Analyse des marchés

Wall Street attendue en baisse, l'Europe hésite après la nouvelle fermeture du détroit d'Ormuz

Après un week-end de frappes américaines sur l'Iran et l'annonce par Téhéran de la fermeture du détroit d'Ormuz, le pétrole bondit de près de 4 % et Wall Street est attendue dans le rouge. En Europe, les indices hésitent entre prudence et espoir d'une désescalade rapide.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite de flux pétroliers sombres et de formes de marché descendantes évoquant les tensions géopolitiques au détroit d'Ormuz

Les places financières ont ouvert la semaine du 13 juillet 2026 sur une note fébrile. Un week-end marqué par une nouvelle série de frappes américaines contre l'Iran et par l'annonce, dimanche, de la fermeture du détroit d'Ormuz par les Gardiens de la révolution a ravivé la crainte d'un choc pétrolier durable. Wall Street est attendue en repli tandis que les Bourses européennes hésitent, partagées entre l'inquiétude géopolitique et l'espoir d'une désescalade rapide.

Des contrats à terme orientés à la baisse à Wall Street

Vers 08h49 à Paris, les contrats à terme signalaient une ouverture en recul pour les indices new yorkais : le Dow Jones cédait 0,33 %, le Standard & Poor's 500 reculait de 0,52 % et le Nasdaq abandonnait 1,39 %. La technologie et les semiconducteurs concentrent l'essentiel des dégagements, dans le sillage d'une séance précédente déjà pénalisée par le secteur des puces.

La chute la plus spectaculaire est venue de Séoul, où le fabricant de mémoires SK Hynix a plongé de 15,4 % après un envol de 13 % lors de ses débuts vendredi à Wall Street. Son concurrent Samsung Electronics a perdu 10,7 %, illustrant la nervosité qui gagne un secteur des semiconducteurs déjà tendu.

L'Europe navigue à vue

De ce côté de l'Atlantique, la tendance était plus indécise. Les contrats à terme pointaient vers un repli de 0,68 % pour le CAC 40, de 0,73 % pour le DAX de Francfort, de 0,23 % pour le FTSE 100 londonien et de 0,53 % pour le Stoxx Europe 600. En séance, plusieurs indices sont toutefois repassés à l'équilibre, le CAC 40 et le SBF 120 grappillant même 0,1 % vers 11h00, signe que les investisseurs hésitent sur l'ampleur réelle du risque.

Cette prudence tranche avec les mouvements bien plus violents observés lors des précédents épisodes de tension. Les opérateurs semblent parier sur une escalade contenue plutôt que sur un basculement vers un conflit ouvert.

Le pétrole, seul actif en forte hausse

Le marché de l'énergie est le grand mouvement de la séance. Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en septembre progressait de 3,93 % à 79,00 dollars, après avoir touché un plus haut à 79,80 dollars en séance. Le West Texas Intermediate américain avançait de son côté de 4,05 % à 74,30 dollars.

Cette flambée s'explique par la position stratégique du détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant la guerre environ un cinquième du brut mondial. Selon les données de Kpler, six navires seulement ont franchi le passage dimanche, le chiffre le plus faible depuis cinq semaines. Les valeurs énergétiques figuraient logiquement parmi les rares gagnants de la matinée.

Une désescalade jugée encore possible

Les analystes restent divisés sur la trajectoire à venir. La modération relative de la hausse du pétrole suggère, selon certains, que le marché ne croit pas à un effondrement complet de la trêve.

La progression relativement modeste du brut indique que le marché considère cet épisode comme une escalade au sein d'une trêve fragile, et non comme un effondrement total du cessez le feu.Tony Sycamore, analyste chez IG Markets

Les économistes d'ANZ prévenaient de leur côté que les espoirs d'un règlement rapide des récents affrontements pourraient être déçus après cette escalade. Le contexte reste celui du protocole d'accord signé le 17 juin entre Washington et Téhéran, censé mettre fin à la guerre et rouvrir durablement le détroit. Le commandement central américain (CENTCOM) affirme d'ailleurs que le passage demeure ouvert à la navigation, contredisant l'annonce iranienne.

Le dollar retrouve son statut de valeur refuge

Sur le marché des changes, le billet vert profite du regain d'aversion au risque. L'euro reculait de 0,11 % à 1,1401 dollar, tandis que le dollar gagnait environ 0,14 % face à un panier de devises de référence. Une énergie plus chère alimente les anticipations d'inflation, ce qui complique une baisse des taux de la Réserve fédérale et soutient mécaniquement la devise américaine.

Le dollar s'est nettement renforcé et les perspectives de baisse de taux de la Fed ont déjà été réévaluées.Thomas Mathews, économiste chez Capital Economics

Fait notable, les emprunts d'État n'ont pas joué leur rôle habituel de refuge. Le rendement du Treasury américain à dix ans montait à 4,5834 % et celui du Bund allemand à 3,0661 %, actions et obligations reculant de concert. Les investisseurs redoutent qu'un choc énergétique prolongé ne débouche sur un scénario de stagflation, associant croissance molle et inflation élevée. Dans cet environnement, le dollar, adossé au statut d'exportateur net d'énergie des États-Unis, s'impose comme la véritable valeur refuge de la séquence, au détriment de l'or freiné par des taux élevés.

Ce qu'il faut surveiller

Trois éléments détermineront la suite. D'abord, la réalité du blocage d'Ormuz : une fermeture effective et prolongée propulserait le baril bien au delà de ses niveaux actuels. Ensuite, la réponse des banques centrales, prises entre le risque inflationniste et le ralentissement de la croissance. Enfin, l'ouverture de la saison des résultats des grandes banques américaines cette semaine, qui donnera le ton aux marchés d'actions.

Pour l'épargnant français, cette séquence rappelle l'intérêt d'une allocation diversifiée, capable d'amortir les chocs géopolitiques sans céder à la panique. Les fonds en euros de l'assurance vie et les placements exposés au secteur de l'énergie offrent des amortisseurs utiles face à ce type de volatilité.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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