Macroéconomie

Emploi américain : 165 000 créations en octobre, près du triple des attentes

L'économie américaine a créé 165 000 emplois en octobre, près du triple du consensus, et le chômage est redescendu à 4,1 %. La probabilité d'une nouvelle hausse des taux de la Fed en décembre approche désormais 77 %.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Pointeuse, pièces d'argent empilées et poids en laiton sur un bureau : les embauches d'octobre nourrissent la prochaine décision de taux de la Fed.

L'économie américaine a créé 165 000 emplois en octobre, près du triple du consensus des économistes, établi à 59 000. Le taux de chômage est redescendu à 4,1 %, contre 4,2 % en septembre. Le Bureau of Labor Statistics a publié ces chiffres vendredi 6 novembre à 14h30, heure de Paris, au terme d'une semaine qui a offert à Wall Street sa pire séance depuis avril 2025.

Le rythme d'embauche dépasse trois fois la moyenne des douze derniers mois, limitée à 48 000 créations mensuelles. Les deux mois précédents ont été révisés à la hausse de 84 000 emplois au total : août passe de 133 000 à 186 000 postes, septembre de 29 000 à 60 000. L'enquête ADP sur l'emploi privé, publiée mercredi, avait déjà fait état de 86 000 embauches dans le secteur privé. Ce rebond efface le doute laissé par le chiffre initial de septembre, 29 000 créations.

La création d'emplois triple sa moyenne annuelle

Les services professionnels et aux entreprises concentrent le mouvement avec 70 000 postes, contre 15 000 en moyenne sur l'année écoulée. La santé en ajoute 42 000, dont 16 000 dans les hôpitaux et 11 000 dans l'aide à domicile. Le transport et l'entreposage créent 25 000 emplois, dont 17 000 pour les messagers et les coursiers, et l'industrie manufacturière en regagne 19 000. L'emploi public reste quasi stable, tout comme la construction, le commerce et la finance. Depuis son point bas de décembre 2025, l'industrie a déjà récupéré 101 000 postes, et les services professionnels 269 000 depuis octobre 2025.

Salaire horaire en hausse de 0,4 % sur le mois

Le salaire horaire moyen du secteur privé gagne 0,14 dollar, à 38 dollars, soit 0,4 % sur le mois et 3,1 % sur un an, au-dessus des prévisions de 0,3 % et 2,9 %. La semaine de travail reste figée à 34,4 heures. Le taux d'activité grimpe à 61,9 % et la population active s'étoffe de 421 000 personnes, tandis que l'enquête ménage dénombre 463 000 emplois supplémentaires. Le rapport dessine un marché qui attire de nouveaux actifs sans faire remonter le chômage. Celui-ci oscille entre 4,1 % et 4,3 % depuis mars.

Le sous-emploi et la durée du chômage progressent

Le taux de sous-emploi, qui englobe les chômeurs découragés et les temps partiels subis, remonte à 7,9 %, en hausse de 0,3 point. Le travail à temps partiel pour raisons économiques bondit de 339 000 personnes, à 4,8 millions. Le chômage de longue durée concerne 2 millions d'Américains, soit 27,6 % des 7,1 millions de sans-emploi, et la durée moyenne de recherche atteint 27,1 semaines, en hausse de 2,3 semaines sur un mois, son plus haut niveau depuis septembre 2021. Les embauches repartent, mais elles ne profitent pas encore à ceux qui cherchent depuis le plus longtemps.

Une nouvelle hausse de taux attendue en décembre

La Réserve fédérale avait porté ses taux directeurs entre 3,75 % et 4,00 % lors de sa hausse de septembre. Le baromètre CME FedWatch donne désormais 76,8 % de probabilité à une nouvelle élévation de 25 points de base à la réunion des 8 et 9 décembre, contre un peu plus de deux tiers la veille du rapport. Les rendements du Trésor ont grimpé à l'annonce : le taux à dix ans cotait 4,87 %, le deux ans 4,52 % et le trente ans 5,28 %.

« Ce rapport sur l'emploi répond avec force à la crainte que l'économie américaine n'entre dans un ralentissement marqué », juge Seema Shah, stratège mondiale en chef de Principal Asset Management.

« En 2025, l'économie créait à peine 10 000 emplois par mois, et pour l'essentiel dans la santé », résume Heather Long, économiste en chef de Navy Federal Credit Union, pour qui la gamme des opportunités est « bien plus large » et le marché du travail « sur une bien meilleure base qu'il y a un an ».

Christopher S. Rupkey, économiste en chef de FWDBONDS, tire une lecture plus sombre : « Les responsables de la Fed doivent regretter de ne pas avoir relevé leurs taux la semaine dernière, car ces données très chaudes sur l'emploi vont rendre la désinflation plus difficile. Une chose est certaine : les taux d'intérêt vont monter, et nettement. »

Wall Street divisé, les Bourses européaises dans le rouge

À la mi-séance, le Nasdaq gagnait plus de 1 % et comblait une partie des pertes historiques de la veille, tandis que le Dow Jones revenait proche de l'équilibre après les pertes du matin. La veille, le Nasdaq, le S&P 500 et le Russell 2000 ont vécu leur pire séance depuis avril 2025 : le Nasdaq y a perdu environ 2 500 milliards de dollars de capitalisation, dont plus de 1 000 milliards pour les sept plus grandes valeurs technologiques. Le rebond de ce vendredi reste partiel et concentré sur les valeurs technologiques.

Paris n'a pas profité de ce sursaut. Le CAC 40 a clôturé à 8 139 points, en recul de 0,81 %, la vente d'actifs risqués gagnant les grandes places européennes après la déroute technologique de la veille. Les élections de mi-mandat de mardi, qui ont donné les deux chambres du Congrès aux démocrates, entretiennent les doutes sur le rythme de construction des centres de données. « Un basculement complet du pouvoir est l'issue la plus redoutée par les marchés », soulignait Jose Torres, économiste d'Interactive Brokers, avant le scrutin. Il pointait le risque d'un durcissement du cadre réglementaire de l'intelligence artificielle.

La Banque d'Angleterre relève son taux la même semaine

Le mouvement de resserrement dépasse les États-Unis. La Banque d'Angleterre a relevé jeudi son taux directeur d'un quart de point, à 4,00 %, sa première hausse depuis août 2023. L'institution britannique table sur une inflation remontant vers 5 % à la mi-2027, contre 3,5 % aujourd'hui, sous l'effet du prix de l'énergie lié au conflit au Moyen-Orient. « Cette hausse ne doit pas être vue comme la première d'une longue séquence inévitable », a prévenu le gouverneur Andrew Bailey, qui juge peu probable qu'elle soit la dernière tant que le conflit dure. La prochaine décision britannique tombe le 17 décembre.

Pour la France, la traduction se lit dans les taux souverains. Le taux de l'OAT à dix ans, l'obligation émise par l'État français, évolue à des niveaux inédits depuis 2008, une référence qui conditionne les taux des crédits immobiliers et la rémunération de l'épargne financière. La solidité de l'emploi américain nourrit la pression sur les rendements mondiaux, y compris européens.

Les conséquences pour l'épargne

Un marché du travail résilient rapproche le scénario de taux américains maintenus à des niveaux élevés. Le trente ans américain au-dessus de 5,2 % rémunère mieux les nouveaux placements à revenu fixe, mais pénalise la valeur des obligations déjà émises et les sociétés les plus sensibles au coût du crédit, petites valeurs en tête. Des taux américains durablement élevés soutiennent par ailleurs le dollar face à l'euro : les avoirs américains détenus sans couverture de change voient leur valeur en euros s'apprécier avec lui. Dans un PEA (Plan d'Épargne en Actions) ou un contrat d'assurance vie exposé aux marchés américains, l'effet de change amplifie ou compense désormais les mouvements des actions.

Les échéances à surveiller

  • Réunion de la Réserve fédérale les 8 et 9 décembre, première échéance après ce rapport.
  • Décision de la Banque d'Angleterre le 17 décembre.
  • Prochain rapport sur l'emploi américain début décembre, portant sur le mois de novembre.

Le message du mois d'octobre est net côté volume d'embauches, plus nuancé sur la qualité des postes. La donnée déplace le débat sur les taux américains vers la réunion de décembre. Les marchés ont déjà largement fait leur choix.

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Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.