Banques centrales

Inde : la banque centrale relève son taux à 5,50 %, sa première hausse depuis 2023

La Banque de réserve de l'Inde relève son taux repo de 25 points de base, à 5,50 %, et adopte un « resserrement calibré ». L'inflation a atteint 4,8 % en août. Converti en euros, le Nifty 50 perd environ 15 % depuis janvier.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Tour du siège de la Banque de réserve de l'Inde à Bombay vue d'une rue du quartier de Fort, jour de hausse du taux repo à 5,50 %

La Banque de réserve de l'Inde (RBI, Reserve Bank of India) a relevé mercredi 7 octobre 2026 son principal taux directeur de 25 points de base, à 5,50 %. C'est sa première hausse depuis février 2023. Le comité de politique monétaire a voté la hausse à l'unanimité et a adopté une nouvelle orientation baptisée « resserrement calibré » (calibrated tightening). Le gouverneur Sanjay Malhotra justifie la décision par une inflation qui « n'est plus aussi bénigne que l'an dernier », selon sa déclaration publiée par la RBI.

Le taux repo est le taux auquel la banque centrale prête au jour le jour aux banques commerciales contre des titres d'État. Les deux taux qui encadrent le marché monétaire montent d'autant : le taux de la facilité de dépôt (SDF) passe à 5,25 % et celui de la facilité de prêt marginal (MSF) à 5,75 %. La hausse était attendue par 35 des 61 économistes interrogés par Reuters avant la réunion, et les marchés de swaps l'intégraient entièrement.

Le vote du comité sur le taux et sur l'orientation

Le comité de politique monétaire (MPC, Monetary Policy Committee) compte six membres, présidés par le gouverneur. Les six ont voté la hausse du taux. Deux d'entre eux, Nagesh Kumar et Ram Singh, souhaitaient en revanche conserver l'orientation neutre adoptée jusqu'ici. La résolution précise la portée de ce nouveau cap :

« Cela signale seulement que, dans les conditions actuelles, les baisses de taux sont exclues à court terme et que la politique monétaire ne peut désormais passer que par une hausse ou une pause, selon l'évolution de la situation et des perspectives. » (Résolution du MPC, 7 octobre 2026, traduction France Épargne)

La RBI avait abaissé son taux de 125 points de base au total en 2025, de 6,50 % à 5,25 %, puis l'avait maintenu à ce niveau lors de ses réunions suivantes, dont celle du 5 août 2026. Le comité publiera le compte rendu de ses débats le 21 octobre et se réunira de nouveau du 2 au 4 décembre.

Pourquoi la RBI resserre maintenant ?

L'inflation indienne accélère sous l'effet du pétrole et de l'alimentation. L'indice des prix à la consommation (IPC) a progressé de 4,8 % sur un an en août, après 4,5 % en juillet, au-dessus de la cible de moyen terme de 4 %. L'inflation sous-jacente, qui exclut l'alimentation et l'énergie, est montée à 4,2 %, après trois mois à 3,9 %. Selon le discours du gouverneur, environ 37 % du panier de l'IPC affichait en août une hausse de prix supérieure à 4 %.

La RBI relève à 5,2 % sa prévision d'inflation pour l'exercice budgétaire d'avril 2026 à mars 2027, contre 5 % en août. Elle anticipe 6,0 % au trimestre octobre à décembre puis 5,7 % au premier trimestre 2027. La déclaration du gouverneur détaille ces pressions :

  • Le prix du panier de pétrole brut importé par l'Inde est passé de 82,0 dollars le baril en moyenne en juillet à 116,1 dollars en septembre, selon la cellule d'analyse pétrolière du gouvernement (PPAC) citée par la RBI.
  • La mousson du sud-ouest a fini la saison 13 % sous sa moyenne de long terme au 30 septembre. La RBI signale en outre un épisode El Niño marqué.
  • Le prix de l'oignon a bondi d'environ 85 % entre fin juin et fin septembre, et celui du sucre de 34 % entre début juillet et fin août.

La croissance reste soutenue. Le produit intérieur brut a progressé de 7,8 % au trimestre avril à juin, et la RBI relève sa prévision annuelle à 7,1 %, contre 6,7 % en août. Avec un taux repo de 5,50 % et une inflation attendue à 5,2 % sur l'exercice, le taux réel (taux directeur diminué de l'inflation) reste proche de 0,3 point.

La décision s'inscrit dans un mouvement mondial. La Réserve fédérale américaine a relevé sa fourchette cible de 25 points de base le 16 septembre, à 3,75 % à 4,00 %. La Banque centrale européenne (BCE) a porté son taux de dépôt à 2,50 % après deux hausses, en juin et en septembre, selon ses données officielles. La Banque du Japon et la Banque de Corée ont relevé leurs taux au cours des deux derniers mois, selon CNBC.

La réaction des marchés à Bombay

Les marchés indiens ont accueilli une décision conforme aux attentes. À 11 heures, heure de Bombay (7h30 à Paris), l'indice Nifty 50 des cinquante principales capitalisations reculait de 0,35 % à 22 696,50 points, et le Sensex de 0,18 %, selon Business Standard. Les banques publiques et privées progressaient, tandis que l'automobile et l'immobilier, plus sensibles au coût du crédit, cédaient du terrain.

Le rendement de l'obligation d'État indienne à dix ans est monté jusqu'à 7,27 %, contre 7,19 % à la clôture de mardi, selon les données de Bloomberg citées par Business Standard. La roupie s'échangeait à 96,47 pour un dollar en milieu de matinée. En début de semaine, elle se tenait à environ 1 % de son plus bas historique touché en mai, selon Reuters.

Les sorties de capitaux de portefeuille se poursuivent. Les investisseurs de portefeuille étrangers ont retiré en net 10,3 milliards de dollars des marchés indiens entre le 1er avril et le 5 octobre, d'après la déclaration du gouverneur. Les réserves de change atteignaient 734,6 milliards de dollars au 2 octobre, soit environ onze mois d'importations.

Combien de hausses d'ici 2027 ?

Plusieurs économistes indiens attendent d'autres hausses. Madhavi Arora, chef économiste d'Emkay Global Financial Services, maintient sa prévision : « Nous conservons une hausse cumulée de 75 points de base sur ce cycle », écrit-elle dans un commentaire transmis à Business Standard. Garima Kapoor, économiste chez Elara Capital, juge probable une hausse supplémentaire de 50 points de base sur ce cycle.

Avant la réunion, les estimations divergeaient sur l'ampleur du cycle. Nomura et Barclays tablaient sur 25 à 50 points de base au total, BofA et ANZ sur 75 à 100 points, selon Reuters. Rahul Bajoria, économiste de BofA Global Research pour l'Inde, résumait l'enjeu : « Il ne s'agit plus seulement d'annuler la petite baisse accordée en décembre dernier, mais de retirer le bol de punch monétaire avant que les risques d'inflation ne s'enracinent. » Les marchés de swaps intégraient alors environ 100 points de base de hausses sur douze mois. HSBC et Goldman Sachs attendent une nouvelle hausse en décembre, selon CNBC.

La résolution nuance son propre diagnostic. Elle relève des indices d'anticipations d'inflation élevées et d'une généralisation de la hausse des prix, mais seulement des « signes limités » de diffusion des chocs d'offre (pétrole, mousson) aux prix pratiqués par les entreprises. Les arguments des deux membres opposés au changement d'orientation figureront dans le compte rendu du 21 octobre.

Les actions indiennes vues d'un portefeuille en euros

Un épargnant français accède aux actions indiennes par des fonds et des ETF (fonds indiciels cotés), logés en compte-titres ou en unités de compte d'assurance vie. Sa performance en euros dépend de deux moteurs : la Bourse indienne et le taux de change entre la roupie et l'euro.

Les deux ont joué contre lui cette année. Le Nifty 50 a clôturé mardi à 22 776,10 points, en baisse de 12,8 % depuis le 31 décembre 2025 (26 129,60 points), selon les données de marché compilées par CNBC. Sur la même période, l'euro est passé de 105,60 à 108,66 roupies selon le cours de référence de la BCE, ce qui ampute de 2,8 % la valeur en euros des actifs libellés en roupies. Converti en euros, l'indice cède ainsi environ 15 % depuis le début de l'année, hors dividendes et frais de gestion.

Des taux plus élevés relèvent le rendement des obligations indiennes et renchérissent le crédit des ménages et des entreprises. Dans sa conclusion, le gouverneur énumère quatre risques extérieurs : le conflit au Moyen-Orient, les incertitudes sur les droits de douane, le niveau élevé des rendements obligataires mondiaux et le risque d'une correction désordonnée des cours des valeurs liées à l'intelligence artificielle.

Les prochaines échéances

  • Le 21 octobre 2026 : publication du compte rendu du comité, avec l'argumentaire des deux membres minoritaires.
  • L'inflation de septembre puis d'octobre : la RBI attend 6,0 % sur le trimestre en cours, premier test de sa prévision.
  • Du 2 au 4 décembre 2026 : prochaine réunion du comité, pour laquelle HSBC et Goldman Sachs anticipent une hausse.
  • Le prix du baril : l'Inde importe près de 85 % de ses besoins en carburant, selon CNBC, et la RBI cite la volatilité du brut parmi les causes de la hausse de sa prévision d'inflation.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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