Renault promet plus de 10 milliards d'euros en France sur cinq ans, sous condition politique
François Provost a annoncé sur France Inter plus de 10 milliards d'euros d'investissements en France sur cinq ans, sous condition de stabilité politique. Renault vise 25 % de production française en plus en 2026.
Renault réinvestira « plus de 10 milliards d'euros » en France au cours des cinq prochaines années pour développer l'électrique et rendre ses voitures plus abordables. Son directeur général, François Provost, a donné ce chiffre samedi 3 octobre 2026 sur France Inter, dans l'émission On n'arrête pas l'éco. Il l'a assorti d'une condition : que « le contexte social et politique en France le permette ».
L'annonce intervient deux jours après la présentation du projet de loi de finances pour 2027 et neuf jours avant l'ouverture du Mondial de l'Automobile de Paris, le 12 octobre. Pour les actionnaires du constructeur, elle précise l'effort industriel prévu en France dans le plan stratégique futuREady.
Le montant annoncé et sa condition
Interrogé sur le retard pris pour proposer une petite voiture électrique fabriquée en Europe, François Provost a répondu par les chiffres. « Ces cinq dernières années, on a investi 13 milliards d'euros en France pour transformer entièrement notre outil industriel pour miser sur l'électrique », a rappelé le dirigeant, avant de poursuivre : « Dans les cinq prochaines années, si le contexte social et politique en France le permet, on réinvestira plus de 10 milliards d'euros pour continuer à pousser sur l'électrique et à rendre les voitures plus abordables. »
Le montant cité samedi est inférieur à celui de juillet. Le 10 juillet 2026, en célébrant le millionième véhicule électrique produit en France, Renault Group avait évoqué 13 milliards d'euros d'investissements supplémentaires dans le cadre de son plan à moyen terme, « si les conditions sont réunies ». Le dirigeant n'a pas expliqué l'écart entre les deux montants.
Une production française en hausse de 25 % en 2026
François Provost a chiffré la production du groupe en France à 500 000 voitures en 2025. Il vise une hausse « d'au moins 25 % » en 2026, soit environ 625 000 véhicules, grâce à l'essor de l'électrique. Selon lui, la France représente 20 % de la production du groupe, près de la moitié de son ingénierie, 40 % de ses salariés et 20 % de ses achats mondiaux de pièces.
Le pôle ElectriCity, qui regroupe les usines de Douai et de Maubeuge, a assemblé plus de 600 000 voitures électriques depuis sa création, selon les données publiées par le groupe en juillet. À Douai, la gigafactory de batteries du groupe chinois Envision fournit les batteries de la Renault 5. Son montant d'investissement est de 1,5 milliard d'euros, d'après François Provost.
Prix des voitures : la cible de 2030
Le directeur général a fixé un objectif de prix : une voiture électrique vendue au prix d'une hybride d'ici 2030, soit une baisse d'environ 15 % selon lui. En juin 2026, une voiture électrique neuve coûtait en moyenne 42 541 euros en France, contre 36 757 euros pour une hybride, selon les chiffres repris lors de l'annonce de juillet. Renault veut aussi réduire de plus de 1 000 euros le coût de ses motorisations hybrides, pour les vendre au prix d'un modèle thermique avant 2030.
Le dirigeant a mis en avant la nouvelle Twingo électrique, proposée « à partir de 99 euros » par mois en location, y compris hors leasing social. D'après lui, Renault vend 90 % de ses voitures électriques en location. Il chiffre à environ 500 euros par an le coût d'usage d'une Renault 5, contre 2 000 euros pour une Clio essence de dix ans.
Les normes européennes visées
François Provost attribue une partie de la hausse des prix aux réglementations. Selon lui, les normes ont ajouté au moins 3 000 euros au prix d'une voiture en dix ans, et les 108 nouvelles réglementations prévues d'ici 2030 en ajouteront autant. Il demande un gel des nouvelles normes pendant dix ans. D'après le dirigeant, 25 % des ingénieurs du Technocentre travaillent en permanence sur la mise en conformité réglementaire. Il veut les réaffecter à la baisse des coûts.
Le marché français bascule vers l'électrique
Les immatriculations de voitures neuves ont progressé de 4 % sur les neuf premiers mois de 2026, et l'électrique a pesé 42 % des ventes en septembre, selon les chiffres que France Inter a cités. François Provost revendique une voiture électrique vendue sur quatre en France pour Renault. Il juge la tendance durable : les prix des carburants sont devenus imprévisibles avec la crise du détroit d'Ormuz, et les clients passés à l'électrique ne reviennent pas au thermique, selon lui.
Sur la concurrence chinoise, le dirigeant appelle la Commission européenne à négocier un accord avec Pékin. Les constructeurs chinois seraient admis en Europe à condition d'y produire et d'y acheter leurs pièces auprès de fournisseurs européens. Il juge le flux actuel d'importations « trop rapide et pas vraiment sous contrôle ».
Le risque politique et financier
Le dirigeant est revenu sur le contexte budgétaire en fin d'entretien. Interrogé sur une possible crise financière et sur la tension des taux d'emprunt, il s'est dit « inquiet ». « Tout scénario d'instabilité en France aura un impact majeur pour Renault, majeur pour nos salariés », a déclaré François Provost. Il a cité les fournisseurs du groupe parmi les entreprises exposées.
Les comptes du groupe se sont redressés. Au premier semestre 2026, Renault Group a réalisé 30,25 milliards d'euros de chiffre d'affaires, en hausse de 9,5 %, avec une marge opérationnelle de 5,2 % et un résultat net de 721 millions d'euros. Le groupe a confirmé pour l'année une marge opérationnelle d'environ 5,5 % et un flux de trésorerie disponible de l'Automobile d'environ 1 milliard d'euros. En 2025, il avait publié une perte nette de 10,9 milliards d'euros liée à Nissan.
En Bourse, l'action Renault a terminé la séance du vendredi 2 octobre en baisse de 2,95 %, selon Zonebourse. Le site chiffre son recul à 30,32 % depuis le 1er janvier. Le marché n'a pas encore pu réagir à l'annonce de samedi.
Les prochaines échéances
- 12 octobre 2026 : ouverture du Mondial de l'Automobile de Paris.
- Chiffre d'affaires du troisième trimestre : il montrera si la hausse de 25 % de la production française se confirme.
- Débat sur le budget 2027 : le vote du projet de loi de finances au Parlement conditionne en partie, selon le dirigeant, le montant final investi en France.
Sources
- France Inter, On n'arrête pas l'éco du 3 octobre 2026, entretien avec François Provost
- Renault Group, résultats du premier semestre 2026
- Renault Group, lancement du plan futuREady (10 mars 2026)
- Boursorama, Renault franchit le cap du million de voitures électriques produites en France (10 juillet 2026)
- Reuters, Renault to invest over 10 bln euros in France (3 octobre 2026)
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