Analyse des marchés

Le Nasdaq plonge dans la correction, le CAC 40 tient au-dessus de 8 200 points

Le Nasdaq a perdu plus de 5 % jeudi et est entré en correction, à plus de 10 % sous son record du 6 octobre. Le CAC 40 a gagné 0,34 % : les investisseurs craignent que le Congrès démocrate ne freine la construction des centres de données dédiés à l'IA.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Collage éditorial : un wafer de silicium et une maquette de centre de données posés à côté d'une urne électorale fermée

Le Nasdaq Composite est entré jeudi 5 novembre en zone de correction, une baisse d'au moins 10 % depuis le dernier sommet. Vers 19 h 50, heure de Paris, l'indice perdait 5,3 % à 24 382 points, à plus de 10 % sous son record de clôture du 6 octobre. L'indice à forte composante technologique se dirigeait vers sa pire séance depuis la débâcle du « Liberation Day » d'avril 2025, vingt-quatre heures après le rebond de soulagement qui avait suivi la victoire démocrate aux élections de mi-mandat américaines.

La Bourse de Paris a résisté. Le CAC 40 a gagné 0,34 % à 8 205,37 points, soutenu par la baisse des taux obligataires et par l'envolée d'Air France-KLM. Le pan européen Stoxx 600 a fini en repli de 0,45 %, tiré vers le bas par son compartiment technologique. Le DAX a cédé 0,41 % à Francfort et le FTSE 100 a perdu 0,43 % à Londres.

Une correction un mois après le record du 6 octobre

La vente s'est accélérée pendant toute la séance. Le Nasdaq 100, qui regroupe les plus grandes capitalisations du marché américain, cédait 5,9 % à 26 760 points et devrait effacer plus de 2 000 milliards de dollars de capitalisation si les pertes se maintiennent jusqu'à la clôture. Le SOX, l'indice des semi-conducteurs cotés à Philadelphie, reculait de près de 10 %. Le VIX, qui mesure la volatilité attendue sur le S&P 500, bondissait de 60 %.

Le contraste avec la veille est total. Mercredi, le S&P 500 avait signé sa meilleure séance en trois mois, en hausse de 1,58 %, et le Dow Jones sa plus forte progression depuis le 25 avril, à +3,03 %. Jeudi, ce rebond s'est évaporé : le Dow Jones abandonnait 3,1 % à 51 719 points et le S&P 500 perdait 4,0 % à 7 381 points vers 19 h 50, heure de Paris. Le Nasdaq 100 était entré en correction dès lundi, signe que la défiance envers l'intelligence artificielle (IA) avait précédé le scrutin.

Microsoft a nourri la tension en cours de séance : le groupe a refusé de prolonger son contrat avec le néocloud Nscale pour un centre de données au Texas et durcit la surveillance des projets de ses fournisseurs. Ces opérateurs qui louent de la capacité de calcul aux entreprises d'IA concentrent les pertes : CoreWeave perdait 9 %, IREN 13 % et Nebius 14 %. Les fournisseurs d'électricité exposés au secteur, GE Vernova et Constellation Energy, décrochaient à leur tour.

Le scrutin américain rebat les cartes de l'IA

Le déclic remonte au vote de mardi 3 novembre. Les démocrates ont remporté la Chambre des représentants, le Sénat et plusieurs postes de gouverneurs dans des États clés pour les infrastructures de calcul. Au Texas, l'avocate Gina Hinojosa a battu le gouverneur républicain sortant Greg Abbott après avoir promis de bloquer les nouveaux projets tant que des protections plus strictes pour les riverains ne seraient pas adoptées. Le sortant avait décrété début septembre un moratoire sur les autorisations, sans éviter la défaite. Wells Fargo évalue à 27 % la part du Texas dans les gigawatts de centres de données prévus aux États-Unis.

Les analystes d'UBS estiment qu'environ 30 % de l'augmentation prévue de la capacité américaine de centres de données d'ici 2028 pourrait être compromise par des arrêts de construction. « Les investisseurs semblent prendre conscience que certains membres du Congrès et gouverneurs nouvellement élus cherchent à ralentir le rythme du développement des infrastructures liées à l'IA », analyse Melissa Brown, responsable mondiale de la recherche sur les décisions d'investissement chez SimCorp. « S'il semble peu probable qu'ils soient en mesure de l'arrêter complètement, tout ralentissement susciterait des inquiétudes, car la croissance de l'IA repose largement sur le développement rapide des infrastructures de soutien. »

Les résultats de Qualcomm ont amplifié le mouvement : le fabricant de puces a annoncé des ventes de composants pour smartphones inférieures aux prévisions et son titre décrochait de 11,5 %. Nvidia perdait 7,7 %, AMD et Micron 13 % chacun, Broadcom plus de 6 %. La vente a gagné l'Asie : à Séoul, Samsung Electronics a lâché 7,5 % et SK Hynix 9,5 %. Tesla reculait de 9 %, Elon Musk ayant consacré près d'un demi-milliard de dollars au soutien de candidats républicains.

Les stratèges divisés sur la suite

« Il s'agit d'un secteur volatil et cyclique, et lorsque le sentiment change, les réactions sont vives », résume Mark Hackett, stratège chez Nationwide. Tim Holland, directeur des investissements chez Orion, décrit des gérants qui « s'éloignent jusqu'à ce qu'ils aient une meilleure idée des implications des élections de mi-mandat sur le cycle des dépenses d'investissement en IA en particulier ». Keith Buchanan, gérant chez Globalt Investments, relie les deux séances : « Hier, c'était un rallye de soulagement, et aujourd'hui, c'est plus une question d'investisseurs déçus par les résultats de Qualcomm et la poursuite du commerce de rotation hors de l'IA. »

La lecture optimiste s'appuie sur des faits. Un Congrès divisé réduit le risque de changements législatifs brutaux. La demande d'équipements reste réelle : Legrand a relevé jeudi ses objectifs 2026 pour la deuxième fois de l'année, ses ventes américaines progressant de 28,7 % sur neuf mois à structure et taux de change constants, portées par les centres de données. Le titre parisien terminait quasiment stable malgré la débâcle américaine.

Le CAC 40 limite les dégâts

Air France-KLM bondissait de 12,1 % après un bénéfice net de 938 millions d'euros au troisième trimestre, au-dessus des 731 millions attendus par les analystes, et profitait du repli du pétrole. Bouygues gagnait 2,6 % sur relèvement d'objectif, quand Stellantis cédait 4,7 % et ArcelorMittal 1,1 %. Le compartiment technologique du Stoxx 600 perdait 3,28 % : ASML reculait de 6,6 %, Soitec et Siltronic perdaient entre 6 % et 16 %. Rheinmetall sombrait de 16 % après une deuxième baisse de ses prévisions de chiffre d'affaires 2026 en trois mois.

Les investisseurs ont cherché refuge dans les obligations. Le rendement du Treasury américain à dix ans revenait à 4,84 %, celui du Bund allemand à 3,25 % et celui de l'OAT française, la dette de référence de l'État, à 4,79 %. L'once d'or reprenait 1,1 % à 4 110 dollars, le bitcoin repassait sous les 77 000 dollars et l'euro cotait 1,1232 dollar.

La détente des taux et le rebond du pétrole

Le baril de Brent remontait de 2,3 % à 96,80 dollars après la forte baisse de la veille, les investisseurs évaluant la possibilité que la nouvelle majorité démocrate favorise la fin de la guerre entre les États-Unis et l'Iran. La Banque d'Angleterre a relevé son taux directeur d'un quart de point, à 4 %, sa première hausse depuis août 2023, et a prévenu qu'une autre était probable si le conflit se poursuivait. « Le relèvement d'aujourd'hui ne doit pas être considéré comme le premier d'une longue série inévitable, a déclaré le gouverneur Andrew Bailey. Mais à moins que le conflit au Moyen-Orient ne soit résolu, il semble peu probable qu'il soit le dernier. » Le comité a voté par huit voix contre une.

Les conséquences pour l'épargne française

Une partie des unités de compte des contrats d'assurance vie et des PER (Plan d'Épargne Retraite) est exposée aux actions technologiques américaines par le biais de fonds indiciels ou thématiques. La correction se répercute sur leurs valorisations de jeudi. Les fonds en euros, investis en obligations à capital garanti, restent à l'écart de ces à-coups.

Les échéances arrivent vite. Le rapport sur l'emploi américain d'octobre paraît vendredi : le consensus attend 62 000 créations de postes après 29 000 en septembre, pour un chômage stable à 4,2 %. Les demandes hebdomadaires d'allocations ont déjà indiqué un marché du travail solide, à 189 000, le niveau le plus bas depuis 57 ans. La présidente de la Réserve fédérale de Cleveland, Beth Hammack, et son homologue de Richmond, Thomas Barkin, ont évoqué la possibilité de nouvelles hausses des taux directeurs, et les opérateurs en anticipent une dès le mois prochain, après celle de septembre.

Conclusion

La chute du Nasdaq traduit une réévaluation du rythme des investissements dans les infrastructures d'IA après deux ans de hausse portée par ce seul thème. Pour un épargnant français, la séance rappelle la vitesse à laquelle un scrutin déplace les marchés. Le rapport sur l'emploi de vendredi et les attentes de hausse de taux formulées pour le mois prochain diront si l'économie résiste mieux que les valeurs technologiques.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.