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AXA vise une rentabilité des capitaux propres de 15 % à 17 % entre 2027 et 2029

AXA a dévoilé son plan « Growing Forward » pour 2027 à 2029. Le groupe vise une rentabilité opérationnelle des capitaux propres de 15 % à 17 %, contre 14 % à 16 % auparavant, et environ 25 milliards d'euros de remontées de trésorerie. La distribution reste fixée à 75 %.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite de la trajectoire financière d'un grand assureur européen, colonnes institutionnelles et flux ascendants en dégradé bleu et vert

AXA a dévoilé mardi 15 septembre 2026, à 7h00, son plan stratégique pour la période 2027 à 2029. Baptisé « Growing Forward », il succède à « Unlock the Future » et relève l'ensemble des objectifs financiers du groupe. La rentabilité opérationnelle des capitaux propres (ROE) est désormais attendue entre 15 % et 17 % de 2027 à 2029, contre une fourchette de 14 % à 16 % pour le plan qui s'achève cette année.

L'assureur a présenté quatre objectifs chiffrés et une politique de distribution inchangée. Une présentation aux investisseurs était prévue le même jour à 10h30, précédée d'une conférence de presse à 8h30. L'annonce est intervenue avant l'ouverture d'Euronext Paris, où le titre avait terminé la séance de la veille à 43,67 euros.

Quatre objectifs chiffrés à l'horizon 2029

Le communiqué du groupe fixe une trajectoire précise. AXA vise une croissance annuelle moyenne du résultat opérationnel par action comprise entre 7 % et 9 % de 2026 à 2029, un ROE opérationnel de 15 % à 17 % sur les trois années du plan, et environ 25 milliards d'euros de remontées de trésorerie organiques cumulées entre 2027 et 2029.

Le quatrième objectif est un indicateur nouveau chez AXA : la croissance annuelle moyenne de la valeur comptable par action, dividendes cumulés inclus, attendue autour de 15 % entre 2026 et 2029. Le groupe précise que cet agrégat exclut les autres éléments du résultat global ainsi que les titres super subordonnés à durée indéterminée, et neutralise les écarts de conversion à compter de la fin 2026.

Ces quatre cibles relèvent toutes le niveau d'ambition. La comparaison figure noir sur blanc dans la présentation investisseurs du groupe :

  • Résultat opérationnel par action : 6 % à 8 % sur 2024 à 2026, puis 7 % à 9 % sur 2026 à 2029
  • ROE opérationnel : 14 % à 16 %, puis 15 % à 17 %
  • Remontées de trésorerie cumulées : plus de 21 milliards d'euros, puis environ 25 milliards
  • Valeur comptable par action : aucun objectif jusqu'ici, puis une progression annuelle proche de 15 %

Pour l'exercice 2026 en cours, AXA indique anticiper une croissance du résultat opérationnel par action dans le haut de sa fourchette cible de 6 % à 8 %, et un ROE opérationnel dans le haut de sa fourchette de 14 % à 16 %. Cette orientation suppose une charge de sinistres liée aux catastrophes naturelles normalisée et l'absence de dégradation marquée des conditions de marché.

La conquête de parts de marché comme fil directeur

Thomas Buberl, directeur général d'AXA, a résumé l'intention dans le communiqué : « Avec notre nouveau plan "Growing Forward" nous bâtirons l'AXA de la prochaine décennie au service d'une ambition claire : devenir l'assureur le mieux placé pour répondre aux besoins croissants de protection de nos clients et à l'émergence de nouveaux risques, et ainsi accroître de manière organique nos parts de marché dans l'ensemble de nos géographies et de nos lignes de métiers. »

Le groupe chiffre cette ambition. Il vise environ 100 millions de clients à l'horizon 2029, contre 92 millions à fin 2025, ainsi qu'un résultat opérationnel supérieur à 10 milliards d'euros et un ratio de frais hors commissions inférieur à 10 %. Lors de la conférence de presse téléphonique, Guillaume Borie, directeur finance, stratégie, souscription, risques et technologie, a résumé la logique du plan en une formule : « Growing Forward 2029 a une ambition et une seule, la conquête. »

Le directeur financier Alban de Mailly Nesle a précisé la cible commerciale lors de la même conférence : une croissance du chiffre d'affaires supérieure à 5 % par an sur la durée du plan, avec une progression de 1 à 2 points au dessus du marché dans les principaux segments. La présentation investisseurs détaille la mécanique par métier : un résultat opérationnel en croissance annuelle de 5 % à 7 % en dommages, à partir d'environ 6,1 milliards d'euros attendus en 2026, et une progression du même ordre en vie, santé et prévoyance, à partir d'environ 3,7 milliards.

Pourquoi les épargnants français sont directement concernés

AXA France pèse 28,5 milliards d'euros de primes brutes émises en 2025, dont 37 % en épargne. L'activité épargne du groupe dans l'Hexagone représente 10,6 milliards d'euros de primes et une part de marché de 6 %, au septième rang selon les données de France Assureurs citées par le groupe. La distribution repose à 39 % sur les agents généraux et à 37 % sur les courtiers.

Deux chantiers du plan touchent au portefeuille des épargnants. AXA revendique d'abord une baisse de 35 points de base des chargements sur les produits lancés en 2025 et 2026, comparés à ses produits phares de 2023 en France et en Europe. Le groupe indique ensuite avoir élargi son univers d'investissement : le nombre de fonds de plus d'un milliard d'euros accessibles est passé de 20 à 41, et celui des trackers cotés de 16 à 108, notamment via son partenariat avec BNP Paribas.

La feuille de route prévoit aussi une extension de la distribution, avec l'entrée d'AXA sur le canal direct en épargne et le lancement de partenariats avec des plateformes spécialisées, dont assurance vie point com en France. Les primes d'épargne individuelle du groupe en France ont progressé de 5 % par an entre 2023 et 2025, un rythme que le plan entend prolonger.

Distribution aux actionnaires et solidité du bilan

La politique de retour aux actionnaires reste stable : un taux de distribution total de 75 % du résultat opérationnel par action, décomposé en 60 % de dividende et 15 % de rachats d'actions annuels. Cette politique reflète l'intention actuelle du conseil d'administration et reste soumise chaque année à son approbation puis à celle de l'assemblée générale.

Côté bilan, le ratio de solvabilité s'établissait à 218 % au premier semestre 2026. Le groupe attend par ailleurs un relèvement d'environ 17 points lié à la révision de la directive Solvabilité II, dont l'entrée en vigueur est prévue au premier trimestre 2027. AXA table également sur une trésorerie disponible au niveau de la holding supérieure à 3 milliards d'euros sur la durée du plan et sur une capacité d'émission obligataire de 2 à 3 milliards par an.

Les réserves que soulève l'exercice

Plusieurs éléments invitent à la prudence. Les objectifs annoncés sont des projections assorties d'hypothèses explicites : tarification stable, conditions de marché inchangées, sinistralité climatique normalisée. AXA rappelle lui même qu'aucune importance excessive ne doit être accordée à ces déclarations prospectives.

Le relèvement attendu de 17 points du ratio de solvabilité provient d'une évolution réglementaire européenne, pas d'une performance opérationnelle. Il améliore la marge de manœuvre du groupe sans refléter une création de valeur par l'activité. La présentation signale par ailleurs une croissance atone attendue chez AXA XL, la branche grands risques, alors que les segments particuliers et entreprises hors XL doivent progresser de plus de 5 % par an : la trajectoire d'ensemble dépend donc de la capacité des activités de détail à compenser.

Enfin, le niveau d'ambition en assurance vie et santé suppose une amélioration d'environ un point du ratio combiné sur les affaires de court terme, vers 95 %, et une croissance de la marge de service contractuelle de 4 % à 5 % par an. Ces leviers techniques sont sensibles à l'évolution des coûts de santé, que le groupe cite lui même parmi les grands défis du secteur.

Ce qu'il faut surveiller

Trois échéances structureront la lecture du plan. La publication des résultats annuels 2026 permettra de vérifier si la guidance ponctuelle du haut de fourchette est tenue, et donc la crédibilité du point de départ. L'entrée en vigueur de la révision de Solvabilité II, attendue début 2027, confirmera ou non l'ampleur du gain prudentiel annoncé. La trajectoire de conquête client, enfin, se mesurera à la progression vers les 100 millions de clients, un indicateur que le groupe publie et qui traduit directement l'efficacité commerciale revendiquée.

Pour un épargnant détenteur d'un contrat chez AXA, l'effet concret du plan se jugera moins aux ratios qu'à la baisse des chargements, à l'élargissement des supports en unités de compte et à la qualité du conseil délivré par les réseaux. Ce sont les seuls engagements du plan qui se traduisent dans le rendement net d'un contrat.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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