Marchés publics

Pasqal s'envole de 95 % pour ses débuts au Nasdaq, Paris attend sa cotation

Le fabricant français d'ordinateurs quantiques a clôturé sa première séance au Nasdaq à 19,11 dollars le 28 août, en hausse de 95,2 %. L'opération lui apporte environ 360 millions de dollars de trésorerie pour une valorisation de 2 milliards, soit plus de cent fois ses ventes 2025.

Rédacteur en chef, France Épargne
8 min de lecture726 vues
Visualisation abstraite d'un réseau d'atomes neutres maintenus par des faisceaux laser, évoquant le processeur quantique de Pasqal et son entrée en Bourse

Pasqal Holding SA, présenté par Reuters comme la première société française du quantique à être cotée, a fait ses débuts au Nasdaq le vendredi 28 août 2026 sous le code PSQL, au terme de sa fusion avec le véhicule d'acquisition Bleichroeder Acquisition Corp. II. L'action a clôturé sa première séance à 19,11 dollars, soit une progression de 95,2 % par rapport au dernier cours de 9,79 dollars du véhicule dont elle a pris la place.

La séance a été heurtée. Le titre a ouvert à 16,98 dollars, a touché un plus haut de 20,10 dollars et a changé de mains 3 565 108 fois. Les dépêches publiées en cours de journée, dont celle de Reuters à 16h01 heure de Paris, faisaient état d'un gain d'environ 60 %, Barron's évoquant 58 % : l'essentiel de la hausse s'est donc construit dans la seconde moitié de la séance. Le mouvement s'est retourné dès la clôture, l'action reculant à 17,88 dollars vers minuit et quart heure de Paris, soit un repli de 6,44 % hors séance.

Environ 360 millions de dollars de trésorerie, une valorisation de 2 milliards

Le communiqué publié par la société le 27 août retient une formulation précise qu'il vaut la peine de relever : l'opération met « environ 360 millions de dollars de trésorerie disponibles à la clôture ». Ce n'est pas exactement la même chose qu'une levée de 360 millions, chiffre repris tel quel par une partie de la presse française. La somme agrège le produit de l'opération et les liquidités déjà détenues par la société.

La transaction valorise Pasqal autour de 2 milliards de dollars. Rapportée aux 16,5 millions d'euros de chiffre d'affaires réalisés en 2025, soit près de 19 millions de dollars, cette valorisation représente plus de cent fois les ventes annuelles. La société n'est pas rentable. Fondée en 2019 et installée à Palaiseau, elle employait 275 personnes selon les données de marché publiées à l'occasion de la cotation.

Les fonds serviront, selon la société, à élargir la fabrication et le déploiement de ses processeurs quantiques, à avancer vers la tolérance aux fautes, à ouvrir davantage sa plateforme logicielle et infonuagique, à approfondir l'intégration avec le calcul haute performance classique et à développer ses opérations commerciales à l'international.

Sept processeurs déployés, des clients industriels identifiés

Pasqal construit des processeurs à atomes neutres, une approche différente des qubits supraconducteurs d'IBM ou des ions piégés d'IonQ. Sept unités de traitement quantique sont déployées sur le terrain et trois autres se trouvent en production, pour une capacité industrielle pouvant atteindre treize systèmes par an. La société revendique plus de vingt-cinq applications commerciales et de recherche dans l'énergie, les services financiers et les matériaux, et cite parmi ses clients Saudi Aramco, Crédit Agricole CIB et LG Electronics. Elle avait dépassé le seuil des mille atomes dans un processeur en 2024.

« Ce jour n'est pas une ligne d'arrivée, c'est un point d'accélération », déclare Wasiq Bokhari, directeur général de Pasqal, dans le communiqué de clôture de l'opération, décrivant une société « construite pour faire passer l'informatique quantique à atomes neutres de la science fondamentale au déploiement à l'échelle industrielle ».

Wasiq Bokhari, passé par Amazon et Google, occupe la direction générale depuis mars 2026, après avoir été président exécutif de janvier 2024 à août 2026. Le cofondateur Georges-Olivier Reymond, directeur général depuis la création en mars 2019 jusqu'en avril 2025, est aujourd'hui directeur des alliances stratégiques et administrateur. Loïc Henriet, également ancien directeur général, occupe la direction technique. Stéphane Rougeot, passé par Deezer, Signify et Technicolor, dirige la finance.

Un conseil très européen pour une cotation américaine

La gouvernance annoncée le 27 août mérite l'attention des investisseurs qui s'interrogent sur l'ancrage réel de la société. Le conseil compte neuf administrateurs. Il est présidé, à titre non exécutif, par Alain Aspect, cofondateur de Pasqal, colauréat du prix Nobel de physique 2022, professeur à l'Institut d'Optique de l'université Paris Saclay et membre de l'Académie des sciences.

  • Nicolas Berdou y siège comme représentant permanent de Bpifrance, dont il dirige les investissements en capital risque dans la technologie, la deeptech et la défense.
  • Jean Raby, ancien directeur général de Natixis Investment Managers et associé chez Astorg, préside le comité d'audit comme représentant du fonds du Conseil européen de l'innovation.
  • Barbara Dalibard, présidente du conseil de surveillance de Michelin et ancienne dirigeante de SNCF Voyageurs, préside le comité des nominations.
  • Michel Combes, ancien patron d'Altice, d'Alcatel Lucent et de Sprint, occupe la fonction d'administrateur référent indépendant.

Deux financeurs publics européens, la banque publique française et le fonds du Conseil européen de l'innovation, disposent donc d'un siège au conseil d'une société cotée à New York. C'est précisément la tension que l'opération met en scène.

Pourquoi New York, et quand Paris

La société a indiqué au printemps vouloir rester une société de droit français et conserver son siège à Palaiseau. Elle évoquait alors une double cotation en deux temps : New York d'abord, puis Euronext Paris, avec une introduction envisagée entre la fin 2026 et le début 2027. Aucune date n'a été confirmée au moment de la clôture de l'opération, et certaines publications évoquent désormais un horizon plus lointain.

L'argument avancé tient à la profondeur du marché plutôt qu'à un choix d'allégeance. Il est cohérent avec le comportement du secteur : Washington a engagé, le 21 mai 2026, 2,013 milliards de dollars de crédits de recherche du CHIPS Act au profit de neuf sociétés du quantique, en prenant une participation minoritaire et non contrôlante dans chacune d'elles. IBM a reçu 1 milliard, GlobalFoundries 375 millions, et cinq acteurs 100 millions chacun : Atom Computing, D-Wave, Infleqtion, PsiQuantum et Quantinuum. « Avec les investissements annoncés aujourd'hui dans l'informatique quantique, l'administration Trump conduit le monde vers une nouvelle ère de l'innovation américaine », a déclaré le secrétaire au Commerce Howard Lutnick. Aucune société française ne figure sur cette liste.

L'effort public français existe mais suit une autre logique. La stratégie nationale quantique de France 2030 est dotée de plus d'un milliard d'euros selon la Direction générale des entreprises. Le ministère des Armées a par ailleurs notifié le 5 mars 2024, via la Direction générale de l'armement, des accords cadres à cinq sociétés dans le cadre du programme PROQCIMA : Alice&Bob, C12, Pasqal, Quandela et Quobly. Doté d'un plafond de 500 millions d'euros sur au moins dix ans, ce programme vise deux prototypes d'ordinateurs quantiques universels de 128 qubits logiques en 2032, puis une industrialisation vers 2048 qubits logiques. Trois sociétés seulement poursuivront au bout de quatre ans, deux au bout de huit.

Ce que l'épargnant français peut faire, et ce qui reste incertain

L'action se négocie aujourd'hui en dollars sur le Nasdaq. Un investisseur français y accède via un compte titres ordinaire auprès d'un intermédiaire donnant accès aux marchés américains, avec le risque de change et les frais que cela suppose. L'éligibilité au plan d'épargne en actions n'est pas établie : une cotation à Paris ne suffit pas à elle seule à la déterminer, et aucune documentation officielle ne l'a confirmée à ce stade. Les épargnants qui souhaitent loger ce type de valeur dans une enveloppe fiscale française devront attendre des précisions.

Le contexte sectoriel invite à la prudence. Les trois principaux acteurs cotés du quantique ont tous reculé lors de cette même séance du 28 août : IonQ a cédé 7,68 % à 39,20 dollars, Rigetti 5,17 % à 15,59 dollars et D-Wave 5,08 % à 16,99 dollars. Les multiples de ces sociétés restent extrêmes. À la clôture, IonQ capitalisait 15,57 milliards de dollars pour 246,47 millions de chiffre d'affaires sur douze mois, soit environ 63 fois les ventes. Rigetti affichait 5,20 milliards pour 13,35 millions de revenus, près de 390 fois. D-Wave atteignait 6,33 milliards pour 12,43 millions, plus de 500 fois. Pasqal, à environ cent fois ses ventes, se situe dans le bas de cette fourchette, ce qui en dit davantage sur l'ensemble du secteur que sur la société elle même.

Ce qu'il faut surveiller

Trois échéances structureront le dossier. La première est la publication des premiers comptes trimestriels de la société sous statut coté, qui donnera une mesure du rythme de consommation de trésorerie face aux 360 millions de dollars disponibles. La deuxième est l'annonce d'une date ferme pour la cotation parisienne, seule à même de trancher la question de l'accès des épargnants français en euros. La troisième est le passage du cap des quatre ans de PROQCIMA, en 2028, qui ramènera de cinq à trois le nombre de technologies financées par le ministère des Armées.

Pour un particulier, ce dossier relève du pari technologique de long terme et non d'un placement d'épargne classique. La volatilité observée dès la première séance en donne la mesure : entre le plus haut de 20,10 dollars touché en cours de journée et les 17,88 dollars constatés hors séance, l'écart atteint 11 %.

Tags :

#pasqal#quantique#nasdaq#introduction-en-bourse#spac#bpifrance#deeptech#france-2030#proqcima#euronext-paris#alain-aspect#valorisation

À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

Approfondir avec nos guides