BASF approche Evonik en vue d'un rachat, selon le Financial Times
BASF a approché Evonik en vue d'un rachat, selon le Financial Times. Évalué 8,4 milliards d'euros en Bourse, le chimiste d'Essen est en pleine restructuration, et son actionnaire de référence, la fondation RAG, veut réduire sa participation.
BASF a fait une approche en vue de racheter son compatriote Evonik Industries, a rapporté le Financial Times vendredi 25 septembre 2026 à 13h07, heure de Paris. Le premier chimiste mondial chercherait ainsi à absorber le spécialiste des additifs et des matériaux de performance basé à Essen, quatre jours après les premières informations sur des discussions entre les deux groupes allemands. Vers 13h30, ni BASF ni Evonik n'avaient publié de communiqué sur ce dossier.
Ce que l'on sait à ce stade
Le quotidien britannique évoque une approche de rachat, soit une prise de contact en vue d'une offre, et non une offre publique formellement déposée auprès de l'autorité allemande des marchés financiers (BaFin). Aucun prix par action ni aucune structure de financement n'étaient connus au moment de la publication de cet article. Aucune communication obligatoire (ad hoc) au titre du règlement européen sur les abus de marché n'était visible sur les fils financiers allemands en début d'après-midi.
Juste avant la parution du Financial Times, l'action Evonik s'échangeait à 18,07 euros sur Xetra, stable sur la séance, tandis que BASF cédait environ 0,6 % à 51,96 euros, selon les cotations différées d'onvista. Avec 466 millions d'actions, Evonik pèse environ 8,4 milliards d'euros en Bourse et 12,2 milliards d'euros en valeur d'entreprise, dette nette incluse, selon les données de StockAnalysis. La capitalisation de BASF avoisine 45 milliards d'euros.
Des discussions évoquées depuis lundi
Le dossier n'est pas sorti de nulle part. Le lundi 21 septembre, le service d'information financière Dealreporter a indiqué, en citant trois personnes proches du dossier, que BASF avait exploré cette année une transaction avec Evonik. L'une de ces sources jugeait la situation « difficile à lire » et estimait que BASF, « contraint en trésorerie », voudrait d'abord mener à bien l'introduction en Bourse de sa division agricole avant toute acquisition, selon le résumé publié par Seeking Alpha.
Le lendemain, l'action Evonik a gagné jusqu'à 4,8 % en séance, sa plus forte hausse quotidienne depuis environ trois mois, a relevé Reuters. Un analyste cité par l'agence précisait que le service Mergermarket avait lui aussi fait état de rumeurs de rachat. Les deux groupes avaient alors refusé de s'exprimer :
« Par principe, nous ne commentons pas les rumeurs de marché ni les spéculations. »
Le service de presse de BASF, cité par Reuters le 22 septembre 2026
Evonik, une cible en pleine restructuration
La cible traverse une période agitée. Son président du directoire, Christian Kullmann, s'est mis en retrait fin août après une opération chirurgicale imprévue ; Claus Rettig, jusqu'ici responsable de l'Asie, assure l'intérim depuis le 1er septembre. Le groupe prévoit de supprimer environ 3 200 postes d'ici fin 2029, dont 2 150 en Allemagne, et a annoncé le 22 septembre une deuxième phase de restructuration à partir de 2027.
Ce plan inclut la cession de deux filiales, Oxeno et Syneqt, qui emploient ensemble environ 4 300 personnes. « Nous sommes en discussion avec des investisseurs au sujet d'Oxeno ; ce n'est pas encore le cas pour Syneqt », a déclaré Claus Rettig à Reuters, ajoutant qu'une vente aurait lieu dans les deux cas.
« Nous allons utiliser cette polycrise pour changer de vieilles structures et mieux nous positionner. »
Claus Rettig, président par intérim du directoire d'Evonik, le 22 septembre 2026
BASF, un acheteur aux priorités déjà chargées
Côté acheteur, le calendrier interroge. Le directeur général Markus Kamieth conduit un vaste programme de réorganisation baptisé « Winning Ways », dont la pièce maîtresse est la cotation à Francfort de la division Agricultural Solutions. Le 14 septembre, BASF a mandaté Citi, Deutsche Bank, Goldman Sachs et J.P. Morgan comme coordinateurs globaux, en visant une introduction en Bourse prête au milieu de l'année 2027, sans décision finale sur son exécution. Une journée investisseurs est prévue le 24 novembre.
Le groupe continue par ailleurs d'alléger ses participations financières : Harbour Energy a annoncé le 24 septembre avoir racheté hors marché des actions détenues par BASF, pour environ 190 millions de dollars, selon Dow Jones Newswires.
La fondation RAG, actionnaire décisif
Toute opération passerait par la fondation RAG, basée à Essen, actionnaire de référence d'Evonik avec environ 43 % du capital, selon Reuters. Cette fondation, qui finance les charges héritées de l'extraction houillère dans la Ruhr, souhaite réduire sa dépendance à la chimie et ramener à terme sa participation à 25,1 %. Une offre de BASF pourrait lui offrir une porte de sortie, à condition que le prix proposé la satisfasse.
Un secteur chimique allemand sous pression
Le rapprochement s'inscrirait dans un contexte difficile pour la chimie européenne, confrontée au coût de l'énergie et à la concurrence chinoise. La fédération VCI table sur une hausse de 2,5 % du chiffre d'affaires du secteur en Allemagne en 2026, portée surtout par les prix, mais son président Markus Steilemann a prévenu que ce répit, lié à la guerre en Iran, était « trompeur » et que « les vieux problèmes n'ont pas disparu ».
Pour les épargnants français, les deux valeurs sont cotées à Francfort et, en tant que sociétés européennes, peuvent être logées dans un plan d'épargne en actions (PEA). Une offre formelle se traduit généralement par une prime sur le cours de la cible, mais tant qu'aucun prix n'est annoncé, le titre Evonik reste exposé à un repli si les discussions n'aboutissent pas.
Les prochaines étapes à surveiller
- Une confirmation ou un démenti de BASF et d'Evonik, éventuellement par communication ad hoc.
- La réaction de l'action Evonik à la réouverture des échanges après la parution de l'article.
- La position de la fondation RAG, dont l'accord conditionne toute prise de contrôle.
- L'examen probable par la Commission européenne, compte tenu de la taille des deux groupes.
- L'avancement de la cession d'Oxeno, que Claus Rettig espère faire progresser d'ici la fin de l'année.
Sources
- Financial Times : BASF makes takeover approach for chemicals rival Evonik
- Reuters : Evonik Aktie gefragt Berichte über Gespräche mit BASF
- Reuters : Evonik to launch second phase of restructuring in 2027, pursues unit sales
- Seeking Alpha Dealreporter : BASF has explored Evonik deal this year Dealreporter
- dpa AFX : Evonik will in Krise Jobs streichen und sparen
- Reuters : Evonik appoints Claus Rettig as interim CEO
- Reuters : BASF mandates banks for planned agricultural business listing
- Dow Jones Newswires : BASF Hires Banks for Planned Agricultural Solutions Business IPO
- Dow Jones Newswires : Harbour Energy Completed Off Market Purchase of Shares From BASF
- Reuters : German chemicals lobby VCI sees higher 2026 sales, says Iran war masks industry troubles
- StockAnalysis : Evonik Industries AG (EVK) statistics
- onvista : Evonik Aktie
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