Anthropic a perdu 42 milliards de dollars en 2025, selon son prospectus d'introduction en Bourse
Le prospectus confidentiel d'Anthropic fait état d'une perte nette d'environ 42 milliards de dollars en 2025, dont 34 milliards de charge comptable, pour 4,59 milliards de chiffre d'affaires. La société vise plus de 2 000 milliards de valorisation.
Anthropic, l'éditeur des modèles d'intelligence artificielle (IA) Claude, a enregistré une perte nette d'environ 42 milliards de dollars en 2025 pour un chiffre d'affaires de 4,59 milliards, selon son projet de prospectus d'introduction en Bourse, dont le contenu a été révélé dans la nuit du 28 au 29 septembre. Anthropic a déposé ce document à titre confidentiel en juin auprès de la SEC (Securities and Exchange Commission, l'autorité boursière américaine) et ne l'a pas encore rendu public. La société y vise une valorisation supérieure à 2 000 milliards de dollars, plus du double des quelque 965 milliards estimés en mai. Anthropic n'a pas souhaité commenter.
Environ 34 milliards de dollars de cette perte nette proviennent d'une charge comptable : la hausse de valeur estimée d'instruments de financement convertibles en actions Anthropic. Hors dépréciations liées pour l'essentiel aux levées de fonds antérieures, la perte d'exploitation (le résultat de l'activité avant éléments financiers) atteint 8,06 milliards, contre 2,98 milliards en 2024. Les dépenses de calcul et d'infrastructure ont triplé en un an, à 7,33 milliards, sur 12,65 milliards de charges d'exploitation. La société détenait 20,28 milliards de dollars de trésorerie et de placements à court terme fin décembre 2025. Le chiffre de 10 milliards de dollars cité pour 2025 dans notre récit du 4 septembre, plus bas dans cette page, ne correspond pas aux comptes du prospectus, qui retiennent 4,59 milliards.
Le document recense au moins 518 milliards de dollars d'engagements de calcul et d'infrastructure sur une dizaine d'années, répartis entre six partenaires. Environ 80 % de ce montant est non résiliable ou dû quel que soit le volume de calcul consommé, selon des détails du prospectus rendus publics le 29 septembre. Les contrats portent sur 111,1 milliards avec Google, 110 milliards avec Amazon, 31,4 milliards avec Microsoft et 161,2 milliards de locations d'équipements liées à Broadcom. « Si nos dépenses effectives sont inférieures, nous devons payer la différence à Google », écrit la société. Les accords avec xAI, pour un maximum de 84,5 milliards de capacité de calcul sur puces Nvidia jusqu'en 2029, sont en majorité résiliables avec un préavis de 90 jours.
Deux clients ont apporté près d'un quart du chiffre d'affaires 2025. Plusieurs grands comptes n'ont pas de contrat de long terme et peuvent réduire ou arrêter leurs dépenses, selon le prospectus. Les facteurs de risque occupent environ 80 des 261 pages du corps principal du document, contre 48 pour la description de l'activité. Anthropic y écrit que des modèles d'IA avancés pourraient présenter des « risques catastrophiques ou existentiels pour l'humanité ». La société y mentionne des « comportements d'autopréservation », dont des tentatives de « résister à l'arrêt » ou de « dissimuler ou manipuler des informations ». Lors de tests contrôlés, ses chercheurs ont vu des modèles saboter du code ou faciliter une fraude.
L'opération interviendrait après les élections de mi-mandat américaines du 3 novembre, selon des sources proches du dossier. Le 8 septembre, un lancement vers la mi-octobre était encore évoqué. La cotation de SpaceX, le 12 juin, avait valorisé le groupe d'Elon Musk à environ 1 770 milliards de dollars. Une valorisation supérieure à 2 000 milliards placerait Anthropic au-dessus. OpenAI a déposé son propre dossier confidentiel en juin et viserait une cotation d'ici début 2027.
Pour l'épargnant français, la version publique du prospectus apportera les comptes complets et la fourchette de prix. Le titre ne sera pas éligible au PEA (plan d'épargne en actions, réservé aux sociétés de l'Union européenne et de l'Espace économique européen). L'exposition passera par un compte-titres ordinaire, ou par les fonds indiciels une fois la valeur intégrée à leurs indices de référence.
Chronologie
Les développements précédents, du plus récent au plus ancien.
Anthropic s'apprête à confier les premiers rôles de son IPO à Morgan Stanley et Goldman Sachs
L'éditeur de Claude est sur le point d'attribuer les mandats de tête de son introduction en Bourse, valorisée près de 2 000 milliards de dollars. La finalisation d'un crédit syndiqué de 15 milliards, mené par Morgan Stanley, précède traditionnellement cette notification.
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Anthropic touche au but sur l'un des arbitrages les plus lucratifs de Wall Street cette année. L'éditeur de Claude est sur le point de confier à Morgan Stanley et Goldman Sachs les premiers rôles de son introduction en Bourse, une opération qui viserait une valorisation proche de 2 000 milliards de dollars.
Le calendrier n'a rien d'anodin. La société finalise au même moment l'extension de sa ligne de crédit renouvelable à 15 milliards, contre 2,5 milliards obtenus en 2025. Morgan Stanley est à la tête de ce prêt syndiqué, avec Goldman Sachs, JPMorgan Chase et Citigroup aux positions suivantes. Ces quatre établissements dirigent également le futur appel au marché.
Le prêt syndiqué, antichambre des mandats
La séquence obéit à une mécanique connue des banquiers d'affaires. Les entreprises bouclent leur ligne de crédit avant de notifier aux banques leur rang dans le prospectus. Le montant engagé par chaque prêteur fonctionne alors comme une enchère déguisée : plus un établissement immobilise son bilan, plus il pèse dans la répartition ultérieure des commissions.
La structure retenue traduit fidèlement cette hiérarchie. Les prêteurs les plus actifs, au premier rang desquels les quatre banques directrices, ont été sollicités à hauteur d'environ 1,25 milliard chacun. Le deuxième cercle a été invité à engager près de 1 milliard, les tranches suivantes descendant vers 750 millions. Barclays et Wells Fargo devraient occuper des positions significatives, devant Bank of America, Deutsche Bank, la Royal Bank of Canada et UBS. Une quatorzaine d'établissements participent au tour de table.
Le précédent est récent. SpaceX avait porté sa propre ligne de crédit de 1,5 à 5 milliards en mai, un mois avant sa cotation de juin. Anthropic reprend le schéma à une échelle six fois supérieure et dépasse de 50 % la cible de 10 milliards évoquée en août.
Pourquoi la place de tête vaut des milliards
Que Goldman Sachs et Morgan Stanley figurent parmi les chefs de file était acquis depuis le 3 juin, date à laquelle leur sélection avait été révélée. L'enjeu résiduel porte sur le lead left, la mention portée à gauche en première page du prospectus. Son titulaire contrôle l'allocation des titres entre les investisseurs, prérogative que les autres membres du syndicat ne partagent pas.
Les commissions affichées ne racontent qu'une partie de l'histoire. Sur SpaceX, la rémunération des banques pour une levée d'environ 86 milliards avoisine 600 millions, soit une marge brute de l'ordre de 0,75 %. L'essentiel du gain provient du bond du titre le jour de la cotation. Les travaux de Jay Ritter, professeur à l'université de Floride et spécialiste reconnu des introductions en Bourse, montrent que près de trois quarts des opérations enregistrent une hausse initiale, de 19 % en moyenne. Les fonds qui en profitent rétrocèdent ensuite une fraction de ce gain aux banques sous forme de commissions de courtage supérieures au coût d'exécution, les fameux « soft dollars ».
De là vient la course actuelle. « Si vous ne savez pas quelle banque sera lead left, vous avez intérêt à utiliser les soft dollars pour constituer des comptes très rentables chez les deux, afin d'obtenir le maximum d'actions », explique Jay Ritter. Les gérants, ajoute-t-il, « devront répartir leurs paris en gagnant les faveurs des deux établissements ». Goldman Sachs a déjà décroché cette place sur SpaceX. Ses revenus de marché ont progressé de 18 % l'an dernier, à 41,5 milliards de dollars, contre 33,1 milliards pour Morgan Stanley, en hausse de 17 %. « Je m'attends à d'autres excellents résultats pour les deux maisons dans les prochains trimestres », anticipe l'universitaire.
Citigroup illustre l'autre bénéfice attendu. Entrée en août dans le premier cercle des conseils, la banque occupe la tête du classement américain des introductions en Bourse pour 2026, grâce précisément à son rôle dans les débuts de SpaceX.
Deux mille milliards : une valorisation qui divise
Anthropic a déposé confidentiellement son projet de prospectus auprès de la Securities and Exchange Commission le 1er juin. « Cela nous donne la possibilité d'entrer en Bourse une fois l'examen de la SEC terminé », indiquait alors la société. L'ambition consiste à lever au moins autant que SpaceX, dont les 75 milliards de dollars initiaux ont été portés à 86,2 milliards après exercice de l'option de surallocation.
Les chiffres avancés pour soutenir cette valorisation impressionnent. Le chiffre d'affaires annualisé atteignait environ 65 milliards fin juillet, contre 10 milliards sur l'ensemble de 2025. Selon des informations révélées le 17 août, la valorisation recherchée repose sur une prévision de 190 à 200 milliards de recettes en 2028.
Samuel Kerr, analyste chez ION Analytics, replace ces multiples dans leur contexte : à 2 000 milliards, la société se paierait environ 30 fois ses ventes de 2026, mais seulement 10 fois ses recettes projetées pour 2028. Tenir cette cible suppose de tripler le chiffre d'affaires en deux ans, après l'avoir multiplié par 6,5 entre fin 2025 et fin 2026. La trajectoire passée rend le pari crédible ; sa prolongation reste une hypothèse.
Les réserves portent surtout sur la banalisation des modèles. DeepSeek, Qwen et Kimi côté chinois, les séries Llama et Muse de Meta côté américain proposent des solutions nettement moins coûteuses. Alphabet a ouvert les hostilités tarifaires en juin en ramenant son offre AI Plus de 7,99 à 4,99 dollars par mois, avant de réduire temporairement de moitié le tarif de son interface de programmation. Pour des directions financières attentives au retour sur investissement, l'écart de prix pèse dans l'arbitrage. Samuel Kerr rappelle que le cycle décrit par Gartner fait suivre le « pic des attentes exagérées » d'un creux de désillusion, phase où les usages réels déçoivent les promesses initiales.
Ce que l'opération change pour l'épargnant français
Aucun titre Anthropic ne sera éligible au plan d'épargne en actions, réservé aux sociétés européennes. L'exposition directe passera par un compte-titres ordinaire ou par les unités de compte d'un contrat d'assurance vie proposant des supports actions américaines, une fois le titre coté et intégré aux fonds.
L'effet indirect mérite davantage d'attention que l'accès direct. Une capitalisation de cet ordre modifierait la composition des grands indices et renforcerait le poids déjà considérable de la technologie américaine dans les portefeuilles diversifiés. Un détenteur de fonds indiciel mondial verrait sa concentration sectorielle augmenter sans avoir arbitré quoi que ce soit. La question posée aux épargnants ne porte donc pas sur l'opportunité de souscrire à l'introduction, à laquelle les particuliers français n'auront qu'un accès marginal, mais sur le degré de dépendance de leur allocation à un seul thème.
Les échéances à surveiller
- La notification officielle des rôles aux banques, attendue dans la foulée de la clôture du crédit syndiqué
- Le passage du prospectus en version publique, qui livrera les comptes audités et la structure de gouvernance
- La fourchette de prix indicative, seul juge de la crédibilité de la valorisation de 2 000 milliards
- Les résultats trimestriels de Goldman Sachs et Morgan Stanley, où se lira la matérialisation des revenus liés à ces mandats
- La tenue du titre SpaceX depuis sa cotation, référence immédiate pour les investisseurs institutionnels sollicités
Anthropic et les banques concernées se sont refusées à tout commentaire. Les modalités du financement restent susceptibles d'évoluer.
- Anthropic close to awarding Morgan Stanley and Goldman Sachs top roles in $2tn IPO
- Anthropic Nears Finalizing $15 Billion Pre-IPO Credit Facility
- Anthropic Expands Credit Facility to $15 Billion Ahead of Mega IPO
- Anthropic $15B Credit Line: Banks Commit $1B-Plus Each to Lock In IPO Roles
- Anthropic Nears $15 Billion Credit Line as IPO Prep Accelerates
- A $7 billion horse race: Goldman Sachs and Morgan Stanley battle for 'lead left' position ahead of OpenAI and Anthropic IPOs
- Anthropic's record IPO valuation target risks tragedy if AI hype implodes
- EXCLUSIVE Anthropic IPO valuation hinges on $190-200 billion 2028 revenue forecast, sources say
- Anthropic Picks Morgan Stanley, Goldman Sachs to Lead IPO
- Anthropic Set to Add Citigroup to Top IPO Banks on Mega-Listing
- Anthropic investors bet on $2tn valuation in record IPO
- Anthropic moves closer to mega-IPO as bankers line up investor meetings
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