Entreprises

Airbus : les salariés espagnols approuvent l'accord salarial et mettent fin à trois mois de grève

Les salariés d'Airbus en Espagne ont validé à 76,76 % la dernière offre de la direction : inflation réelle plus 7,95 points sur quatre ans et prime de 2 000 euros. Le vote clôt un conflit ouvert le 1er juillet, au moment où le groupe vise 870 livraisons en 2026.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite d'éléments d'avion assemblés dans une usine aéronautique, symbole de l'accord social chez Airbus en Espagne

Madrid, 1er octobre 2026. Les salariés d'Airbus en Espagne ont approuvé à 76,76 % la dernière proposition salariale de la direction, lors d'un référendum organisé mercredi 30 septembre et jeudi 1er octobre. Le vote met fin à un conflit social ouvert le 1er juillet, qui avait débouché sur une grève illimitée à partir du 25 août dans les usines espagnoles de l'avionneur européen.

Un oui net, après un premier vote serré

Selon les résultats communiqués par les sources syndicales et relayés par l'agence Europa Press, 13 560 salariés ont pris part à la consultation, sur un effectif d'environ 14 000 personnes. Le texte a recueilli 76,76 % de votes favorables, contre 20,26 % d'opposants et 2,98 % d'abstentions. Le scrutin, ouvert en présentiel et à distance, était supervisé par le cabinet PwC, d'après le site spécialisé Infodefensa.

Ce résultat tranche avec la consultation du 8 septembre. Lors de ce vote, 51,23 % des votants avaient choisi de poursuivre la grève illimitée contre 48,77 % favorables à sa suspension, soit un écart de seulement 67 voix. Les sites de Cadix, Illescas et Tablada avaient voté la suspension, tandis que Getafe, premier centre industriel du groupe en Espagne, et San Pablo (Séville) avaient maintenu le mouvement.

Ce que contient l'accord

La proposition reprend pour l'essentiel le préaccord conclu le 4 septembre avec quatre syndicats (UGT, CCOO, ATP et SIPA) grâce à la médiation du ministère espagnol de l'Industrie, dirigé par Jordi Hereu. Ses principaux volets :

  • Indexation sur l'inflation réelle (IPC) chaque année jusqu'en 2029, majorée de 2 points en 2026, 2027 et 2028, puis de 1,95 point en 2029, soit 7,95 points de rattrapage du pouvoir d'achat sur quatre ans.
  • Une prime unique de 2 000 euros bruts, non consolidée, versée en octobre pour compenser le report des hausses.
  • Le maintien intégral de l'accord de télétravail en vigueur, soit deux jours par semaine.
  • La suppression de l'indice d'absentéisme de Bradford, qui pénalisait financièrement les arrêts maladie, et la baisse du prix du repas à la cantine de 5 euros à 3,50 euros, selon Infodefensa.

Airbus a présenté cette offre comme l'aboutissement d'un processus de négociation « long, intense et transparent » avec les représentants du personnel, mené pour parvenir à « une compréhension partagée ». Au total, 22 réunions de négociation s'étaient tenues depuis novembre 2025.

Trois mois de conflit dans un maillon industriel clé

Les débrayages avaient commencé le 1er juillet et s'étaient étendus sur 22 jours en juillet. Après le rejet d'une offre de la direction, les syndicats grévistes, dont la CGT, avaient lancé une grève illimitée le 25 août, avec un taux de participation d'environ 90 % le premier jour selon leurs représentants. Alfonso Mora, président du comité d'entreprise d'Airbus en Espagne, avait alors indiqué que le groupe gelait ses recrutements dans le pays pendant la durée du mouvement.

L'enjeu industriel dépasse les frontières espagnoles. Les sites de Getafe, Illescas, Albacete, Séville et Cadix produisent des avions de transport militaire ainsi que des éléments destinés aux programmes commerciaux A320, A330 et A350 et à des satellites. En août, Airbus a livré 57 avions commerciaux, quatre de moins qu'en août 2025 et dix de moins qu'en juillet, alors que le groupe vise environ 870 livraisons sur l'ensemble de 2026.

Les points de friction qui subsistent

Le vote n'efface pas toutes les divisions. La CGT, qui ne figurait pas parmi les signataires du préaccord, avait contesté la méthode de la direction, accusée d'avoir déplacé les discussions hors du cadre de la grève. Airbus a maintenu le référendum après le rejet, par l'Audiencia Nacional, des mesures conservatoires demandées contre la consultation.

Le directeur général Guillaume Faury avait reconnu un malaise du personnel qui dépasse la seule question salariale, rapporte le quotidien El Español. Des élections syndicales sont prévues en 2027, ce qui maintiendra la question sociale à l'agenda.

Ce qu'il faut surveiller

Le dénouement intervient le jour même où l'Espagnole Amparo Moraleda prend la présidence du conseil d'administration d'Airbus, succédant à René Obermann. Elle devient la première femme et la première personnalité espagnole à occuper ce poste. Pour les actionnaires, le principal point de vigilance reste la cadence du quatrième trimestre : la reprise complète de l'activité dans les usines espagnoles conditionne une partie des livraisons nécessaires pour atteindre l'objectif annuel. Les chiffres de livraisons de septembre et d'octobre permettront de mesurer l'effet réel du conflit sur la production.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.