Sanofi cède 20 médicaments matures et trois usines à Cheplapharm contre 26,4 % du capital
Sanofi transfère 20 médicaments matures, dont Lovenox, et trois sites industriels à l'allemand Cheplapharm. En contrepartie, le laboratoire français reçoit 26,4 % du capital de son partenaire, sans trésorerie. L'action progresse de 2,73 % quand le CAC 40 recule.
Sanofi et Cheplapharm ont annoncé le 14 septembre 2026 leur intention de créer un partenariat stratégique portant sur une sélection de 20 médicaments matures et trois sites industriels répartis dans le monde. La contrepartie retenue sort de l'ordinaire : le groupe français ne reçoit pas de trésorerie, mais une participation de 26,4 % au capital de son partenaire allemand.
Les deux sociétés se connaissent depuis 2014. Cheplapharm, dont le siège se situe à Greifswald, a déjà repris plusieurs portefeuilles de produits établis au laboratoire français. En 2020, le groupe allemand avait investi dans un ensemble de dix marques cardiologiques commercialisées dans plus de vingt pays, puis, la même année, dans un second portefeuille cardiologique de six médicaments. L'opération dévoilée aujourd'hui change d'échelle : elle emporte des usines, des salariés et un anticoagulant de référence.
Vingt médicaments et trois usines dans le périmètre
Sanofi n'a pas publié la liste complète des produits concernés. Le laboratoire précise que le portefeuille transféré comprend Lovenox et Clexane (énoxaparine), hors marché américain, qui reste dans son giron pour cette molécule.
Trois sites de production rejoindraient Cheplapharm :
- Csanyikvölgy, en Hongrie, qui emploie environ 400 collaborateurs
- Jurong, à Singapour, avec environ 100 collaborateurs
- Ploërmel, dans le Morbihan, avec environ 65 collaborateurs
Selon le communiqué, les équipes poursuivraient leur activité avec le maintien de l'emploi et des statuts collectifs. Les deux groupes annoncent travailler ensemble sur la continuité des approvisionnements et le respect des standards de qualité industrielle pendant la période de transition.
« Notre stratégie pluriannuelle visant à simplifier notre portefeuille de médicaments matures nous a permis de nous concentrer sur l'innovation thérapeutique, tout en garantissant que les médicaments matures continuent d'être accessibles aux patients qui en ont besoin », a déclaré Thomas Grenier, qui dirige la médecine générale chez Sanofi.
Du côté allemand, Edeltraud Lafer et Sebastian Braun, qui codirigent Cheplapharm, mettent en avant la dimension industrielle du dossier et évoquent un engagement de long terme destiné à « préserver des savoir faire rares et garantir durablement la disponibilité de ces traitements ».
Lovenox, un actif qui se contracte vite
Le produit phare du lot illustre la logique de l'opération. Les ventes de Lovenox ont atteint 180 millions d'euros au deuxième trimestre 2026, en recul de 15,8 % sur un an, selon les résultats publiés par Sanofi le 30 juillet. Sur le premier semestre, le repli s'établit à 19,2 %, pour 364 millions de chiffre d'affaires.
Le laboratoire attribue cette érosion à « l'impact durable des biosimilaires ». Le détail géographique confirme le phénomène : l'Europe a pesé 95 millions d'euros au deuxième trimestre, en baisse de 17,7 %, et le reste du monde 82 millions, en repli de 10,0 %. Sur le marché américain, la molécule ne génère plus que 3 millions d'euros trimestriels.
Un anticoagulant historique qui perd près d'un cinquième de son chiffre d'affaires annuel demande des efforts commerciaux et industriels sans commune mesure avec sa contribution à la croissance. C'est précisément l'argument que les deux partenaires avancent : les médicaments innovants et les médicaments matures appellent des modèles opérationnels différents.
L'action Sanofi accueille favorablement l'annonce
À 15h42, l'action Sanofi s'échangeait à 75,26 euros, en hausse de 2,73 % par rapport à la clôture de la veille à 73,26 euros, selon les cotations d'ABC Bourse. Boursorama affichait au même moment 75,20 euros, soit une progression de 2,65 %. Environ 1,34 million de titres avaient changé de mains, pour une capitalisation proche de 91 milliards.
La performance ressort d'autant plus que le CAC 40 reculait de 0,82 % à 8 113,08 points au même instant. Le communiqué a été diffusé à 13h03, en séance. D'autres facteurs peuvent alimenter le mouvement, et Sanofi n'a publié aucune autre annonce ce jour, ce qui rend la corrélation difficile à écarter.
Les zones d'ombre financières
Sanofi indique que l'opération ne devrait avoir aucun impact sur ses prévisions financières 2026 et renvoie à plus tard la communication de précisions financières. Trois inconnues majeures subsistent pour un actionnaire.
La première porte sur la valorisation. Ni le prix attribué au portefeuille de 20 médicaments, ni la valeur retenue pour les 26,4 % de Cheplapharm ne sont publics. Impossible, en l'état, de juger si le troc est équilibré.
La deuxième tient à la nature de la contrepartie. Cheplapharm est une société familiale non cotée. Sanofi échange donc des revenus récurrents, certes déclinants, contre une participation minoritaire illiquide, dont la valeur de marché ne sera pas observable au quotidien. Le groupe allemand finance par ailleurs sa croissance en partie sur le marché obligataire à haut rendement : il avait placé une première émission de 500 millions en janvier 2020, puis porté le total à environ 1,5 milliard d'euros sur le seul exercice 2020.
La troisième relève de l'exécution. Le transfert commercial du portefeuille doit débuter au premier trimestre 2027, celui des sites ensuite, sous réserve des procédures d'information et de consultation des représentants du personnel, des autorisations réglementaires et des conditions usuelles. La finalisation complète est visée au troisième trimestre 2027, soit un horizon de douze à dix huit mois pendant lequel les conditions peuvent évoluer.
Une méthode déjà éprouvée avec Opella
Le montage rappelle celui retenu pour la santé grand public. Le 30 avril 2025, Sanofi avait bouclé la cession d'Opella au fonds CD&R, en encaissant 10,4 milliards d'euros nets tout en conservant 48,2 % d'OPAL JV Co, la structure qui détient indirectement l'intégralité d'Opella. Bpifrance en détient 1,8 % et CD&R les 50,0 % restants.
La différence saute aux yeux : Opella avait rapporté de la trésorerie en plus d'une participation. Le dossier Cheplapharm ne comporte, à ce stade des informations publiques, que le volet capitalistique.
Cette séquence s'inscrit dans une trajectoire de recentrage engagée de longue date, après la scission des principes actifs au sein d'EUROAPI et la sortie de la santé familiale. Sanofi concentre ses ressources sur l'immunologie, les vaccins, l'oncologie, la neurologie et les maladies rares. Le groupe a d'ailleurs relevé ses objectifs annuels fin juillet : la croissance des ventes 2026 est désormais attendue autour de 10 % à taux de change constants, avec un bénéfice net par action des activités progressant légèrement plus vite. Au deuxième trimestre, le chiffre d'affaires a atteint 11,6 milliards d'euros, en hausse de 17,8 % à changes constants, porté notamment par Dupixent à 5,2 milliards d'euros.
Le site de Ploërmel sous surveillance
Le volet français mérite une attention particulière. Soixante cinq salariés bretons changeraient d'employeur à l'issue des consultations sociales. Le sujet de la production pharmaceutique sur le territoire national revient régulièrement dans le débat public depuis les tensions d'approvisionnement des dernières années, et la reprise d'un site par un acteur étranger appelle un suivi attentif des engagements pris.
Cheplapharm affirme être le leader du marché français sur son segment. Le groupe revendique plus de 6,2 milliards d'euros investis depuis sa création, près de 100 produits acquis depuis 2015 et 3 440 autorisations de mise sur le marché dans 160 pays. Aucune réaction syndicale n'était publique au moment de la rédaction de cet article.
Ce que cela change pour un portefeuille français
Sanofi figure parmi les premières capitalisations du CAC 40 et se retrouve, à ce titre, dans un grand nombre de portefeuilles français : titres détenus en direct au sein d'un PEA, unités de compte d'un contrat d'assurance vie, fonds indiciels répliquant l'indice parisien. Une opération de ce format ne modifie pas la thèse d'investissement à elle seule, puisque la direction confirme ses prévisions annuelles.
Deux points méritent toutefois d'être suivis par un épargnant exposé au titre. D'abord la publication des modalités financières, qui permettra de mesurer la valeur créée ou détruite. Ensuite le traitement comptable de la participation de 26,4 %, qui déterminera la manière dont cette ligne apparaîtra dans les comptes et dans la génération de trésorerie futures. Les prochains résultats trimestriels, attendus à l'automne, constituent le premier rendez vous utile.
Sources
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