Immobilier

Tempête Austen : dix départements en vigilance orange, les bailleurs face à leur assurance PNO

Météo-France place dix départements du Nord-Ouest en vigilance orange vent pour vendredi. Pour les bailleurs, la garantie tempête du contrat PNO paie les dégâts du vent. Le sinistre se déclare sous cinq jours ouvrés.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Maisons de granit aux toits d'ardoise sur un quai breton par temps gris, avant le passage de la tempête Austen sur le Nord-Ouest

Météo-France a placé dix départements du Nord-Ouest en vigilance orange vent pour le vendredi 23 octobre 2026, à l'approche de la tempête Austen : le Finistère, les Côtes-d'Armor, le Morbihan, l'Ille-et-Vilaine, la Manche, le Calvados, l'Eure, la Loire-Atlantique, l'Orne et la Seine-Maritime. L'alerte démarre dès jeudi soir à la pointe de la Bretagne. La préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord annonce des rafales supérieures à 130 km/h sur le littoral, une mer très forte à grosse et un risque de lames de tempête sur les côtes exposées.

Pour les propriétaires bailleurs de ces départements, la nuit de jeudi à vendredi pose une question concrète : quel contrat paie une toiture arrachée, une cheminée effondrée ou un arbre tombé sur un logement loué ou vide ? Fin 2025, les assureurs français géraient 8,1 millions de contrats habitation non occupants, en hausse de 1,7 % sur un an. Leur prime moyenne hors taxes atteignait 191 euros, en progression de 8,1 %.

Austen, premier nom de la liste britannique de la saison

Le Met Office, le service météorologique britannique, a baptisé la dépression Austen le 20 octobre 2026. Ce nom ouvre la liste de la saison établie par le Royaume-Uni, l'Irlande et les Pays-Bas, qui forment le groupe de nommage de l'ouest de l'Europe. La préfecture maritime décrit une dépression d'environ 970 hectopascals qui se creuse sur l'Atlantique puis sur les îles Britanniques et qui « va générer un épisode tempétueux majeur sur la moitié nord de la France ».

Météo-France prévoit des rafales au-delà de 100 km/h dans les terres. Les prévisions locales donnent jusqu'à 140 km/h sur les caps et les îles du Finistère. Météo-France met en garde contre les chutes d'arbres et les dommages aux bâtiments, alors que « la végétation porte encore une grande partie de ses feuilles ». La SNCF a annoncé l'arrêt de tous ses trains en Normandie vendredi.

Garantie tempête ou catastrophe naturelle : le seuil de 145 km/h

L'article L. 122-7 du Code des assurances règle la question du vent. Tout contrat qui garantit les dommages d'incendie à un bien situé en France couvre de plein droit « les effets du vent dû aux tempêtes, ouragans et cyclones ». Un contrat de propriétaire non occupant qui inclut l'incendie contient cette garantie tempête, que les assureurs regroupent avec la grêle et le poids de la neige sous le sigle TGN.

Le régime des catastrophes naturelles, déclenché par un arrêté interministériel, ne prend en charge le vent qu'au-delà de 145 km/h en moyenne sur dix minutes ou de 215 km/h en rafales. Les rafales annoncées pour Austen restent loin de ce second seuil. Chaque assureur indemnise les dégâts du vent dans les conditions du contrat, franchise déduite. Aucun arrêté n'est nécessaire. Les inondations provoquées par les fortes pluies relèvent du régime des catastrophes naturelles lorsqu'un arrêté reconnaît la commune sinistrée. La franchise légale est alors de 380 euros pour un logement.

Bailleur, locataire, syndic : qui déclare quoi ?

L'article 1720 du Code civil oblige le bailleur à faire, pendant la durée du bail, toutes les réparations nécessaires autres que les réparations locatives. Les dégâts du vent sur la toiture, les murs ou la cheminée sont à sa charge. L'article 1722 prévoit que, si le logement est détruit en partie par cas fortuit, le locataire peut demander une diminution du loyer ou la résiliation du bail, sans dédommagement. L'assurance risques locatifs, que le locataire doit souscrire en vertu de l'article 7 de la loi du 6 juillet 1989, couvre les dommages dont il est responsable, comme une fuite de sa machine à laver.

En copropriété, chaque copropriétaire, occupant ou non, doit assurer au minimum sa responsabilité civile en application de l'article 9-1 de la loi du 10 juillet 1965. Le syndic déclare à l'assureur de l'immeuble un sinistre né dans les parties communes, comme une tuile arrachée. Le copropriétaire déclare à son propre assureur un sinistre né dans son lot. La convention IRSI, l'accord entre assureurs qui désigne un assureur unique pour les dégâts des eaux et les incendies en immeuble jusqu'à 5 000 euros hors taxes, ne s'applique pas aux sinistres d'origine extérieure à l'immeuble comme les intempéries.

Hors copropriété, un bailleur n'a pas l'obligation d'assurer sa maison louée. Il reste tenu d'indemniser les tiers lorsqu'un élément de sa propriété leur cause un dommage. La chute d'un arbre de son jardin sur la maison voisine en est un exemple. L'assurance propriétaire non occupant couvre cette responsabilité civile du bailleur. Elle complète la protection du logement lorsqu'il est vide ou lorsque l'assurance habitation du locataire fait défaut.

Cinq jours ouvrés pour déclarer un sinistre

L'article L. 113-2 du Code des assurances fixe le délai de déclaration d'un sinistre à cinq jours ouvrés au minimum, à compter du moment où l'assuré en a connaissance. Pour un bailleur qui vit loin de son bien, le délai part du jour où il apprend le dommage. Une clause de déchéance pour déclaration tardive ne lui est opposable que si l'assureur prouve que le retard lui a causé un préjudice. Elle ne s'applique pas lorsque le retard est dû à un cas fortuit ou de force majeure.

L'article 1724 du Code civil fixe le sort du loyer pendant les travaux. Le locataire doit accepter les réparations urgentes, mais si les travaux durent plus de 21 jours, le loyer diminue à proportion du temps et de la partie du logement dont il est privé. Si les réparations rendent le logement inhabitable, le locataire peut résilier le bail. Certaines formules de propriétaire non occupant prévoient une garantie de pertes de loyers après un sinistre, qui compense ce manque à gagner.

Coût moyen d'un sinistre tempête : +39,9 % en 2025

En 2025, le coût moyen d'un sinistre tempête, grêle et neige a atteint 3 343 euros, contre 2 389 euros un an plus tôt, soit une hausse de 39,9 %. La charge de cette garantie a progressé de 22,1 % et représente 16,2 % des indemnisations versées en multirisque habitation. Son rapport entre sinistres et primes est monté à 80,0 %, contre 73,2 % en 2024.

En novembre 2023, les tempêtes Ciaran et Domingos, qui ont frappé la Bretagne, la Normandie, le Nord-Pas-de-Calais, la Nouvelle-Aquitaine et la Corse entre le 1er et le 5 novembre, ont provoqué 517 000 sinistres pour 1,3 milliard d'euros. Les logements de particuliers représentaient 91 % des sinistres et 84 % du coût. L'épisode se classait alors au cinquième rang des tempêtes les plus coûteuses en métropole, derrière Lothar et Martin en 1999 (13,8 milliards d'euros).

Primes 2027 et rentabilité des assureurs

Les cotisations des contrats habitation non occupants ont atteint 1 544 millions d'euros en 2025, en hausse de 10,0 %. Elles progressent plus vite que celles des contrats occupants (+8,2 %). Pour 2027, le cabinet Facts & Figures anticipe une hausse de 5 % à 6 % des primes multirisques habitation et le cabinet Addactis table sur environ 7 %, soit 20 à 25 euros hors taxes de plus par contrat et par an. L'inflation française s'établissait à 2,4 % sur un an en août 2026.

« La hausse des coûts de l'assurance est d'abord la conséquence de la montée et de l'évolution des risques auxquels nous sommes collectivement confrontés. Les sinistres sont plus fréquents, plus sévères et leur coût augmente, notamment sous l'effet de la hausse du prix des matériaux, des réparations et des prestations. »

Florence Lustman, présidente de France Assureurs, septembre 2026

Les chiffres de 2025 nuancent ce constat. La fréquence des sinistres habitation a reculé de 9,1 % et le rapport entre sinistres et primes, toutes garanties confondues, est tombé à 52,8 %, contre 58,5 % en 2024. Le résultat technique de la branche dommages aux biens des particuliers a atteint 4,6 % des primes, son meilleur niveau depuis 2020. En 2025, les cotisations ont progressé plus vite que la charge des sinistres.

Les échéances des prochains jours

  • Vendredi 23 octobre : passage du cœur de la tempête sur la Bretagne, la Normandie puis les Hauts-de-France.
  • Dans les cinq jours ouvrés suivant la découverte d'un dommage : déclaration du sinistre à l'assureur.
  • En cas d'inondation : la commune dispose de 24 mois pour demander la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, l'arrêté paraît au Journal officiel dans les deux mois suivant le dépôt de la demande en préfecture, puis l'assuré dispose de 30 jours pour déclarer son sinistre.
  • Au-delà de 21 jours de travaux : réduction du loyer à proportion du temps et de la partie du logement dont le locataire est privé.

Un bailleur des dix départements en vigilance orange a intérêt à relire trois clauses de son contrat : la garantie des dommages au bâti, le montant de la franchise tempête et la garantie de pertes de loyers.

Sources

  • Préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord, « Tempête Austen : dégradation majeure des conditions météorologiques attendue dès jeudi soir, appel à la plus grande vigilance des usagers de la mer et du littoral », 21 octobre 2026, premar-manche.gouv.fr
  • Met Office, « UK Storm Centre : storm names 2026/27 », consulté le 22 octobre 2026, metoffice.gov.uk
  • L'Express et 6Médias, « Tempête Austen : dix départements placés en vigilance orange pour vents violents vendredi », 22 octobre 2026, actu.orange.fr
  • TF1 Info, « Tempête Austen : 10 départements en vigilance orange cette nuit, des rafales jusqu'à 140 km/h », 22 octobre 2026
  • Franceinfo, « Le Finistère, le Morbihan et les Côtes-d'Armor en alerte orange pour vent à partir de jeudi soir en raison de la tempête Austen », 22 octobre 2026
  • Code des assurances, articles L. 113-2, L. 122-7, L. 125-1, L. 125-2 et annexe à l'article A. 125-1, version consolidée, codes.droit.org
  • Code civil, articles 1720, 1722 et 1724, version consolidée, codes.droit.org
  • Service Public, « Copropriété : quelle assurance pour les parties communes ou privatives ? », vérifié le 22 juillet 2025, service-public.gouv.fr
  • Service Public, « Assurance du logement par le propriétaire », vérifié le 29 avril 2024, service-public.gouv.fr
  • France Assureurs, « L'assurance habitation en 2025 : contrats multirisques habitation », juillet 2026, franceassureurs.fr
  • France Assureurs, « Les tempêtes Ciaran et Domingos ont occasionné au total 517 000 sinistres pour un coût de 1,3 milliard d'euros », 13 novembre 2023, franceassureurs.fr
  • JSS avec AFP, « Les assurances auto et habitation devraient encore augmenter en 2027 », 21 septembre 2026, jss.fr
  • Matmut, « Assurance propriétaire non occupant », page produit consultée le 22 octobre 2026, matmut.fr

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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