Réglementation

Blocus des lycées : la facture des dégâts renvoyée aux parents et à leur responsabilité civile

Gérald Darmanin a demandé le 2 octobre aux procureurs d'engager la responsabilité civile des parents des lycéens casseurs. Les régions chiffrent les dégâts à plus de 30 millions d'euros. L'assurance des parents doit payer, sous réserve des exclusions.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Silhouette abstraite d'un lycée sous un bouclier lumineux, éclats de verre rassemblés par des flux de lumière, symbole de la réparation des dégâts par l'assurance

Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a demandé vendredi 2 octobre aux procureurs d'engager la responsabilité civile des parents des mineurs interpellés lors des blocages de lycées, afin de leur faire « payer les réparations ». L'annonce, faite sur RTL au lendemain de la journée la plus violente du mouvement lycéen, reporte la facture des dégradations sur les familles et, par ricochet, sur leurs assureurs.

Les régions, propriétaires des lycées, chiffrent déjà les dégâts en dizaines de millions d'euros. Pour les parents, deux contrats sont en jeu : celui qui indemnise les dommages causés par l'enfant et celui qui couvre ses propres blessures.

Le mouvement lycéen depuis Créteil : 1 027 lycées touchés le 1er octobre

La mobilisation est née dans la seconde quinzaine de septembre dans un lycée de Créteil, où les élèves dénonçaient des postes d'enseignants vacants et l'absence de proviseur adjoint, d'assistante sociale et de psychologue. Elle a gagné Marseille, Lille et la métropole lyonnaise à partir du 28 septembre. Le jeudi 1er octobre, des actions ont visé 1 027 lycées sur environ 3 700, dont 222 bloqués, selon les décomptes officiels relayés par Actu17 et Public Sénat.

Les forces de l'ordre ont interpellé 1 949 personnes le même jour. Selon Gérald Darmanin, 90 % des personnes placées en garde à vue étaient mineures. Public Sénat recense par ailleurs 170 élèves et 65 membres des personnels de l'Éducation nationale blessés, ainsi que plus de 300 policiers et gendarmes.

Les dégâts chiffrés par les régions

  • Région francilienne : Valérie Pécresse évoquait 200 000 euros de réparations pour quinze lycées le 29 septembre. Quelques jours plus tard, elle chiffrait les dégâts à 7 millions d'euros pour 55 lycées touchés.
  • Autour de Lyon et Grenoble : le président de région Fabrice Pannekoucke estime le coût entre 25 et 30 millions d'euros, véhicules compris. Ses services préparent plus de 400 plaintes.
  • Grand Est : environ 1 million d'euros, selon le JDD, qui cite le président de région Franck Leroy.

Le Code de l'éducation confie aux régions la charge des lycées (article L214-6). Elles avancent le coût des travaux, puis peuvent se retourner contre les auteurs identifiés et leurs civilement responsables devant le juge pénal ou civil.

L'article 1242 du Code civil depuis la loi du 23 juin 2025

Gérald Darmanin s'appuie sur un texte récent. Depuis la loi n° 2025-568 du 23 juin 2025, entrée en vigueur le 25 juin 2025, l'article 1242 du Code civil dispose que les parents exerçant l'autorité parentale sont « de plein droit, solidairement responsables » du dommage causé par leurs enfants mineurs. La condition de cohabitation a disparu : un parent séparé chez qui l'enfant ne vit pas répond désormais des dégâts au même titre que l'autre.

Cette responsabilité ne suppose aucune faute des parents. Elle ne cède que devant la force majeure, la faute de la victime ou une décision administrative ou judiciaire confiant l'enfant à un tiers. Le ministre l'a résumé à l'antenne : « il y a une loi désormais qui nous permet de le faire ».

L'article L121-2 du Code des assurances et les actes volontaires

L'article L121-2 du Code des assurances règle le volet assurance. L'assureur est garant des dommages causés par les personnes dont l'assuré est civilement responsable, « quelles que soient la nature et la gravité des fautes de ces personnes ». Une vitre brisée ou un portail incendié volontairement par un lycéen mineur reste couvert au titre de la responsabilité civile de ses parents.

La loi de 2025 a ajouté un recours au profit de l'assureur. Lorsqu'il a indemnisé la victime et qu'un parent est définitivement condamné pour s'être soustrait à ses obligations légales (article 227-17 du Code pénal) en lien avec le dommage, il peut lui réclamer une participation plafonnée à 7 500 euros.

Multirisque habitation et assurance scolaire : les périmètres de garantie

Dans la plupart des foyers, cette responsabilité civile figure dans le volet « vie privée » de la multirisque habitation. L'assurance scolaire peut la porter à son tour, selon la formule choisie. Chez la MAE, qui assure 2,07 millions d'enfants, les formules Scolaire Simple (13 euros par an) et Scolaire Plus (21 euros) couvrent les activités scolaires et le trajet. Les formules Extrascolaire 24/24 (30 et 39 euros) étendent la protection à la vie privée.

Un blocage devant un établissement ne constitue pas une activité organisée par l'école. Une formule limitée au temps scolaire risque de ne pas jouer. Le dossier relèvera alors du contrat habitation. Certains contrats scolaires ne comportent d'ailleurs aucune garantie de responsabilité civile propre : les conditions générales 2026 de l'assurance scolaire de PRO BTP renvoient la responsabilité civile de l'enfant au contrat habitation de la famille.

L'exclusion des émeutes et mouvements populaires

L'article L121-8 du Code des assurances prévoit que l'assureur ne répond pas, « sauf convention contraire », des dommages occasionnés par des émeutes ou des mouvements populaires. Un assureur pourrait invoquer cette clause face aux dégradations les plus collectives. La qualification retenue par le juge et le libellé de chaque contrat trancheront au cas par cas.

Le risque est plus net pour les élèves blessés. La garantie individuelle accident, qui indemnise les dommages corporels subis par l'enfant, contient souvent des exclusions ciblées. Les conditions générales 2026 de PRO BTP excluent ainsi les accidents survenus lorsque l'assuré « participe à des émeutes, mouvements populaires, actes de terrorisme ou de sabotage, grèves, rixes, agressions », sauf légitime défense. L'Assurance maladie et la complémentaire santé continuent de rembourser les soins. Le contrat scolaire peut en revanche refuser le capital invalidité ou les remboursements complémentaires qu'il prévoit.

Les réactions politiques et la journée du 6 octobre

Le député insoumis Manuel Bompard a qualifié la démarche d'« absurde » sur LCI. Il estime qu'elle frappe des familles aux ressources inégales et que la justice doit établir la responsabilité individuelle de chaque auteur. Gérald Darmanin avait décrit sur RTL une « minorité agissante et violente ». Dans la région présidée par Fabrice Pannekoucke, l'exécutif a annoncé la suppression des aides régionales aux casseurs identifiés et à leurs familles.

Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé jeudi une concertation et reçu vendredi matin les représentants des lycéens et des syndicats. Les organisations de jeunesse appellent à une nouvelle journée de mobilisation le mardi 6 octobre. Une intersyndicale de l'éducation appelle à se mobiliser le même jour, y compris par la grève.

Les points à vérifier dans les contrats

  • La garantie responsabilité civile : elle figure en général dans la multirisque habitation. L'attestation scolaire seule ne prouve pas qu'elle couvre des faits survenus hors temps scolaire.
  • La formule scolaire : une formule limitée aux activités scolaires et au trajet ne couvre pas la vie privée. Les formules extrascolaires l'incluent.
  • Les exclusions : rixes, émeutes, grèves et mouvements populaires figurent souvent dans la liste de l'individuelle accident.
  • Le délai de déclaration : l'article L113-2 du Code des assurances impose de déclarer un sinistre dans le délai fixé par le contrat, qui ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés.

Les prochaines semaines montreront si les parquets appliquent la consigne du ministre et si les régions transforment leurs plaintes en demandes d'indemnisation chiffrées. Le volume des dossiers transmis aux assureurs dépendra du nombre d'auteurs formellement identifiés parmi les quelque 2 000 personnes interpellées depuis le début du mouvement.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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