Gazole : le G7 libère jusqu'à 100 millions de barils de stocks d'urgence en quatre mois
Le G7 présidé par la France va remettre sur le marché jusqu'à 100 millions de barils de gazole et de brut en quatre mois, avec une large part de gazole sous 20 jours. Le litre de gazole coûtait 2,37 euros en France fin septembre, 46,6 % de plus qu'un an plus tôt.
Les dirigeants du G7 (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni) ont décidé vendredi 2 octobre 2026 de remettre sur le marché jusqu'à 100 millions de barils de gazole et de pétrole brut tirés de leurs stocks d'urgence. L'opération démarre immédiatement et s'étale sur quatre mois. Une part substantielle du gazole doit être livrée dans les 20 premiers jours. Emmanuel Macron, qui préside le G7 cette année, a annoncé la mesure à l'issue d'une réunion des dirigeants en visioconférence consacrée à la crise énergétique.
« On a décidé de relâcher les stocks stratégiques de gazole et de pétrole brut sous la coordination de l'Agence internationale de l'énergie (...) pour pouvoir dans les quatre mois libérer jusqu'à 100 millions de barils. »
Emmanuel Macron, président de la République, le 2 octobre 2026
Pour les ménages français, la mesure vise d'abord le prix à la pompe. Le litre de gazole coûtait en moyenne 2,3706 euros toutes taxes comprises sur la semaine close le 25 septembre, contre 1,6171 euro un an plus tôt, selon la Direction générale de l'énergie et du climat (DGEC). Un plein de 50 litres revient à 118,53 euros, soit 37,68 euros de plus qu'en septembre 2025.
Les cinq engagements du communiqué
L'Agence internationale de l'énergie (AIE), l'agence rattachée à l'OCDE qui coordonne les stocks pétroliers d'urgence de ses pays membres, organisera la remise sur le marché. Le communiqué des dirigeants retient cinq engagements :
- Une libération coordonnée de 100 millions de barils sur quatre mois, avec un effort concentré sur le gazole pendant les 20 premiers jours.
- Un calendrier commun pour les opérations de maintenance des raffineries du G7, afin d'éviter des arrêts simultanés de capacités.
- Un appel aux pays raffineurs à augmenter leur production de produits raffinés, en particulier de gazole.
- Le refus des restrictions aux exportations d'énergie entre membres du G7.
- De nouvelles libérations de gazole restent à l'étude.
Les dirigeants écrivent que « les préoccupations de nos citoyens concernant les prix de l'énergie restent une priorité absolue ». Emmanuel Macron a estimé que ces volumes devraient apporter de la liquidité au marché et faire baisser les prix.
Des barils neufs ou le solde du plan de mars ?
Le 11 mars 2026, les pays membres de l'AIE avaient lancé la plus importante libération de stocks de leur histoire : 400 millions de barils, après le déclenchement de la guerre entre les États-Unis, Israël et l'Iran le 28 février et la perturbation du trafic dans le détroit d'Ormuz. Emmanuel Macron chiffrait alors la part française à « environ 14,5 millions » de barils. Le directeur exécutif de l'AIE, Fatih Birol, a indiqué cette semaine qu'environ deux tiers de ces volumes avaient atteint le marché.
Les dirigeants du G7 parlent de mettre en œuvre des engagements existants. Le tiers restant du programme de mars, environ 133 millions de barils, dépasse les 100 millions annoncés vendredi. Le site spécialisé Oilprice y voit une accélération du calendrier de mars plutôt qu'une enveloppe supplémentaire. Selon Bloomberg, les Européens ont discuté d'un partage en deux moitiés : 50 millions de barils de gazole fournis par les pays européens et 50 millions de barils de brut apportés par les membres de l'AIE.
Le gazole recule de plus de 4 % sur les marchés à terme
Les contrats à terme européens sur le gazole ont reculé de plus de 4 % vendredi, selon Bloomberg. Le Brent a perdu environ 3 dollars en séance et est passé sous 100 dollars le baril, selon la même source. L'écart entre le prix du gazole et celui du brut, appelé crack spread (la marge théorique tirée du raffinage d'un baril en gazole), est revenu à environ 69 dollars par baril, contre 76,77 dollars jeudi.
Le marché physique reste plus tendu que les marchés à terme. Sur la semaine close le 25 septembre, le Brent daté (le prix des cargaisons physiques de brut de la mer du Nord) s'établissait en moyenne à 117,81 dollars le baril, contre 102,63 dollars pour le contrat à terme coté sur l'ICE (Intercontinental Exchange), selon la note hebdomadaire de la DGEC. La cotation internationale du gazole atteignait 1 466 dollars la tonne sur la même semaine, contre 1 532 dollars la semaine précédente.
Le gazole à 2,37 euros le litre en France
Le prix à la pompe a légèrement reflué depuis la mi-septembre. Le litre de gazole valait 2,3834 euros en moyenne la semaine du 18 septembre, puis 2,3706 euros la semaine suivante, selon la DGEC. Sur un an, la hausse atteint 46,6 %. La moyenne de l'Union européenne s'établissait à 2,23 euros le litre au 18 septembre, selon la même source.
La hausse vient surtout du prix hors taxes. Celui-ci est passé de 73,84 à 136,80 centimes par litre en un an, soit 62,96 des 75,35 centimes de hausse du prix final, selon la DGEC. Sur la semaine close le 25 septembre, les cotations internationales pesaient 108,3 centimes dans ce prix hors taxes. Le transport et la distribution comptaient pour 28,5 centimes.
La consommation de gazole routier en France a atteint 2,217 millions de mètres cubes en août 2026, en baisse de 9,2 % sur un an. Depuis janvier, le cumul recule de 7,5 %, selon la DGEC.
Quel effet attendre à la pompe ?
Une première estimation chiffrée reste modeste. Andy Lipow, du cabinet Lipow Oil Associates, estime sur NBC News qu'une libération de cette ampleur pourrait faire baisser temporairement le prix du gazole d'environ 25 cents par gallon aux États-Unis. Au cours de change moyen relevé par la DGEC (1,144 dollar pour un euro), cela représente près de 6 centimes d'euro par litre.
Le même analyste note que l'opération « ne fait pas grand-chose pour augmenter la capacité de raffinage ». Selon lui, 100 millions de barils de gazole sur quatre mois remplaceraient pour l'essentiel les exportations russes, que Moscou a interdites depuis que des frappes de drones ukrainiens ont réduit la capacité de raffinage de la Russie.
La pression de Washington sur les stocks européens
La décision fait suite à une pression de l'administration Trump, qui demandait aux Européens d'utiliser plus vite leurs stocks. « Les agriculteurs, les transporteurs et les entreprises américaines ne devraient pas porter seuls le fardeau d'une pénurie mondiale de gazole », a déclaré le secrétaire au Trésor Scott Bessent, selon NBC News. Donald Trump a écrit sur Truth Social que l'Europe venait d'accepter de libérer « une quantité massive » de ses stocks de gazole.
Selon Toute l'Europe, environ la moitié du gazole importé par l'Union européenne provient des États-Unis. Le même média rapporte que Donald Trump avait évoqué une restriction de ces exportations (« Nous pourrions faire ça. Ils ont du gazole »). Emmanuel Macron a écarté ce scénario vendredi : « nous sommes tous engagés à ce qu'il n'y ait aucune interdiction à l'export. Le président Trump a été très clair sur ce point ».
Comment fonctionnent les stocks stratégiques français ?
L'article L642-4 du code de l'énergie impose à la France de disposer en permanence de stocks stratégiques équivalant au quart des quantités nettes de pétrole brut et de produits pétroliers importées l'année civile précédente, soit environ trois mois d'importations. La SAGESS, société créée en 1988 à l'initiative des opérateurs pétroliers, constitue et entretient l'essentiel de ces réserves pour le compte du Comité professionnel des stocks stratégiques pétroliers (CPSSP).
La contribution française aux 100 millions de barils n'avait pas été détaillée vendredi soir dans les déclarations publiques consultées.
Les échéances à surveiller
- Vers le 22 octobre : fin de la fenêtre de 20 jours prévue pour la première vague de gazole.
- Chaque semaine : la note de la DGEC sur les prix à la pompe, qui mesurera la transmission de la baisse des cotations au litre de gazole.
- Début février 2027 : fin de la période de quatre mois couverte par l'accord.
Les dirigeants n'ont fixé aucun objectif de prix. Ils n'excluent pas de nouvelles libérations de gazole.
Sources
- DGEC, « Cours, prix et marges des produits pétroliers en France et dans l'Union européenne », note hebdomadaire du 25 septembre 2026
- Code de l'énergie, article L642-4 (Légifrance)
- Déclarations d'Emmanuel Macron, 2 octobre 2026 (France 24, franceinfo) et 11 mars 2026 (franceinfo)
- Communiqué des dirigeants du G7, 2 octobre 2026 (repris par The National, Atlasinfo et Helsinki Times)
- Bloomberg, Oilprice, NBC News, Toute l'Europe, SAGESS
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