Le CAC 40 cède 0,76 %, le Brent à 108 dollars et le dix ans américain franchit 5 %
Les Bourses européennes ont fini en baisse lundi, sauf Londres. Le CAC 40 a perdu 0,76 % à 8 117,78 points, le Brent a bondi de 3,66 % à 108,48 dollars et le rendement américain à dix ans a dépassé 5 % en séance, à trois jours de la décision de la Réserve fédérale.
Les principales Bourses européennes ont terminé en baisse lundi 14 septembre, à la seule exception de Londres, au terme d'une séance dominée par la flambée des cours du brut et par la tension sur les marchés obligataires. Le CAC 40 a cédé 0,76 % à 8 117,78 points, pendant que le rendement des emprunts d'État américains à dix ans franchissait brièvement le seuil de 5 %, au plus haut depuis octobre 2023.
La séance a combiné trois forces rarement réunies : un choc d'offre sur le pétrole venu du Golfe, une remontée des taux longs alimentée par les craintes inflationnistes, et un accès de défiance sur les valeurs liées à l'intelligence artificielle. Wall Street reculait encore en milieu de séance au moment de la clôture européenne.
Une place européenne coupée en deux
Le repli a été général sur le continent. Le Dax allemand a reflué de 0,50 % à 25 440,81 points, le Stoxx 600 de 0,48 % à 635,99 points et le FTSEurofirst 300 de 0,50 %. L'EuroStoxx 50, plus concentré sur les grandes capitalisations industrielles, a davantage souffert avec une perte de 1,08 %.
Londres fait figure d'exception. Le Footsie a progressé de 0,44 % à 10 697,57 points, porté par le poids des valeurs liées aux hydrocarbures dans sa composition. La place britannique bénéficie mécaniquement de la hausse du brut, là où les indices de la zone euro subissent la facture énergétique.
Le compartiment des semi conducteurs a concentré les pertes. Soitec a chuté de 12,82 % et STMicroelectronics de 6,58 % à Paris. Ailleurs en Europe, ASML, ASM International et Infineon ont abandonné entre 6 % et 8,5 %. Les fournisseurs de centres de données ont suivi : Legrand a perdu 6,69 % et Schneider Electric 6,54 %.
À l'origine de ce décrochage, un appel conjoint de Microsoft, xAI, Anthropic et OpenAI à ralentir le développement de l'intelligence artificielle pour des motifs de sécurité. Le Nasdaq a touché en séance un creux de six semaines, à 25 992 points.
La santé a joué le rôle inverse. GSK s'est adjugé 4,74 % et l'indice sectoriel du Stoxx 600 a gagné 2,72 %. Le laboratoire britannique a présenté le 13 septembre deux lectures cliniques favorables dans le cancer du poumon : des données d'enregistrement pour le zidesamtinib en première ligne sur les tumeurs porteuses du réarrangement ROS1, et un traitement du cancer à petites cellules en rechute qui réduit de 54 % le risque de décès face au topotécan chez des patients en Chine. Zegona Communications a par ailleurs pris 3,53 % après des informations de médias espagnols sur un possible rachat de Vodafone Espagne par Telefonica, en hausse de 0,57 %.
Le brut retrouve ses sommets du printemps
Les cours pétroliers ont signé leur plus haut niveau depuis seize semaines. À la clôture européenne, le Brent avançait de 3,66 % à 108,48 dollars le baril, après une pointe à 109,80 dollars en séance. Le brut léger américain gagnait 3,73 % à 103,81 dollars.
Le déclencheur est géopolitique. De nouvelles frappes ont visé des infrastructures énergétiques saoudiennes et des navires ont été attaqués dans la région. Riyad avait déjà fermé son oléoduc, principale voie d'acheminement contournant le détroit d'Ormuz, après des attaques des Houthis yéménites. La réunion qui devait rassembler lundi à Oman les pays du Golfe et l'Iran sur la sécurité de la navigation a été reportée à la demande de l'Arabie saoudite, selon le ministère iranien des Affaires étrangères.
La dynamique s'inscrit dans la durée : le brut avait déjà bondi de 8 % la semaine précédente et repassé la barre des 100 dollars pour la première fois depuis juillet.
Les taux longs testent un seuil symbolique
Sur le marché obligataire, le rendement du dix ans américain a atteint 5,0142 % en séance avant de revenir à 4,967 % au moment de la clôture européenne, contre 4,975 % vendredi. Le mouvement du jour est donc modeste, mais le franchissement du seuil de 5 % marque un sommet depuis octobre 2023. Les investisseurs invoquent les pressions inflationnistes, les inquiétudes budgétaires et le volume des émissions destinées notamment à financer les dépenses d'intelligence artificielle.
Le Bund allemand à dix ans a fini en hausse de près de trois points de base, à 3,5307 %, après avoir déjà progressé de plus de 16 points de base la semaine dernière, sa plus forte poussée hebdomadaire depuis le début du conflit iranien en mars.
Pour la France, l'écart de rendement entre l'OAT et le Bund s'est rapproché du seuil psychologique des 100 points de base, à 97,7 points, alors que l'incertitude persiste sur le projet de budget, dont le texte doit être déposé à l'Assemblée nationale au plus tard le 6 octobre.
« Le sentiment d'une hausse des taux se propage aux États Unis », observe Rainer Guntermann, stratégiste taux chez Commerzbank, qui juge que le président de la Réserve fédérale Kevin Warsh « serait confronté à des problèmes de crédibilité s'il ne mettait pas en pratique ses récentes déclarations restrictives ».
Trois décisions monétaires en quatre jours
La prudence des investisseurs tient au calendrier. La Réserve fédérale ouvre mardi une réunion de deux jours et pourrait relever ses taux directeurs de 25 points de base mercredi, après une inflation américaine ressortie vendredi à 3,4 % sur un an en août, très au dessus de la cible de 2 %. Le baromètre FedWatch de CME Group évalue désormais cette probabilité à environ 90 %, contre 60 % la semaine passée.
La Banque du Japon et la Banque d'Angleterre suivront, cette dernière étant attendue jeudi sur un statu quo. La Banque centrale européenne, elle, a déjà agi : elle a relevé ses taux le 10 septembre pour la deuxième fois de l'année. Plusieurs de ses gouverneurs ont fait part lundi de leur inquiétude sur l'énergie. Peter Kazimir a indiqué porter son attention « de plus en plus » sur le gaz et l'électricité, le contrat néerlandais de référence évoluant autour de 84 euros par mégawattheure, au plus haut depuis quatre ans. Son collègue Martins Kazaks a estimé que « les arguments en faveur d'un resserrement supplémentaire s'accumulent ». Les marchés monétaires anticipent au moins une hausse supplémentaire cette année.
Sur le change, le dollar a gagné 0,42 % face à un panier de devises de référence, touchant un sommet depuis le 2 septembre. L'euro a cédé 0,52 % à 1,1539 dollar, après un plus bas d'un mois à 1,1524. La livre sterling s'échangeait à 1,3480 dollar.
« La situation dans le Golfe reste préoccupante, et des informations liées à l'intelligence artificielle pèsent davantage sur les marchés actions, un contexte dans lequel le dollar devrait rester soutenu », explique Francesco Pesole, stratégiste en devises chez ING.
Quelles conséquences pour l'épargnant
La remontée des rendements souverains reste la variable la plus directe pour les patrimoines français. L'OAT à dix ans évolue désormais autour de 4,5 %, un niveau qui améliore progressivement le rendement servi par les fonds en euros sur les nouvelles collectes, tout en pesant sur la valorisation des obligations déjà détenues en portefeuille. Le même mouvement renchérit le coût du crédit immobilier.
Le choc énergétique alimente pour sa part une inflation qui grignote le pouvoir d'achat de l'épargne de précaution, dont la rémunération est fixée à l'avance. Enfin, la correction des valeurs technologiques rappelle la concentration sectorielle atteinte par de nombreux fonds indiciels mondiaux, où les acteurs liés à l'intelligence artificielle pèsent une part croissante.
Les points de vigilance
- La décision de la Réserve fédérale mercredi et le ton de la conférence de presse qui la suivra.
- Les réunions de la Banque du Japon et de la Banque d'Angleterre, attendue jeudi.
- La sécurité de la navigation dans le détroit d'Ormuz et la reprogrammation de la réunion reportée.
- Le dépôt du projet de budget français, attendu au plus tard le 6 octobre, et la trajectoire de l'écart OAT contre Bund.
- Le comportement du dix ans américain autour du seuil de 5 %.
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