Marchés privés

BlackRock et IFM négocient en exclusivité le rachat des data centers asiatiques de Stack

Le consortium AIP, soutenu par BlackRock, et IFM Investors négocient en exclusivité le rachat des centres de données de Stack Infrastructure en Asie Pacifique, selon Bloomberg. La valorisation évoquée, 20 à 25 milliards de dollars, reste sous les 30 milliards visés en mai.

Rédacteur en chef, France Épargne
6 min de lecture766 vues
Tours de serveurs lumineuses sur un archipel relié par des flux de lumière, évoquant les centres de données de Stack en Asie Pacifique

Un consortium soutenu par BlackRock et l'australien IFM Investors est entré en négociations exclusives pour racheter les centres de données de Stack Infrastructure en Asie Pacifique, a rapporté Bloomberg ce jeudi 24 septembre 2026 à 9h00 (heure de Paris), citant des personnes proches du dossier. La transaction pourrait valoriser le portefeuille entre 20 et 25 milliards de dollars. Le groupe d'investisseurs s'apprête à lancer l'audit approfondi des actifs (due diligence), selon les mêmes sources, qui ont requis l'anonymat car les discussions sont privées.

En mai, un représentant de Blue Owl, propriétaire de Stack, avait refusé de commenter les premières informations sur cette cession, et Stack n'avait pas répondu aux sollicitations de Bloomberg.

Qui compose le consortium acheteur

Le véhicule mené côté BlackRock est l'Artificial Intelligence Infrastructure Partnership (AIP). Selon l'Australian Financial Review (AFR), ce groupement réunit Global Infrastructure Partners (GIP), la branche infrastructure de BlackRock, ainsi que Nvidia, Microsoft et le fonds MGX d'Abou Dhabi. AIP s'est donné pour objectif de mobiliser 30 milliards de dollars de fonds propres, et jusqu'à 100 milliards de dollars d'investissement total en incluant la dette, d'après son communiqué de juillet 2026.

Stack serait sa deuxième grande acquisition. En juillet 2026, AIP, MGX et GIP ont bouclé le rachat d'Aligned Data Centers pour une valeur d'entreprise d'environ 40 milliards de dollars. Aligned exploite ou développe 51 campus pour une capacité opérationnelle et planifiée de plus de 6,4 gigawatts (GW), principalement sur le territoire américain et en Amérique latine.

« L'opération est le premier investissement d'AIP et une étape importante vers son objectif initial de mobiliser et de déployer 30 milliards de dollars de fonds propres. »

Communiqué d'AIP, MGX et GIP sur la clôture du rachat d'Aligned, juillet 2026

IFM Investors est un gérant détenu par des fonds de pension australiens. Il gère 201,7 milliards de dollars pour le compte de 883 investisseurs institutionnels au 30 juin 2026, dont 95,9 milliards de dollars en infrastructures, selon son site. Ses clients gèrent l'épargne retraite de plus de 160 millions de salariés, précise le gérant. AIP et IFM ont fait équipe avant la date limite des offres indicatives non engageantes, fin août, a révélé l'AFR le 1er septembre.

Un portefeuille de 1,1 gigawatt entre l'Australie, le Japon et la Malaisie

Stack Infrastructure, basé à Denver, est entré sur le marché asiatique en 2021 et a installé son siège régional à Singapour. Blue Owl Capital en a pris le contrôle lors du rachat du gérant IPI Partners, qui avait créé Stack en 2019. D'après le site de l'opérateur, le périmètre régional compte six sites :

  • Melbourne : deux sites, 432 mégawatts (MW) ;
  • Sydney : un site, 360 MW ;
  • Johor Bahru (Malaisie) : un site, 216 MW ;
  • Osaka : un site, 78 MW ;
  • Tokyo : un site, 36 MW.

Soit environ 1 122 MW de capacité affichée, dont plus de 70 % en Australie. En juillet, Stack a indiqué aux candidats avoir signé un contrat de 864 MW, dont le locataire serait Amazon Web Services, selon l'AFR. Ce type d'engagement à long terme avec un grand fournisseur de cloud soutient la valorisation d'un opérateur, car il sécurise une part des loyers futurs.

Une valorisation revue à la baisse depuis mai

Le calendrier de la vente éclaire le chiffre avancé jeudi. Le 6 mai, Bloomberg rapportait que Stack étudiait une cession partielle ou totale de ses actifs en Australie, au Japon et en Malaisie, pour un montant susceptible de dépasser 30 milliards de dollars. Blue Owl a ensuite mandaté Morgan Stanley et Deutsche Bank, selon l'AFR citée par Data Center Dynamics. Fin juin, Bloomberg citait parmi les prétendants AIP, Brookfield, IFM, KKR et DigitalBridge.

La fourchette de 20 à 25 milliards de dollars évoquée aujourd'hui se situe donc nettement sous l'ambition initiale. Le 20 septembre, l'AFR chiffrait encore l'actif à plus de 28 milliards de dollars australiens. Macquarie Asset Management, qui avait pourtant recruté UBS et Goldman Sachs pour préparer une offre, n'a finalement rien déposé au premier tour, d'après le quotidien australien. Le 23 septembre, l'AFR signalait aussi l'intérêt de Digital Realty, opérateur coté à New York.

Le précédent AirTrunk

S'il aboutit, ce rachat serait la plus grosse opération sur les centres de données en Asie Pacifique depuis la vente d'AirTrunk en 2024 pour 24 milliards de dollars australiens à Blackstone et à l'investisseur canadien CPP Investments. IFM avait déjà participé à cette enchère au sein d'un consortium, qu'il n'avait pas remportée.

Les motivations du vendeur et les limites de l'accord

Pour Blue Owl, la cession offrirait une liquidité importante. En avril 2026, le gérant a plafonné les retraits de deux de ses fonds de crédit après des demandes de rachat totalisant 5,4 milliards de dollars, selon The Guardian. Le groupe reste par ailleurs très engagé dans le financement de l'intelligence artificielle : il a notamment financé le site Stargate d'Abilene, au Texas, et le campus de Meta en Louisiane.

Des négociations exclusives n'engagent toutefois aucune des parties. La phase d'audit peut encore modifier le prix, le périmètre ou faire échouer la transaction. Un rachat de cette taille devrait aussi être examiné par les autorités chargées des investissements étrangers, notamment en Australie, où se concentre l'essentiel des capacités. L'AFR indiquait le 20 septembre que Blue Owl n'avait pas encore formellement validé le passage au second tour.

Ce que la transaction signale aux épargnants

L'opération illustre l'ampleur des capitaux de long terme orientés vers les infrastructures numériques. Les fonds de pension australiens derrière IFM, comme les géants technologiques associés à AIP, parient sur une demande durable de capacités de calcul pour l'intelligence artificielle. Pour un épargnant français, l'exposition à ce type d'actifs passe par des fonds d'infrastructure non cotés, des unités de compte de private equity dans l'assurance vie ou des foncières cotées spécialisées.

Ces supports présentent des risques précis. La valorisation peut reculer fortement, comme le montre l'écart entre les 30 milliards de dollars espérés en mai et la fourchette actuelle. La liquidité reste limitée sur les véhicules non cotés, comme l'ont vécu les porteurs des fonds de Blue Owl au printemps. La dépendance à quelques locataires, souvent des géants du cloud, concentre aussi le risque de contrepartie.

Les prochaines étapes

Les points à suivre dans les semaines qui viennent :

  • la conclusion de l'audit et la signature éventuelle d'un accord définitif entre Blue Owl et le consortium AIP et IFM ;
  • le prix final par rapport à la fourchette de 20 à 25 milliards de dollars ;
  • l'éventuelle réaction des autres candidats, dont Digital Realty ;
  • les autorisations réglementaires, en particulier en Australie.

Sources

Investir dans les infrastructures numériques

Un fonds d’infrastructure ou une foncière cotée donne accès aux data centers sans acheter le bâtiment. Le simulateur situe le véhicule adapté à votre montant.

Votre objectif

Ouvrir le simulateurOrientation en 1 minute

Tags :

#blackrock#ifm-investors#stack-infrastructure#blue-owl#data-centers#infrastructure#private-equity#asie-pacifique#intelligence-artificielle#fusions-acquisitions

À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

Approfondir avec nos guides