi. Le titre se rapproche de son record de clôture de 235,74 dollars, atteint le 14 mai selon Barron's. Le reste du secteur reculait. L'indice des semi-conducteurs de Philadelphie (SOX) cédait 1,53 % au même moment et le Nasdaq Composite 0,61 %, dans un marché pénalisé par la hausse du pétrole et des rendements obligataires après le rejet par Donald Trump d'une proposition iranienne.

En Europe, l'annonce a soutenu les valeurs liées à l'IA, qui avaient ouvert en baisse. ASML gagnait 1,8 %, Infineon 3 % et STMicroelectronics 3,4 % en milieu d'après-midi, selon Dow Jones Newswires.

Depuis le 1er janvier, l'action Nvidia progressait de 21 % à la clôture de vendredi, selon MarketWatch. Reuters souligne que cette performance reste en retrait de celles d'AMD, dont le cours a plus que doublé, et d'Intel, qui a plus que triplé.

Les réserves des analystes

La valorisation a baissé malgré la hausse du cours, car les prévisions de bénéfices ont progressé plus vite. Nvidia se traitait vendredi à 16,6 fois les bénéfices attendus sur douze mois, selon FactSet cité par MarketWatch, contre 25,3 fois fin 2025. Reuters, à partir des données de LSEG, retient un multiple proche de 16,5, le plus bas depuis janvier 2015, pour une moyenne de 30 sur quinze ans.

Plusieurs analystes lisent l'annonce comme un signal sur la durée du cycle d'investissement dans l'IA :

  • David Wagner, responsable des actions chez Aptus Capital Advisors, a déclaré à MarketWatch que Nvidia « considère le déploiement actuel de l'IA comme durable » et que l'ampleur de l'engagement renseigne sur la trésorerie que le groupe compte générer jusqu'en 2028.
  • Matt Britzman, analyste chez Hargreaves Lansdown, estime que la trésorerie devient le principal argument du groupe.
  • Sebastien Naji, analyste chez William Blair, écrit que le programme montre la capacité de Nvidia à consacrer son flux de trésorerie disponible à la fois aux investissements dans son écosystème et à la rémunération des actionnaires.

D'autres voix nuancent la portée de l'opération. Kate Leaman, analyste en chef chez AvaTrade, rappelle à MarketWatch qu'une partie des rachats des groupes technologiques compense les actions attribuées aux salariés sans réduire le nombre de titres en circulation. Elle ajoute que les flux de trésorerie qui financent le programme dépendront des dépenses de centres de données des grands acteurs du cloud. Jacob Bourne, analyste chez eMarketer, observe auprès de Reuters que le développement de l'IA ne se poursuivra pas indéfiniment au rythme actuel.

Le Wall Street Journal relève que les garanties financières accordées par Nvidia à ses clients entretiennent les inquiétudes sur des montages de financement circulaires. Le groupe a annoncé en août qu'il garantirait partiellement jusqu'à 500 milliards de financements de centres de données.

Quel effet pour un épargnant exposé au S&P 500 ?

Nvidia pesait 8,16 % du SPDR S&P 500 ETF Trust au 25 septembre 2026, selon le fichier de composition publié par State Street, devant Apple (7,46 %). Un épargnant qui détient un ETF (fonds indiciel coté en Bourse) répliquant le S&P 500 ou un indice mondial porte une exposition significative au titre.

L'action Nvidia n'est pas éligible en direct au PEA (Plan d'Épargne en Actions), réservé aux titres de sociétés dont le siège se trouve dans l'Union européenne ou l'Espace économique européen. L'exposition passe par un compte titres ordinaire, par un ETF S&P 500 éligible au PEA grâce à une réplication synthétique, ou par les unités de compte d'un contrat d'assurance vie. Sur un compte titres, un dividende est imposé l'année de sa perception. Un rachat d'actions ne déclenche aucune imposition chez l'actionnaire qui conserve ses titres : l'effet fiscal intervient seulement à la cession, sur la plus-value.

Les prochaines échéances

Le communiqué ne détaille aucun rythme trimestriel d'exécution. Les montants effectivement rachetés figureront dans les rapports trimestriels que Nvidia dépose auprès de la SEC (Securities and Exchange Commission, le régulateur boursier américain). Mercredi 30 septembre, les résultats de Micron, fournisseur de mémoire des serveurs d'IA, donneront une nouvelle indication sur la demande du secteur.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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