Eli Lilly : chiffre d'affaires en hausse de 48 % au deuxième trimestre, Novo Nordisk décroche
Eli Lilly a publié le 5 août un chiffre d'affaires trimestriel de 22,97 milliards de dollars, en hausse de 48 %, et relevé sa prévision annuelle à 85 à 87 milliards. Le laboratoire dépasse 1 000 milliards de capitalisation quand Novo Nordisk recule après un échec d'essai clinique.
Eli Lilly a publié le 5 août 2026 un deuxième trimestre qui dépasse largement les attentes du marché : un chiffre d'affaires de 22,97 milliards de dollars, en hausse de 48 % sur un an, contre 20,6 milliards attendus par le consensus. Le laboratoire américain a relevé dans la foulée sa prévision de revenus annuels à une fourchette de 85 à 87 milliards de dollars, contre 82 à 85 milliards auparavant. L'action a gagné plus de 5 % dans la séance, portant la capitalisation du groupe à environ 1 040 milliards de dollars.
La séquence est d'autant plus lisible que le concurrent danois Novo Nordisk avait publié ses propres comptes la veille, le 4 août, avec un accueil radicalement différent. Pour les épargnants français exposés aux fonds et aux trackers santé internationaux, l'écart entre les deux titres pèse désormais lourd dans la performance du secteur.
Ce que montrent les comptes du deuxième trimestre
La croissance de Lilly vient d'un moteur unique : le tirzépatide, molécule commercialisée sous les marques Mounjaro pour le diabète de type 2 et Zepbound pour l'obésité. Les chiffres publiés par le laboratoire détaillent cette dépendance.
- Mounjaro : 9,94 Md$ sur le trimestre, en progression de 91 % sur un an.
- Zepbound : 4,93 Md$ aux États-Unis, en hausse de 44 %.
- Foundayo (orforglipron), le GLP-1 oral lancé récemment : 98 millions de dollars, sous les 104 millions espérés.
- Revenus hors États-Unis : 8,6 Md$, en bond de 80 %, tirés par les volumes de Mounjaro.
La décomposition de la croissance mérite l'attention des investisseurs. Les volumes ont progressé de 60 % sur le trimestre, mais les prix réalisés ont reculé de 13 %. Hors États-Unis, l'écart est encore plus marqué : 113 % de volumes supplémentaires pour une baisse de 36 % des prix, conséquence notamment de l'inscription de Mounjaro sur la liste de remboursement nationale chinoise. Le modèle repose donc sur une conquête de volumes qui absorbe une érosion tarifaire rapide.
La marge brute atteint 85,8 % du chiffre d'affaires, en amélioration de 1,5 point. Le bénéfice net publié ressort à 7,1 Md$, en progression de 25 %, et le bénéfice par action à 7,94 dollars, en hausse de 26 %.
Une prévision de bénéfice qui recule malgré la hausse des revenus
Le détail de la nouvelle prévision annuelle appelle une lecture prudente. Lilly a bien relevé de 2,78 dollars par action, au point médian, sa perspective de bénéfice liée à l'activité courante. Mais ce relèvement se trouve plus qu'effacé par 3,03 dollars par action de charges de recherche et développement acquise, liées aux opérations de croissance externe du trimestre. Résultat : la fourchette de bénéfice par action passe de 35,50 à 37,00 dollars à une fourchette de 35,50 à 36,50 dollars. Le haut de la prévision baisse de 50 centimes.
Ces charges correspondent à un programme d'acquisitions dense : Orna Therapeutics, Ajax Therapeutics, Centessa Pharmaceuticals et Kelonia Therapeutics bouclées sur le trimestre, trois opérations supplémentaires dans les maladies infectieuses après la clôture, et un accord portant sur AtaiBeckley. Le groupe a par ailleurs engagé 4,5 Md$ additionnels dans ses sites industriels de l'Indiana.
« La dynamique de Lilly se poursuit, avec une croissance de 48 % du chiffre d'affaires et un relèvement de notre prévision annuelle », a déclaré David A. Ricks, président et directeur général du laboratoire, en soulignant l'arrivée du rétatrutide et des nouvelles capacités de production.
Le décrochage de Novo Nordisk change l'équilibre du secteur
Novo Nordisk a publié le 4 août un chiffre d'affaires ajusté de 78,49 milliards de couronnes danoises, en croissance de 7 % à taux de change constants, et un résultat opérationnel ajusté de 33,39 milliards de couronnes, en progression de 11 %. Le groupe a relevé sa prévision annuelle, désormais comprise entre 0 % et moins 6 % de croissance des ventes ajustées, contre moins 4 % à moins 12 % annoncés en mai.
Le titre a pourtant reculé de 6 % le jour de la publication. Deux éléments expliquent cette réaction. Les ventes de la version orale de Wegovy ont atteint 3,2 milliards de couronnes contre 3,6 milliards attendus. Surtout, l'essai de phase III REDEFINE 4 n'a pas atteint son objectif principal de non infériorité face au Zepbound de Lilly sur la perte de poids à 84 semaines. Le trimestre comprend également 6,3 milliards de couronnes de dépréciations non récurrentes sur des actifs de développement, dont 4 milliards pour le monlunabant.
L'écart de valorisation entre les deux groupes traduit ce basculement. Lilly dépasse les 1 000 milliards de dollars de capitalisation. Novo Nordisk évolue autour de 200 milliards, très loin du sommet de 635,7 milliards inscrit en juin 2024, les deux montants étant exprimés en dollars.
Les points de vigilance pour l'investisseur
Plusieurs signaux invitent à nuancer l'enthousiasme. La baisse de 13 % des prix réalisés sur le trimestre indique que la pression tarifaire est déjà à l'œuvre, y compris sur le marché américain où le prix aurait reculé d'environ 9 % hors ajustements d'estimations de remises. Une croissance qui repose sur les volumes face à des prix qui s'érodent suppose que les capacités de production suivent durablement.
Le démarrage de Foundayo constitue un second point d'attention. Le GLP-1 oral est présenté comme le relais de croissance capable d'élargir l'accès au traitement, mais ses premières ventes ressortent sous les attentes. Le rétatrutide, triple agoniste dont le dossier clinique est désormais complet pour l'obésité, l'apnée du sommeil et la douleur liée à l'arthrose du genou, ne fera l'objet d'un dépôt réglementaire aux États-Unis qu'au premier trimestre 2027.
Enfin, le taux d'imposition effectif est passé de 16,5 % à 23,3 %, sous l'effet des charges de recherche acquise non déductibles. La stratégie d'acquisitions soutient le portefeuille futur, mais elle pèse mécaniquement sur le bénéfice publié.
Trung Huynh, analyste chez RBC Capital Markets, a estimé que Lilly avait « écrasé les attentes de Wall Street » sur ce trimestre. Cette lecture reste centrée sur la performance commerciale immédiate et laisse ouverte la question du rythme de normalisation des prix.
Comment un épargnant français est exposé
Peu d'épargnants détiennent l'action Eli Lilly en direct, mais beaucoup y sont exposés sans le savoir. Le titre figure parmi les principales lignes des indices santé mondiaux : dans un fonds indiciel répliquant le MSCI World Health Care, les dix premières positions représentent près de 40 % du portefeuille, avec Eli Lilly, Johnson & Johnson, Novo Nordisk, Roche et Novartis. Les États-Unis pèsent environ 65 % de cet indice.
Une contrainte fiscale mérite d'être connue. Un fonds indiciel MSCI World Health Care n'est pas éligible au plan d'épargne en actions, réservé aux titres européens. Un épargnant qui souhaite s'exposer aux laboratoires américains doit passer par un compte titres ordinaire, soumis au prélèvement forfaitaire unique, ou par des unités de compte au sein d'un contrat d'assurance vie. Pour rester dans le cadre du PEA, l'univers se limite aux valeurs européennes du secteur.
La concentration constitue le vrai sujet de gestion. Quand deux laboratoires concentrent l'essentiel de la valeur créée sur un segment thérapeutique, un résultat d'essai clinique déplace plusieurs dizaines de milliards en une séance. La chute de près de 69 % de la capitalisation de Novo Nordisk depuis juin 2024 le rappelle. Un fonds sectoriel santé n'est pas un placement défensif au sens classique du terme.
Ce qu'il faut surveiller
Trois échéances structureront la suite. Le dépôt réglementaire du rétatrutide, attendu au premier trimestre 2027, déterminera la profondeur du portefeuille de Lilly au delà du tirzépatide. La montée en puissance de Foundayo face à la version orale de Wegovy arbitrera le segment des traitements par voie orale, le plus susceptible d'élargir l'accès au remboursement. La trajectoire des prix réalisés, enfin, indiquera si la croissance en volume peut continuer de compenser l'érosion tarifaire.
Pour l'épargnant, la conclusion est moins une recommandation qu'un constat de méthode : la performance d'un fonds santé mondial dépend aujourd'hui étroitement de deux dossiers cliniques concurrents. Vérifier le poids réel des premières lignes d'un support avant d'y investir relève de l'hygiène de portefeuille.