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Monte dei Paschi lance deux offres en actions sur Banco BPM et Banca Generali

Monte dei Paschi a lancé le 21 août 2026 deux offres publiques d'échange en actions sur Banco BPM et Banca Generali, pour bâtir un pôle de 70 milliards et contrer l'offre de 30,6 milliards d'Intesa Sanpaolo. Crédit Agricole y reste opposé.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite de piliers bancaires institutionnels convergents et de flux de capitaux, évoquant la consolidation du secteur bancaire italien

Banca Monte dei Paschi di Siena a lancé le 21 août 2026 deux offres publiques d'échange distinctes, réglées intégralement en actions nouvelles, visant Banco BPM et Banca Generali. Le conseil d'administration de la banque siennoise avait approuvé la veille le plan porté par son directeur général Luigi Lovaglio, au terme d'une réunion de sept heures à Sienne.

L'ambition affichée consiste à bâtir un troisième pôle bancaire italien pesant environ 70 milliards de capitalisation boursière, fort de plus de 2 600 agences. La manœuvre répond frontalement à l'offre publique d'achat et d'échange déposée par Intesa Sanpaolo sur Monte dei Paschi le 8 juin 2026.

Ce que contient le plan Lovaglio

Les deux opérations restent juridiquement séparées. Chacune propose aux actionnaires de Banco BPM et de Banca Generali de devenir actionnaires de MPS, sans aucun versement en espèces. Selon Milano Finanza et Investing.com, les termes retenus feraient ressortir une prime d'environ 10 % sur les cours de Bourse constatés avant l'annonce.

Le montage s'accompagne d'un dividende exceptionnel d'environ 4 milliards d'euros réservé aux actionnaires actuels de la banque toscane. Il serait composé pour près de 3 milliards d'euros de titres Assicurazioni Generali et pour environ 1 milliard d'euros de numéraire. La banque siennoise détient un peu plus de 13 % du capital de l'assureur triestin, héritage de sa prise de contrôle de Mediobanca finalisée en septembre 2025.

Cette distribution poursuit un objectif précis : convaincre les porteurs de titres MPS d'approuver l'augmentation de capital destinée à financer les deux offres, lors d'une assemblée générale extraordinaire convoquée le 29 octobre 2026. Le plan a été préparé avec les banques conseils UBS, Bank of America, Vitale et Keefe, Bruyette et Woods.

L'offre d'Intesa Sanpaolo, point de départ du bras de fer

Le 8 juin 2026, Intesa Sanpaolo a déposé une offre portant sur la totalité du capital de MPS. Ses termes, publiés par la banque milanaise, prévoient 16 actions Intesa nouvellement émises pour 10 actions Monte dei Paschi apportées, augmentées de 1,00 euro en espèces par action apportée. Le prix implicite ressort à 10,091 euros par titre, soit une contrepartie totale de 30,6 milliards.

Intesa Sanpaolo chiffre la prime à environ 12,5 % sur le cours moyen pondéré par les volumes au 5 juin 2026, puis à 17,4 % et 18,7 % sur les moyennes à trois et six mois. Pour désamorcer les objections de concurrence, le groupe a conclu un accord ferme avec l'assureur Unipol portant sur la cession d'environ 635 agences du réseau siennois, de la marque MPS et de structures centrales, pour une contrepartie estimée entre 3,0 et 3,5 milliards.

À l'horizon 2029, l'acquéreur vise un résultat net supérieur à 16 milliards d'euros, une rentabilité des fonds propres supérieure à 20 % et environ 2 000 milliards d'euros d'actifs financiers de la clientèle, pour des synergies annuelles avant impôts proches de 2,9 milliards d'euros. Le conseil de MPS juge la prime offerte insuffisante et la compare à la moyenne d'environ 30 % relevée sur des opérations comparables.

Crédit Agricole, l'actionnaire capable de tout bloquer

Le principal obstacle porte un nom français. Crédit Agricole détient environ 29,3 % de Banco BPM, ce qui en fait de loin son premier actionnaire. La banque verte a déjà fait connaître sa position : elle ne discerne pas de valeur dans un rapprochement entre Banco BPM et le groupe siennois, et privilégie une union entre Banco BPM et sa propre filiale transalpine, Crédit Agricole Italia.

Cette opposition avait déjà eu raison d'une première tentative. Le 7 juin 2026, le conseil de Banco BPM avait proposé à l'unanimité à MPS d'ouvrir des discussions en vue d'une fusion entre égaux. Le document remis évoquait des synergies avant impôts supérieures à 1,1 milliard d'euros, dont plus de 650 millions au titre des coûts et plus de 450 millions au titre des revenus, une capitalisation combinée dépassant 50 milliards, un ratio CET1 pro forma proche de 15 %, une création de valeur d'au moins 5,5 milliards d'euros et une relution du bénéfice par action supérieure à 10 %.

Faute de progrès, Banco BPM a mis fin à ce projet début août 2026. Son directeur général Giuseppe Castagna a alors jugé qu'un rapprochement avec Crédit Agricole Italia constituerait « une fusion très solide » sur le plan industriel, ajoutant qu'il examinerait « cette opportunité potentielle si elle se concrétise et devient possible ».

En s'adressant directement aux actionnaires de Banco BPM sans l'accord préalable de sa direction, Luigi Lovaglio emprunte donc la voie non sollicitée. Interrogés le 20 août, Crédit Agricole comme Banca Generali se sont refusés à tout commentaire.

Un conseil d'administration loin d'être unanime

Le vote traduit les tensions internes de la banque siennoise. Neuf administrateurs ont approuvé le plan, quatre administrateurs indépendants se sont abstenus. Ces derniers ont fait valoir qu'ils n'avaient pas reçu une information suffisante pour se prononcer sur plusieurs sujets, depuis les risques du processus d'intégration jusqu'à l'ampleur réelle des synergies annoncées.

La cible assurantielle ajoute une difficulté. Banca Generali est contrôlée par Assicurazioni Generali, dont MPS est également un actionnaire de référence. Cette banque privée avait déjà été convoitée par Mediobanca, qui avait proposé de la racheter pour 6,3 milliards d'euros en 2025 afin de repousser l'offre de son assaillant siennois. Les actionnaires de Mediobanca avaient rejeté le projet. Mediobanca appartient désormais à MPS, qui reprend la cible pour son propre compte.

Banca Generali a convoqué un conseil d'administration extraordinaire pour examiner l'offre. Sa capitalisation avoisine 8 milliards, contre un peu plus de 25 milliards pour Banco BPM.

Comment la Bourse a réagi

Le 20 août, à l'annonce de la décision du conseil, Banca Generali gagnait 1,3 % et Banco BPM 0,7 % en séance à Milan, tandis que MPS cédait 0,34 %, selon les relevés de Teleborsa. Hausse des cibles et repli de l'initiateur : ce profil correspond au schéma habituel des offres non sollicitées, où le marché valorise la prime promise tout en escomptant une exécution incertaine.

Banco BPM aborde ce nouvel épisode en position de force opérationnelle. Le groupe a relevé début août sa prévision de bénéfice net 2026 à plus de 1,95 milliard d'euros et porté à environ 7 milliards son enveloppe de rémunération des actionnaires sur la période 2024 à 2027. Son résultat net du deuxième trimestre 2026 s'est établi à 581 millions d'euros, supérieur au consensus des analystes de 531 millions.

Pourquoi les épargnants français sont concernés

L'issue de ce bras de fer engage directement un acteur majeur de la place de Paris. Les 29,3 % détenus dans Banco BPM représentent pour Crédit Agricole une participation stratégique en Italie, deuxième marché domestique du groupe. Une prise de contrôle de Banco BPM par le groupe toscan diluerait cette position dans un ensemble bien plus vaste et compromettrait le projet d'adossement à Crédit Agricole Italia.

Les enjeux dépassent le périmètre bancaire. Les accords de distribution de produits d'épargne noués en Italie par les gestionnaires d'actifs français procurent des commissions récurrentes. Toute recomposition du capital des réseaux distributeurs peut en modifier les conditions de renouvellement, donc les revenus futurs de ces filiales.

Pour l'épargnant français détenteur d'unités de compte investies en actions européennes, la consolidation bancaire italienne agit sur deux leviers. Elle pèse d'abord sur la valorisation des valeurs financières, très présentes dans les fonds actions de la zone euro. Elle influe ensuite sur la politique de distribution des établissements concernés, dont les dividendes et les rachats d'actions alimentent une part importante du rendement du secteur.

Le calendrier à surveiller

Trois échéances structureront la suite. La réponse formelle des conseils d'administration de Banco BPM et de Banca Generali constitue la première. La position publique de Crédit Agricole sur le sort de sa participation vient ensuite. L'assemblée générale extraordinaire de MPS du 29 octobre 2026, appelée à voter l'augmentation de capital, tranchera enfin la faisabilité financière du projet.

S'y ajoutent les autorisations réglementaires. Une offre de cette taille reste soumise au visa de la Consob, au feu vert prudentiel de la Banque centrale européenne et à l'examen des autorités de concurrence. Le dénouement de l'offre d'Intesa Sanpaolo sur Monte dei Paschi conditionne par ailleurs la capacité même de la banque siennoise à mener ses propres offres jusqu'à leur terme.

Sources

Tags :

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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