Macroéconomie

Emploi américain : 29 000 créations en septembre, la Fed s'éloigne d'une hausse en octobre

L'économie américaine n'a créé que 29 000 emplois en septembre, contre 84 000 attendus, et le chômage monte à 4,2 %. Juillet et août perdent 60 000 postes en révision. La probabilité d'une hausse de la Fed le 28 octobre tombe à 16 %.

Rédacteur en chef, France Épargne
•6 min de lecture•671 vues
Colonnes d'une institution américaine traversées par un flux de particules lumineuses qui s'amenuise, symbole du ralentissement de l'embauche

L'économie américaine n'a créé que 29 000 emplois non agricoles en septembre, selon le rapport publié vendredi 2 octobre par le Bureau of Labor Statistics (BLS). Les économistes interrogés par Dow Jones en attendaient 84 000. Le taux de chômage est monté à 4,2 %, contre 4,1 % en août, soit 7,1 millions de personnes sans emploi.

Ce chiffre éloigne une deuxième hausse consécutive du taux directeur de la Réserve fédérale lors de sa réunion des 27 et 28 octobre. En fin de séance vendredi, les contrats à terme sur les fed funds ne lui attribuaient plus qu'une probabilité de 16 %, contre 64 % une semaine plus tôt, selon l'outil FedWatch du CME.

Juillet et août révisés de 60 000 postes

Le BLS a revu en baisse les deux mois précédents. Juillet passe de 21 000 créations à 10 000 destructions. Août recule de 162 000 à 133 000 créations. Les révisions retirent 60 000 emplois des estimations antérieures et ramènent la moyenne des trois derniers mois à environ 51 000 créations.

La santé reste le premier secteur créateur avec 17 000 postes, devant la construction (11 000) et l'industrie manufacturière (9 000). Les activités financières perdent 7 000 emplois en septembre. D'après les séries du BLS, ce secteur emploie 9 082 000 salariés, soit 107 000 de moins qu'en septembre 2025.

Le taux de participation est remonté à 61,8 %, contre 61,6 % en août. L'arrivée de nouveaux actifs sur le marché du travail alimente une partie de la hausse du chômage. Le nombre de chômeurs de longue durée, sans emploi depuis 27 semaines ou plus, est stable à 1,9 million, soit 27,1 % des chômeurs.

Des salaires en hausse de 3 % sur un an

Le salaire horaire moyen dans le secteur privé a augmenté de 5 cents en septembre (+0,1 %), à 37,81 dollars. Sur douze mois, la progression atteint 3,0 %. L'indice des prix des dépenses de consommation (PCE), la mesure d'inflation suivie par la Fed, augmentait de 3,4 % sur un an en août. La progression des salaires reste inférieure à cette inflation.

Michael Feroli, chef économiste américain de JPMorgan, voit dans ce ralentissement des salaires un signal pour la banque centrale. Dans une note, il écrit que ce ralentissement « devrait rassurer les responsables de la Fed : l'économie ne surchauffe pas au point d'exiger un cycle de hausses précipité ». Il ajoute qu'il faudrait désormais « un CPI très fort » pour remettre la réunion d'octobre en jeu. JPMorgan anticipe toujours une hausse en décembre, à condition que les indices de prix de septembre et d'octobre confirment la persistance de l'inflation de base.

Jefferson et Williams avaient déjà appelé à la patience

En septembre, la Fed a relevé sa fourchette cible d'un quart de point, pour la porter entre 3,75 % et 4 %. Jeudi 1er octobre, à la Darden School of Business de l'université de Virginie, son numéro deux Philip Jefferson a rappelé que l'inflation PCE restait à 3,4 % en août. Il a souligné la hausse des rendements obligataires depuis la réunion de septembre, avant de déclarer : « Mes collègues et moi devrons nous forger notre propre opinion, ce qui pourrait prendre plus de temps. »

Le 29 septembre, à l'université de Buffalo, le président de la Fed de New York John Williams avait tenu une ligne proche. Il avait alors déclaré : « Avec la décision prise lors de notre réunion de septembre, il n'y a pas d'urgence et nous avons le temps de recueillir davantage d'informations. » Il décrivait un marché du travail « solide », qui s'était « même un peu renforcé à la marge ». Les révisions publiées vendredi font apparaître un été plus faible que ce diagnostic.

Austan Goolsbee, président de la Fed de Chicago, lit dans les chiffres un marché du travail stable. Interrogé par Fox Business, il a placé l'inflation au centre des inquiétudes : « C'est du côté de l'inflation que se situe le problème. Nous ne pouvons pas la laisser déraper davantage. » Le président de la Fed Kevin Warsh n'a donné aucune indication sur la suite.

Le rendement à dix ans efface sa baisse

La réaction obligataire s'est retournée en cours de séance. Le rendement du Treasury à dix ans est d'abord tombé à 5,18 % après la publication, avant de clôturer à 5,28 %, en hausse de près de 5 points de base sur la journée. Il avait atteint jeudi son plus haut niveau depuis 2002.

Les marchés d'actions ont salué le recul des anticipations de hausse. Le S&P 500 a gagné 0,73 % à 7 722,72 points et le Nasdaq Composite 1,19 % à 27 190,86 points. À Paris, le repli du pétrole a soutenu le CAC 40, qui a terminé en hausse de 0,79 % à 7 897,19 points. L'indice parisien perd 2,24 % sur la semaine. Vers 14h50, heure de Paris, l'euro s'échangeait à 1,1253 dollar.

Les indicateurs attendus avant la réunion du 28 octobre

L'indice des prix à la consommation (CPI) de septembre sera publié avant la réunion du Comité de politique monétaire de la Fed (FOMC). Bill Adams, économiste chez Fifth Third, relativise la portée du rapport : « Les indices CPI et PPI de septembre, les prix à la pompe et l'évolution géopolitique d'ici la réunion de fin octobre pèseront davantage sur la prochaine décision que ce rapport sur l'emploi. »

Le rapport de septembre est le dernier sur l'emploi avant les élections du 3 novembre, qui renouvelleront la Chambre des représentants et un tiers du Sénat. Le rapport d'octobre paraîtra après le scrutin.

Les effets pour un épargnant de la zone euro

Pour un épargnant français, les anticipations sur la Fed comptent d'abord par le taux de change. Le cours du dollar modifie la performance en euros des unités de compte investies en actions américaines sans couverture de change. Les fonds couverts contre le risque de change neutralisent cet effet. Leur couverture a un coût, déduit de la performance.

Les taux longs américains, au plus haut depuis 24 ans, pèsent sur les obligations européennes. La Banque centrale européenne a porté sa facilité de dépôt à 2,50 % le 16 septembre. Les fonds obligataires subissent une baisse de valeur quand les rendements montent, tandis que les fonds en euros des contrats d'assurance vie intègrent progressivement ces rendements plus élevés à mesure qu'ils réinvestissent les obligations arrivées à échéance.

Placer pendant que les taux bougent

Un mouvement de taux ne touche pas de la même façon une OAT à dix ans et un fonds monétaire. Le simulateur situe l’enveloppe adaptée à votre horizon.

Votre objectif

Ouvrir le simulateurOrientation en 1 minute

Tags :

#fed#emploi-americain#chomage#taux-directeurs#philip-jefferson#kevin-warsh#inflation#treasuries#dollar#politique-monetaire#epargne

À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

Approfondir avec nos guides