Euronext rouvre la porte à Deutsche Börse : +2,21 % à Paris, +3,18 % à Francfort
Stéphane Boujnah s'est dit ouvert à une fusion des activités de marché avec Deutsche Börse, tout en précisant qu'aucune discussion n'est engagée. Euronext gagnait 2,21 % et Deutsche Börse 3,18 % lundi. Bruxelles avait bloqué deux projets, en 2012 et en 2017.
Une phrase accordée au Financial Times a suffi à réveiller le plus vieux serpent de mer de la finance européenne. Lundi 14 septembre 2026, Stéphane Boujnah, directeur général et président du directoire d'Euronext, s'est déclaré ouvert à un rapprochement avec Deutsche Börse. Les deux titres ont aussitôt progressé.
Le dirigeant a livré une formule mesurée. Selon le quotidien britannique, « une opération qui aurait du sens serait la fusion des activités de marché ». Il a immédiatement précisé qu'aucune discussion n'était engagée entre les deux groupes. Un tel ensemble donnerait naissance, selon lui, à une infrastructure paneuropéenne d'« échelle planétaire », tout en reconnaissant que le dossier se heurterait à de sérieux obstacles de concurrence.
Les investisseurs ont acheté la simple hypothèse
La réaction a été immédiate et large. En milieu de séance lundi, l'action Euronext s'échangeait à 161,70 euros, en hausse de 2,21 % sur sa clôture de 158,20 euros (relevé de 12h33, heure de Paris). Deutsche Börse montait plus fort encore, à 285,10 euros sur le Xetra de Francfort, soit un gain de 3,18 % sur les 276,30 euros de la veille.
Le mouvement a débordé sur le troisième acteur du secteur. London Stock Exchange Group gagnait 4,52 %, à 8 610 pence à Londres. Reuters relevait de son côté des hausses de 2,1 % pour Euronext et de 2,9 % pour Deutsche Börse à 9h44 GMT, dans un marché européen par ailleurs orienté à la baisse. Les deux valeurs affichent environ 26 % de progression depuis le 1er janvier, selon l'agence.
Trois tentatives, aucune conclusion
Le projet n'a rien d'inédit, et son promoteur le sait mieux que personne. Devant une commission parlementaire italienne, le 21 mai 2026, Stéphane Boujnah s'était montré nettement plus catégorique : « Nous avons déjà cherché trois fois à fusionner avec Deutsche Boerse, je ne pense pas qu'il y aura une fusion dans un avenir proche. » Les élus italiens l'avaient convoqué pour l'interroger sur l'avenir de la Bourse de Milan, rachetée par Euronext à London Stock Exchange Group en 2021. Ils redoutaient qu'un mariage allemand ne relègue la place italienne au second plan.
Euronext s'est construit par acquisitions successives depuis l'arrivée de Stéphane Boujnah en 2015. Le groupe exploite aujourd'hui les places d'Amsterdam, Bruxelles, Dublin, Lisbonne, Milan, Oslo et Paris. Cette expansion méthodique n'a jamais franchi le Rhin.
Ce que la Commission européenne a déjà interdit
L'histoire donne du poids à la prudence affichée en mai. Le 1er février 2012, la Commission européenne a prohibé la fusion entre Deutsche Börse et NYSE Euronext. Son communiqué relevait que les deux entreprises contrôlaient ensemble plus de 90 % des échanges mondiaux de dérivés financiers européens négociés en Bourse, à travers Eurex et Liffe, leurs plateformes respectives. Bruxelles a jugé que l'opération aurait abouti à une situation de monopole de fait et que les engagements proposés ne réglaient pas le problème. Joaquín Almunia, alors commissaire chargé de la concurrence, motivait ainsi le veto : « Ces marchés sont au cœur du système financier et il est crucial pour toute l'économie européenne qu'ils restent concurrentiels. »
Cinq ans plus tard, le 29 mars 2017, la Commission a bloqué un second projet, cette fois entre Deutsche Börse et London Stock Exchange Group. Le motif portait sur la compensation des instruments de taux, obligations et pensions livrées, où le rapprochement d'Eurex et de LCH aurait créé un monopole de fait. Margrethe Vestager, commissaire à la concurrence, rappelait alors que « l'économie européenne dépend du bon fonctionnement des marchés financiers » et que l'ensemble de l'économie profite de la capacité des entreprises à lever des fonds sur des marchés concurrentiels.
Un rapport de forces très déséquilibré
Si discussion il y avait un jour, elle ne partirait pas d'un pied d'égalité. Deutsche Börse pesait 49,81 milliards d'euros de capitalisation boursière à la clôture précédente, contre 16,05 milliards pour Euronext, soit un rapport proche de trois pour un. L'écart tient à la structure des deux groupes. L'allemand s'appuie largement sur la compensation, la conservation de titres et les données de marché, activités récurrentes et peu sensibles aux volumes. Le français reste davantage exposé à la négociation et aux introductions en Bourse, plus cycliques par nature.
Une fenêtre politique, un calendrier serré
Les propos tombent alors que l'Union européenne cherche à souder ses marchés de capitaux. L'Union de l'épargne et de l'investissement, qui a pris la suite de l'Union des marchés de capitaux, vise précisément à lever les frictions qui fragmentent la négociation et les activités qui la suivent. Un opérateur unique reliant Paris, Amsterdam, Bruxelles, Lisbonne, Dublin, Oslo, Milan et Francfort servirait cet objectif de taille critique. Il réduirait aussi le nombre de concurrents, ce qui est précisément le sujet de la direction générale de la concurrence.
Reste le calendrier. Stéphane Boujnah doit quitter la direction générale d'Euronext en mai 2027, au terme du mandat de quatre ans que l'assemblée générale lui avait renouvelé en 2023. Aucun successeur n'a été désigné à ce jour. Le directeur financier Giorgio Modica tient la corde en interne, selon Kepler Cheuvreux cité par Reuters, et les analystes du courtier soulignent que le prochain dirigeant « pourrait avoir un avis différent sur la question ». Ouvrir un tel dossier à huit mois de son départ engage donc surtout celui qui lui succédera. Aucune réaction publique de Deutsche Börse n'avait été diffusée lundi en milieu de journée.
Ce que l'épargnant français doit en retenir
Euronext exploite la Bourse de Paris et calcule le CAC 40. Le groupe fixe les règles de cotation et une partie des coûts de transaction que supportent, en bout de chaîne, les détenteurs de PEA et de comptes titres. Une consolidation avec Francfort jouerait dans deux directions opposées : des économies d'échelle capables de comprimer les frais, et une concurrence réduite entre places, qui peut au contraire les faire remonter. C'est exactement l'arbitrage que la Commission européenne a tranché deux fois en faveur de la concurrence.
Pour les portefeuilles, l'effet immédiat se limite aux deux valeurs concernées. Ni le CAC 40 ni les grands indices européens ne dépendent de l'issue d'un dossier qui n'a produit, à ce stade, qu'un entretien de presse et une séance de hausse.
Points de vigilance
- Une confirmation ou un démenti de Deutsche Börse, silencieuse à ce stade.
- La désignation du successeur de Stéphane Boujnah, qui déterminera la suite du dossier.
- Le volet infrastructures de marché de l'Union de l'épargne et de l'investissement.
- La position des autorités italiennes, attentives au sort de Borsa Italiana.
- Le périmètre exact évoqué, limité aux activités de marché et non aux chambres de compensation.
Stéphane Boujnah dit avoir tenté trois fois. Une quatrième approche, si elle voyait le jour, devrait convaincre la même autorité de concurrence qui a dit non en 2012 puis en 2017.
Sources
- Financial Times, « Euronext open to "big bang" deal with rival Deutsche Börse », 14 septembre 2026.
- Reuters, « Euronext, Deutsche Boerse gain after CEO revives merger talk », 14 septembre 2026.
- Commission européenne, communiqué IP/12/94, 1er février 2012.
- Commission européenne, communiqué IP/17/789, 29 mars 2017.
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