
Découvrez ce qui change réellement après 8 ans de détention en assurance vie : abattement de 4 600 ou 9 200 euros, taux réduit à 7,5 %, stratégie de rachats partiels optimisés et exemples chiffrés.
Le cap des 8 ans est le seuil le plus attendu par les détenteurs d'assurance vie en France. Sur les 54 millions de contrats en cours, représentant un encours total de 2 107 milliards d'euros selon France Assureurs, une part considérable a franchi cette échéance et bénéficie d'un régime fiscal privilégié. Pourtant, beaucoup d'épargnants ignorent les mécanismes précis de cet avantage ou n'exploitent pas pleinement les stratégies de rachats optimisés qu'il rend possibles.
Après 8 ans de détention, vous accédez à un double avantage : un abattement annuel sur les gains retirés (4 600 euros pour une personne seule, 9 200 euros pour un couple) et un taux d'imposition réduit à 7,5 % au lieu de 12,8 % sur les versements n'excédant pas 150 000 euros. Ce guide vous explique en détail ce qui change, comment calculer la part imposable d'un rachat, et surtout comment élaborer une stratégie de retraits progressifs pour minimiser durablement votre fiscalité.
L'avantage fiscal principal qui s'active après 8 ans de détention n'est pas une exonération totale, contrairement à une idée reçue tenace. Il s'agit d'un abattement annuel appliqué exclusivement sur la part de gains (ou plus-values) comprise dans chaque rachat. Les montants sont fixés par l'article 125-0 A du Code général des impôts :
Cet abattement se renouvelle chaque année civile. Autrement dit, si vous n'effectuez aucun rachat une année donnée, l'abattement est perdu pour cette période : il ne se cumule pas d'une année sur l'autre.
Au-delà de l'abattement, les gains qui dépassent ce seuil bénéficient encore d'un taux préférentiel. Pour les versements effectués après le 27 septembre 2017, le régime distingue deux situations :
Pour les versements effectués avant le 27 septembre 2017, le taux de 7,5 % s'applique systématiquement après 8 ans, sans condition de plafond de versements.
Il est essentiel de dissiper plusieurs malentendus :
Le tableau ci-dessous synthétise les différences de traitement fiscal pour les versements effectués après le 27 septembre 2017 (régime actuel applicable à la grande majorité des épargnants) :
| Critère | Avant 8 ans | Après 8 ans (versements < 150 000 euros) | Après 8 ans (versements > 150 000 euros) |
|---|---|---|---|
| Abattement annuel sur les gains | Aucun | 4 600 euros (célibataire) / 9 200 euros (couple) | 4 600 euros / 9 200 euros |
| Taux d'imposition (hors PS) | 12,8 % (PFU) | 7,5 % | 7,5 % sous 150 000 euros, 12,8 % au-delà |
| Prélèvements sociaux | 17,2 % | 17,2 % | 17,2 % |
| Taxation totale sur les gains | 30 % | 0 % (dans l'abattement) puis 24,7 % | 0 % (dans l'abattement) puis 24,7 % ou 30 % |
| Option barème progressif | Disponible | Disponible (souvent plus intéressant) | Disponible |
Pour les versements effectués avant le 27 septembre 2017, l'ancien régime prévoyait des taux dégressifs selon la durée de détention : 35 % avant 4 ans, 15 % entre 4 et 8 ans, puis 7,5 % après 8 ans. Si vous détenez un contrat ancien, consultez notre guide complet de la fiscalité de l'assurance vie pour les détails.
Lorsque vous effectuez un rachat partiel, vous ne retirez pas uniquement des gains : le montant retiré comprend une fraction de capital (vos versements initiaux) et une fraction de gains (les intérêts et plus-values accumulés). Seule la fraction de gains est imposable.
La part de gains imposable dans un rachat partiel se calcule selon la formule suivante :
Part de gains = Montant du rachat - (Total des versements x Montant du rachat / Valeur totale du contrat)
Cette formule, dite "au prorata", garantit que chaque rachat partiel contient une proportion de gains identique à celle présente dans l'ensemble du contrat.
Prenons un contrat dont la valeur atteint 120 000 euros, constitué de 100 000 euros de versements et 20 000 euros de gains. Le ratio de gains est de 20 000 / 120 000, soit 16,67 %. Si vous effectuez un rachat partiel de 10 000 euros, la part de gains imposable sera de 10 000 x 16,67 % = 1 667 euros. Les 8 333 euros restants correspondent à du capital et ne sont pas imposés.
Ce mécanisme est fondamental pour comprendre la stratégie de rachats progressifs détaillée ci-après.
Répondez à quelques questions sur vos objectifs et découvrez quel type de contrat correspond à votre profil.
Faire le quizLa combinaison de l'abattement annuel renouvelable et du calcul au prorata ouvre la voie à une stratégie puissante : effectuer chaque année des rachats partiels calibrés pour que la part de gains n'excède pas l'abattement. Vous retirez ainsi de l'argent en totale franchise d'impôt sur le revenu (seuls les prélèvements sociaux restent dus sur les gains du fonds euros, prélevés annuellement).
L'idée est simple : plutôt que d'effectuer un seul rachat important qui générerait un dépassement de l'abattement et donc un impôt, vous fractionnez vos retraits sur plusieurs années. Chaque année, vous consommez votre abattement sans jamais le dépasser. Au fil du temps, vous "purgez" progressivement les gains accumulés.
Pour calculer le montant maximal de rachat partiel qui reste dans l'abattement, il suffit d'inverser la formule :
Rachat maximal exonéré = Abattement / (Gains totaux / Valeur totale du contrat)
Ce montant évolue chaque année puisque la composition du contrat change après chaque rachat et en fonction des performances.
Sophie et Marc, mariés et soumis à imposition commune, détiennent un contrat d'assurance vie ouvert il y a 12 ans. Voici les caractéristiques de leur contrat :
En tant que couple, ils bénéficient de l'abattement de 9 200 euros par an. Calculons le rachat maximal exonéré :
Rachat maximal exonéré = 9 200 / 25 % = 36 800 euros par an
En retirant 36 800 euros, la part de gains est de 36 800 x 25 % = 9 200 euros, soit exactement le montant de l'abattement. Aucun impôt sur le revenu n'est dû.
| Année | Rachat | Part de gains | Abattement utilisé | Impôt sur le revenu | Valeur résiduelle |
|---|---|---|---|---|---|
| Année 1 | 36 800 euros | 9 200 euros | 9 200 / 9 200 euros | 0 euros | 163 200 euros |
| Année 2 | 35 500 euros | 8 875 euros | 8 875 / 9 200 euros | 0 euros | 127 700 euros |
| Année 3 | 34 000 euros | 8 500 euros | 8 500 / 9 200 euros | 0 euros | 93 700 euros |
| Année 4 | 32 200 euros | 8 050 euros | 8 050 / 9 200 euros | 0 euros | 61 500 euros |
En 4 ans, Sophie et Marc auraient retiré 138 500 euros sans payer un seul euro d'impôt sur le revenu sur les gains, soit une économie fiscale d'environ 2 640 euros par rapport à un rachat unique taxé au taux de 7,5 % au-delà de l'abattement. Les montants de rachat diminuent légèrement chaque année car le ratio de gains évolue au fur et à mesure des retraits.
Bien entendu, les prélèvements sociaux de 17,2 % ont déjà été prélevés annuellement sur les intérêts du fonds euros. Pour la part en unités de compte, les PS sont retenus au moment du rachat.
Si Sophie et Marc avaient retiré la totalité des 200 000 euros en une seule fois :
La stratégie de rachats étalés leur permet donc d'économiser la totalité de cet impôt.
Catherine, 67 ans, célibataire, détient un contrat d'assurance vie ouvert il y a 15 ans dont les caractéristiques sont les suivantes :
En tant que personne seule, Catherine dispose d'un abattement de 4 600 euros par an. Son rachat maximal exonéré est de :
Rachat maximal = 4 600 / 40 % = 11 500 euros par an
Catherine prévoit de compléter sa retraite avec des rachats réguliers. En retirant 11 500 euros par an, elle ne paie aucun impôt sur le revenu sur ses gains. Si elle a besoin de davantage, par exemple 20 000 euros par an, voici le calcul :
Catherine pourrait également opter pour le barème progressif de l'impôt sur le revenu si sa tranche marginale d'imposition est inférieure à 7,5 %, ce qui est fréquent pour les retraités à revenus modestes. Dans ce cas, l'imposition serait encore plus faible.
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Voir le comparatifLe délai de 8 ans court à compter de la date d'ouverture du contrat (premier versement), et non à compter de chaque versement. Un versement effectué au cours de la 7e année bénéficiera de l'abattement dès que le contrat lui-même aura atteint 8 ans, même si ce versement n'a qu'un an d'ancienneté.
Cette règle a une conséquence pratique importante : il est judicieux d'ouvrir un contrat d'assurance vie le plus tôt possible, même avec un versement minimal, pour faire courir le délai de 8 ans. On parle parfois de "prendre date".
Si vous détenez plusieurs contrats d'assurance vie de plus de 8 ans, l'abattement de 4 600 ou 9 200 euros s'applique de manière globale sur l'ensemble des rachats effectués au cours de l'année, tous contrats confondus. Vous ne bénéficiez pas d'un abattement distinct par contrat.
Pour approfondir les stratégies de rachats, consultez notre article dédié à l'optimisation des retraits d'assurance vie.
Depuis la loi de finances pour 2018, le seuil de 150 000 euros de versements nets (versements effectués diminués des versements retirés) détermine le taux applicable au-delà de l'abattement après 8 ans. Ce seuil s'apprécie au niveau de l'assuré et non par contrat.
Si l'ensemble de vos versements nets sur tous vos contrats d'assurance vie excède 150 000 euros :
Ce mécanisme incite les épargnants disposant de capitaux importants à diversifier leurs placements ou à effectuer des rachats partiels pour ramener l'encours de versements sous le seuil. Pour comprendre les implications du PFU sur votre contrat d'assurance vie, nous avons rédigé un guide détaillé.
L'abattement de 4 600 ou 9 200 euros ne dispense que de l'impôt sur le revenu. Les prélèvements sociaux de 17,2 % (composés de la CSG à 9,2 %, de la CRDS à 0,5 % et du prélèvement de solidarité à 7,5 %) restent dus. Sur un fonds euros, ils sont d'ailleurs prélevés chaque année lors de l'inscription en compte des intérêts.
Même si vos rachats restent dans l'abattement, vous devez les déclarer dans votre déclaration de revenus. L'assureur vous fournit un IFU (Imprimé Fiscal Unique) qui détaille les montants à reporter. Pour tout savoir sur la procédure, consultez notre guide sur l'assurance vie et la déclaration d'impôts.
Certains épargnants, pressés de profiter de l'abattement, effectuent un rachat total dès le passage du cap des 8 ans. Si les gains accumulés sont importants, la part excédant l'abattement sera taxée. Il est souvent préférable de maintenir le contrat ouvert et d'échelonner les rachats, comme illustré dans nos exemples ci-dessus.
Après 8 ans, vous pouvez opter pour le barème progressif de l'impôt sur le revenu plutôt que le taux forfaitaire. Cette option peut s'avérer très avantageuse si votre tranche marginale d'imposition est faible (0 % ou 11 %). Notre article sur le choix entre PFU et barème progressif vous aide à déterminer l'option la plus favorable.
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Être rappelé sous 6hLe cap des 8 ans ne signifie en rien la fin de votre contrat. Au contraire, un contrat ancien présente plusieurs atouts :
La seule raison valable de clôturer un contrat ancien serait des frais de gestion excessifs ou des supports d'investissement obsolètes. Dans ce cas, un transfert vers un contrat plus compétitif (via la loi PACTE pour les contrats éligibles) peut être envisagé, en conservant l'antériorité fiscale. Pour comprendre les mécanismes du rachat, consultez notre guide du rachat d'assurance vie.
L'optimisation fiscale de votre assurance vie après 8 ans ne s'improvise pas. Le calibrage précis des rachats partiels, le choix entre PFU et barème progressif, la prise en compte du seuil de 150 000 euros et la coordination avec votre situation fiscale globale requièrent une analyse personnalisée.
France Épargne met à votre disposition :
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Le franchissement du cap des 8 ans en assurance vie ouvre des possibilités d'optimisation fiscale considérables, à condition de les exploiter méthodiquement. L'abattement annuel de 4 600 euros (ou 9 200 euros en couple) constitue un avantage renouvelable chaque année, qui se combine avec un taux réduit de 7,5 % pour créer un cadre fiscal particulièrement attractif.
La clé réside dans la planification : en calibrant vos rachats partiels pour maintenir la part de gains sous l'abattement, vous pouvez retirer des sommes significatives en totale franchise d'impôt sur le revenu. Comme l'illustrent les cas de Sophie et Marc ou de Catherine, cette stratégie de purge progressive des plus-values génère des économies réelles et quantifiables.
N'oubliez pas que cette optimisation s'inscrit dans une approche patrimoniale globale : le choix du mode d'imposition (PFU ou barème progressif), la gestion du seuil de 150 000 euros et la coordination avec vos autres revenus sont autant de paramètres à intégrer dans votre réflexion.
À lire également :
Sources : France Assureurs (données encours et nombre de contrats), Code général des impôts (articles 125-0 A et 990 I), ACPR (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution), Bulletin Officiel des Finances Publiques (BOFiP BOI-RPPM-RCM-10-10-80).
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