Grève du 15 septembre : Dunkerque LNG déclare un cas de force majeure et tombe à 4 GWh par jour
L'exploitant du terminal méthanier de Dunkerque a notifié un cas de force majeure lié à la grève des industries électriques et gazières. À partir de 9 heures et jusqu'à la fin de la journée gazière, la capacité d'émission est ramenée à 4 GWh par jour, contre 520 GWh de capacité technique maximale.
Dunkerque LNG a notifié un cas de force majeure le 15 septembre 2026. Sur le bulletin d'information électronique du terminal méthanier, l'exploitant écrit que la capacité d'émission « sera réduite à 4 GWh par jour » à compter de 9 heures et jusqu'à la fin de la journée gazière, « sous réserve d'ajustements destinés à maintenir les conditions opérationnelles du terminal ». L'avis, rédigé en anglais, ne retient qu'une cause : l'action de grève.
L'ordre de grandeur donne la mesure de l'arrêt. Le tableau des capacités techniques publié par le terminal fixe la capacité maximale d'émission à 520 GWh par jour. Le plafond retenu mardi représente donc moins de 1 % de ce que l'installation peut livrer sur le réseau une journée ordinaire. Le précédent conflit social éclaire l'écart : en octobre 2025, la capacité d'émission avait été ramenée à 44 GWh le 1er octobre, puis à 48,5 GWh le 2 octobre, soit plus de dix fois le niveau notifié aujourd'hui.
Le deuxième terminal d'Europe continentale immobilisé une journée
Le site pèse lourd dans l'approvisionnement de deux pays. Le dossier de presse 2026 du terminal revendique une capacité annuelle de regazéification de 13 milliards de mètres cubes, « soit environ 25 % de la consommation annuelle française et belge de gaz naturel », ce qui en fait la deuxième installation d'Europe continentale après celle de Barcelone. Elle est aussi la seule raccordée directement à deux marchés, français et belge, par deux canalisations distinctes depuis la station de compression de Pitgam. Ses trois réservoirs cryogéniques stockent chacun 200 000 mètres cubes de GNL.
L'exploitant avait prévenu ses clients. Dès le 4 septembre, un avis publié sur le même bulletin signalait que « des sources publiques rapportent que les principaux syndicats français représentant le secteur de l'énergie (IEG) ont annoncé une action revendicative le 15 septembre 2026 », et que Dunkerque LNG notifierait un cas de force majeure si les conséquences l'exigeaient. Les trois autres terminaux méthaniers français, exploités par Elengy à Montoir-de-Bretagne, Fos-Cavaou et Fos-Tonkin, n'affichent aucun avis d'indisponibilité comparable.
Une réaction de marché restée discrète
Le marché est resté quasiment immobile. Le contrat de référence européen TTF cotait 82,82 euros le mégawattheure le 15 septembre, en hausse de 0,31 % par rapport à la séance précédente, selon Trading Economics. La progression se lit sur des horizons plus longs : 34,10 % sur un mois et 156,18 % sur douze mois. Deux éléments expliquent cette réaction limitée. La restriction porte sur une seule journée gazière, et les opérateurs avaient été avertis onze jours plus tôt. Le décor reste tendu, avec des stockages européens autour de 68 % de leur capacité, près de 17 points sous la norme saisonnière.
La journée d'action dépasse largement Dunkerque. Les accès à la centrale nucléaire de Flamanville étaient perturbés mardi matin selon la presse régionale, et une opération escargot était annoncée entre Penly et Dieppe. La FNME-CGT a résumé la veille la position de l'intersyndicale : « Aujourd'hui, c'est le tarif agent qui est attaqué. Demain, quoi ? » La fédération syndicale européenne des services publics EPSU avait adressé le 4 septembre une lettre de soutien à la mobilisation.
Chronologie
Les développements précédents, du plus récent au plus ancien.
Tarif agent : les syndicats de l'énergie confirment la grève du 15 septembre
Les quatre fédérations des industries électriques et gazières ont diffusé le 8 septembre un tract commun appelant à la grève le 15 septembre, contre le projet de rabotage du tarif agent chiffré à 733 millions d'euros en 2024 par la Cour des comptes.
Lire l'articleMasquer l'article
Les quatre fédérations syndicales représentatives des industries électriques et gazières (IEG) ont diffusé le 8 septembre 2026 un tract commun appelant l'ensemble des agents actifs et des pensionnés à cesser le travail le mardi 15 septembre. La FNME-CGT, CFE Énergies, la FCE-CFDT et FO Énergie et Mines veulent défendre le tarif particulier, le dispositif communément appelé « tarif agent », que le gouvernement envisage de raboter après un rapport de la Cour des comptes publié le 17 juillet 2026.
Le texte diffusé par l'intersyndicale ne laisse aucune place à la négociation sur le principe. « Sous couvert de rapports institutionnels et d'arguments budgétaires ou fiscaux, le Tarif Particulier fait aujourd'hui l'objet d'une attaque en règle », écrivent les quatre organisations, qui y voient une atteinte à « des droits statutaires historiques ». Elles annoncent que la journée « prendra des formes multiples » sur l'ensemble du territoire, entre grève, rassemblements et actions locales.
Un appel unitaire des quatre fédérations
La date du 15 septembre avait été arrêtée dès le 17 juillet 2026, jour de publication du rapport, lors d'une réunion intersyndicale tenue à Paris. Le communiqué signé ce jour-là affirmait déjà un « refus catégorique de toute forme de remise en cause du Tarif Agent, quels qu'en soient les motifs ». Le tract du 8 septembre franchit une étape supplémentaire en appelant nommément « chaque salarié à se mettre en grève ».
L'unité des quatre fédérations constitue le fait marquant de ce conflit. Dans une branche où les organisations s'opposent régulièrement, la FNME-CGT, CFE Énergies, la FCE-CFDT et FO Énergie et Mines cosignent ici le même appel. Le périmètre dépasse largement EDF et couvre les salariés et retraités des entreprises issues des anciens opérateurs historiques, parmi lesquelles Engie, Enedis et GRDF, ainsi que les distributeurs locaux relevant du statut des IEG.
Un avantage chiffré à 733 millions d'euros
Le rapport de la Cour des comptes, intitulé « La gestion des ressources humaines d'EDF SA pour les exercices 2018 à 2025 », emploie une formule sans ambiguïté. « L'avantage en nature énergie représente un coût démesuré, soit plus de 700 M€ en 2024 à l'échelle du groupe, obligeant également à la constitution de passifs sociaux au titre de son maintien après l'emploi (3,9 Md€ à fin 2024). Il ne peut perdurer en l'état », écrivent les magistrats financiers. Le tableau détaillé du rapport établit ce coût à 733 millions d'euros pour le groupe EDF en 2024, après un pic à 1 025 millions en 2023.
Le mécanisme explique ces montants. Le tarif agent exonère les bénéficiaires de l'abonnement, fixe le prix de l'électricité à 0,61 centime d'euro le kilowattheure toutes taxes comprises et celui du gaz à 0,24 centime, et transfère le paiement des taxes à l'employeur. En 2024, les bénéficiaires ont ainsi acquitté 2,2 % du prix moyen de l'électricité payé par les autres consommateurs et 1,8 % du prix moyen du gaz. Le tarif est figé depuis 1951 et s'applique sans plafond de consommation ni limitation du nombre de résidences.
Le dispositif concerne plus de 300 000 ayants droit à l'échelle de la branche, dont plus de 220 000 relèvent du groupe EDF et environ 130 000 d'EDF SA. Pour cette seule société, la Cour recense 209 000 résidences couvertes, dont 43 000 résidences secondaires. Les retraités représentaient 57 % des bénéficiaires en 2024. La Cour relève par ailleurs une consommation moyenne de 17 900 kilowattheures par an chez les bénéficiaires, contre 8 400 kilowattheures pour la moyenne nationale, tout en invitant à interpréter cet écart avec prudence compte tenu des biais statistiques.
Les salaires, second front du rapport
La contestation syndicale se concentre sur le tarif agent, mais le rapport ouvre un deuxième chantier. Sa recommandation numéro 1 demande à EDF SA de « limiter les revalorisations salariales annuelles, en particulier les augmentations générales, en tenant compte de la situation et des perspectives économiques et financières de l'entreprise ». La recommandation numéro 5 réclame une révision de la grille de rémunération de la branche, adoptée en 1982 et jugée obsolète.
Les magistrats pointent une « politique de rémunération déconnectée des performances de l'entreprise » et citent les hausses de plus de 11 % accordées en 2022 au titre de 2023, alors qu'EDF enregistrait des pertes records. Les charges de personnel d'EDF SA ont progressé de 16,7 % entre 2021 et 2024, pour atteindre 7,5 milliards d'euros. À l'échelle du groupe, elles se sont élevées à 16,9 milliards d'euros en 2024, soit 14,3 % du chiffre d'affaires.
Les syndicats contestent le calcul
Fabrice Coudour, secrétaire général de la FNME-CGT, conteste la portée du dispositif pour les clients. Selon lui, « le tarif agent ne pèse pas plus de 1 % de la facture des usagers ». Il met en avant les niveaux de rémunération à l'embauche dans la branche : « À compétences et à ancienneté égales, les niveaux d'embauche sont bien moindres dans nos entreprises que souvent dans le privé. »
Sandrine Tellier, secrétaire générale de FO Énergie et Mines, dénonce de son côté une « méthode totalement irrespectueuse » et refuse « toute remise en question de cet avantage en nature », qu'elle rattache à la recherche de « futiles économies ». EDF, pour sa part, présente le tarif agent comme une composante du « cadre social » de l'entreprise et souhaite que les parties prenantes disposent du temps nécessaire pour examiner les évolutions possibles.
EDF et Bercy avancent avec prudence
Le ministère de l'Énergie a indiqué examiner une évolution du dispositif après avoir reçu « une mise en demeure de la Cour des comptes » portant sur la valorisation de l'écart entre ce tarif et la valeur réelle de l'énergie. La décision doit être formalisée par un arrêté ministériel. Aucun projet de texte n'a été soumis à consultation à ce stade, et le tarif agent reste intégralement en vigueur.
Dans sa réponse écrite au rapport, Roland Lescure, ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, partage avec la Cour « la nécessité d'examiner en priorité les mesures visant une meilleure maîtrise de la consommation dans le cadre de la politique de transition énergétique ». Il ajoute toutefois qu'une telle réforme doit s'envisager « dans un calendrier social adapté ». Bernard Fontana, président directeur général d'EDF, fait valoir que, hors l'épisode lié à la crise énergétique, l'évolution de la rémunération moyenne des salariés du groupe ne progresse pas plus vite que dans le privé ou la fonction publique.
Pourquoi les épargnants sont concernés
L'État est redevenu en 2023 l'actionnaire unique d'EDF. Toute charge pesant sur le groupe se répercute donc sur un patrimoine public, au moment où la Cour rappelle que le programme d'investissement de l'électricien « pourrait atteindre 460 Md€ entre 2025 et 2040 ». Les magistrats chiffrent par ailleurs à environ 230 millions d'euros les moindres recettes pour les finances publiques en 2024, le barème fiscal et social de l'avantage étant sous-évalué de moitié environ au regard du bénéfice réel procuré.
Les épargnants exposés au secteur par leurs contrats d'assurance vie en unités de compte ou leurs plans d'épargne en actions retrouvent la branche des IEG à travers Engie, seule grande entreprise cotée du périmètre. Le titre s'échangeait à 24,07 euros le 8 septembre à 16h45, en repli de 0,45 %, tandis que le CAC 40 cédait 0,10 % à 8 297,74 points. Aucun mouvement notable n'a accompagné la diffusion du tract, signe que le marché considère à ce stade le conflit comme un risque social circonscrit.
Les échéances à surveiller
Trois points structureront la suite. Le taux de participation du 15 septembre donnera la mesure du rapport de force que l'intersyndicale appelle à construire. La publication éventuelle d'un projet d'arrêté et son passage en consultation fixeront ensuite l'ampleur réelle du rabotage, la Cour privilégiant un plafonnement progressif des consommations prises en compte plutôt qu'une suppression.
La révision du barème fiscal et social, portée par la recommandation numéro 4 adressée à la direction de la sécurité sociale et à la direction générale des finances publiques, constitue le troisième levier. Elle pourrait produire des effets budgétaires sans modifier le tarif lui-même, ce qui en fait la voie la moins conflictuelle des trois. Les épargnants suivront enfin la trajectoire de financement d'EDF, dont les arbitrages sociaux conditionnent une partie des flux de trésorerie attendus pour le programme nucléaire.
- Toutes et tous mobilisés le 15 septembre pour défendre le Tarif Particulier (tract interfédéral)
- Communiqué de presse de l'intersyndicale des IEG du 17 juillet 2026
- La gestion des ressources humaines d'EDF SA pour les exercices 2018 à 2025
- La gestion des ressources humaines d'EDF SA (page de publication)
- Réponse du ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique
- Réponse du président directeur général d'EDF au rapport de la Cour des comptes
- La Cour des comptes critique le « tarif agent » des salariés d'EDF avant une réforme
- Intersyndicale : toutes et tous mobilisés le 15 septembre pour défendre le tarif particulier
- French energy unions threaten strikes next week over proposal to curb benefits, pay
- Cotation Engie SA, Euronext Paris
- Nego grille des salaires : fin
Les matières premières dans un portefeuille
Le pétrole et les métaux s’atteignent par des fonds indiciels ou des fonds gérés. Ces fonds se logent en compte-titres ou dans un contrat d’assurance vie. Le simulateur situe l’enveloppe adaptée à votre projet.
Ouvrir le simulateurOrientation en 1 minute