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Alstom ramène sa marge annuelle à 1 % et chute de 26 % en Bourse après les retards du Coradia Max

Alstom abaisse sa marge 2026/27 de 6,5 % à environ 1 % et prévoit 1,5 milliard d'euros de trésorerie consommée, à cause du Coradia Max. L'action a perdu 26,09 % à 11,685 euros. Le groupe veut réduire sa dette de 2 milliards d'ici septembre 2027.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Trains régionaux électriques non peints sur des voies d'essai devant une usine ferroviaire, image des retards du Coradia Max d'Alstom

Alstom a émis lundi 2 novembre 2026 son deuxième avertissement sur résultats de l'année. Le constructeur ferroviaire ramène sa marge d'exploitation ajustée (le résultat opérationnel courant rapporté au chiffre d'affaires) de l'exercice 2026/27 d'environ 6,5 % à environ 1 %. Il prévoit désormais une consommation de cash-flow libre (la trésorerie dégagée par l'activité après investissements) de 1,5 milliard d'euros, alors qu'il visait jusqu'ici un flux positif. L'action a clôturé à 11,685 euros, en baisse de 26,09 %, après un plus bas de séance à 10,89 euros.

La plateforme de trains régionaux Coradia Max, vendue à plusieurs clients en Allemagne et en Europe centrale, concentre l'essentiel des pertes. Ses six contrats pèsent environ 5 milliards d'euros dans le carnet de commandes et leur marge brute est désormais négative. Alstom lance en parallèle un plan de désendettement d'environ 2 milliards d'euros, qui passera en grande partie par des cessions d'actifs.

Les comptes du premier semestre 2026/27

Le chiffre d'affaires du premier semestre, clos le 30 septembre 2026, atteint 9,3 milliards d'euros, en hausse de 3 % (2 % en données organiques). La marge d'exploitation ajustée devient négative, à environ 4 % du chiffre d'affaires, contre une marge positive de 6,4 % un an plus tôt. Le groupe a produit 1 860 voitures, soit 8 % de moins que les 2 017 voitures du premier semestre précédent. La consommation de trésorerie atteint 1 248 millions d'euros, contre 740 millions au premier semestre 2025/26.

Les commandes progressent à 11,0 milliards d'euros sur six mois, contre 10,5 milliards, dont 8,4 milliards au seul deuxième trimestre. Le ratio commandes sur chiffre d'affaires (book-to-bill, volume des commandes rapporté aux ventes de la période) s'établit à 1,2 sur le semestre et à 1,8 sur le trimestre.

La dette nette passe de 0,4 milliard d'euros au 31 mars à 1,1 milliard au 30 septembre 2026. Elle intègre 44 millions d'euros de coupons versés sur les obligations perpétuelles subordonnées et une hausse de 81 millions des dettes locatives. Les 694 millions d'euros levés en juin 2026 avec une obligation verte hybride en compensent une partie.

Indicateur 2026/27Objectif précédentNouvel objectif
Croissance organique du chiffre d'affairesEnviron 5 %2 % à 4 %
Voitures produites4 400 à 4 500Environ 4 000
Marge d'exploitation ajustéeEnviron 6,5 %Environ 1 %
Cash-flow librePositifConsommation de 1,5 milliard d'euros
Ratio commandes sur chiffre d'affairesSupérieur à 1Supérieur à 1 (inchangé)

Six contrats Coradia Max en retard d'homologation

Les difficultés techniques sont apparues au premier trimestre de l'exercice, d'avril à juin 2026. Alstom a alors suspendu temporairement la production. Les solutions techniques ont été arrêtées à la fin de l'été. Au deuxième trimestre, une équipe d'experts internes a conclu qu'il fallait recalibrer la phase d'essais pour respecter les exigences d'homologation, l'autorisation de mise en circulation délivrée par les autorités ferroviaires. L'entrée en service commercial recule d'autant.

Le premier projet doit désormais être homologué en mars 2028. La mise en service des six projets s'étalera de 2028 jusqu'au début de 2030 environ. Martin Sion, directeur général depuis avril 2026, a expliqué aux analystes que le premier développement devait couvrir l'essentiel de l'homologation des cinq autres contrats. Le retard du premier projet se répercute sur les cinq suivants. Il s'est dit confiant qu'il s'agissait du dernier report de calendrier pour cette plateforme.

Les contrats prévoient des pénalités importantes. Andre Kukhnin, analyste chez UBS, a évoqué un impact d'environ 950 millions d'euros sur la marge du premier semestre. Bernard Delpit, directeur financier, a répondu que ce montant recouvrait des surcoûts et des pénalités. Le groupe a comptabilisé au premier semestre la totalité de l'impact réestimé jusqu'à la fin des contrats. La marge brute moyenne du carnet de commandes du groupe revient autour de 18 %. Alstom ramène près de zéro la production de voitures Coradia sur l'exercice, le temps de terminer les essais.

Environ 1 milliard d'euros des 1,5 milliard de trésorerie consommés cette année correspond à des paiements d'étape décalés sur les exercices suivants, que la direction compte encaisser plus tard. La prévision intègre une hypothèse plus prudente sur l'activité commerciale au Moyen-Orient, en raison de la situation géopolitique.

« L'annonce de ce jour reflète les conséquences de cet exercice, mené avec l'objectif de normaliser la performance du Groupe dès le prochain exercice fiscal. Elle renforce également ma détermination d'accélérer les améliorations opérationnelles et rend nécessaire l'élaboration d'un plan de désendettement, avec le soutien de notre Conseil d'administration, afin de permettre à Alstom de tirer pleinement parti de son positionnement concurrentiel sur un marché ferroviaire en croissance. »

Martin Sion, directeur général d'Alstom, 2 novembre 2026

Le plan de désendettement de 2 milliards d'euros

Le conseil d'administration veut conserver une notation de crédit de catégorie investissement (investment grade). Moody's note Alstom Baa3, le dernier cran de cette catégorie. La perspective de la note est stable depuis le 13 juin 2024. Le groupe passe en revue l'ensemble des leviers organiques et non organiques pour réduire sa dette d'environ 2 milliards d'euros d'ici septembre 2027. Bernard Delpit a indiqué qu'une large part viendrait de mesures non organiques et que des processus de cession étaient déjà engagés. Il n'a pas désigné les actifs concernés. Martin Sion a précisé que le groupe cherchait des activités rentables situées hors de son cœur de métier.

Une grande banque internationale a accordé à Alstom, le 1er novembre 2026, une nouvelle facilité de liquidité de 2,0 milliards d'euros. Cette ligne ne comporte aucun covenant financier et arrive à échéance en novembre 2028. Elle s'ajoute à 1,65 milliard d'euros de trésorerie au 30 septembre. Sa ligne de crédit renouvelable de 2,5 milliards d'euros, qui arrive à échéance en juillet 2029, n'était pas tirée au 30 septembre. Une ligne de soutien de 1,75 milliard d'euros couvre son programme de billets de trésorerie.

Les actionnaires représentés au conseil soutiennent cette revue. La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), qui détenait 17,5 % du capital au 31 mars 2026, et Bpifrance Investissement siègent au conseil d'administration. Interrogés sur une éventuelle participation de l'État français, Martin Sion et Bernard Delpit ont répondu que le sujet n'était pas en discussion avec le gouvernement.

La séance du 2 novembre à la Bourse de Paris

La baisse de 26,09 % est la troisième plus forte de l'action sur les cinq dernières années, après celle du 5 octobre 2023 (37,58 %) et celle du 17 avril 2026 (27,15 %). Le titre termine à son plus bas niveau de clôture depuis le 5 mars 2024. Il a perdu 53,6 % depuis le 31 décembre 2025, date à laquelle il valait 25,17 euros. Alstom a signé la plus forte baisse du SBF 120, alors que le CAC 40 gagnait 0,98 % à 8 047,69 points.

Le premier avertissement date du 16 avril 2026. Avec ses résultats annuels préliminaires, Alstom avait alors renoncé à ses objectifs de marge de 8 % à 10 % et de 1,5 milliard d'euros de cash-flow libre cumulé entre 2024/25 et 2026/27. Martin Sion venait de succéder à Henri Poupart-Lafarge à la direction générale. Le groupe avait annoncé pour l'exercice 2025/26 des commandes record de 27,6 milliards d'euros, un carnet supérieur à 100 milliards et un chiffre d'affaires de 19,2 milliards d'euros.

Direction et analystes : deux lectures du redressement

La direction maintient un objectif de marge d'exploitation ajustée de 8 % à 10 % à moyen terme et prévoit une normalisation dès l'exercice 2027/28. La nouvelle prévision annuelle suppose une marge d'environ 6,5 % au second semestre. Martin Sion met en avant les programmes qui avancent. La plateforme à grande vitesse Avelia Horizon, homologuée en mai, doit entrer en service commercial cette semaine. Les trains de banlieue en France, les locomotives au Kazakhstan et en Inde et les trains régionaux en Afrique du Sud tiennent leurs objectifs de production.

Oddo BHF a placé sous revue sa recommandation, jusqu'ici à surperformance. Le bureau d'analyse estime que l'incertitude sur le bilan pèsera sur le titre pendant plusieurs mois. Il cite trois options pour le bilan : la poursuite des cessions, une augmentation de capital ou l'émission de dette hybride. Il n'exclut pas une participation de l'État à une opération non organique.

« Les deux warnings successifs en l'espace de quelques mois [...] ne vont pas aider à restaurer la confiance. »

Oddo BHF, 2 novembre 2026

Vlad Sergievskiy, analyste chez Barclays, a demandé si la prévision annuelle ne plaçait pas le groupe au-delà des seuils de dégradation de Moody's sur la marge, la trésorerie et l'endettement. Bernard Delpit a répondu que le groupe entretenait un dialogue ouvert avec l'agence. Interrogé sur la taille du plan, le directeur financier a estimé que 2 milliards d'euros représentaient le bon équilibre au vu des prévisions de trésorerie de cet exercice et du suivant.

Les conséquences pour les actionnaires particuliers

Les actionnaires individuels détenaient 9 % du capital d'Alstom et les salariés 2 % au 31 mars 2026. L'action est éligible au PEA (Plan d'Épargne en Actions). Une ligne de 5 000 euros achetée au cours de clôture du 31 décembre 2025 vaut environ 2 320 euros au soir du 2 novembre 2026.

Une augmentation de capital (émission d'actions nouvelles) diluerait les actionnaires qui n'y souscriraient pas. Alstom n'en a pas annoncé : le plan de 2 milliards d'euros combine des cessions et des mesures organiques. Le groupe se réserve une marge de manœuvre sur le calendrier et la taille des mesures. Alstom compte deux obligations hybrides perpétuelles en circulation : 750 millions d'euros émis en mai 2024 au coupon de 5,868 % et 700 millions d'euros émis en juin 2026 au coupon de 5,25 %.

Les prochaines échéances

  • 17 novembre 2026 : publication des résultats complets du premier semestre 2026/27.
  • 19 janvier 2027 : commandes et chiffre d'affaires du troisième trimestre.
  • Début 2027 : décisions sur l'organisation et le modèle opérationnel du groupe.
  • Deuxième trimestre 2027 : journée investisseurs (Capital Markets Day) consacrée au plan stratégique et à la trajectoire financière à moyen terme.
  • Septembre 2027 : échéance du plan de désendettement d'environ 2 milliards d'euros.
  • Mars 2028 : homologation attendue du premier projet Coradia Max.

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Sources

  • Alstom, « Résultats préliminaires d'Alstom pour le premier semestre de l'exercice fiscal 2026/27 », communiqué du 2 novembre 2026 : alstom.com
  • Investing.com, « Earnings call transcript: Alstom's H1 2026 profit slump deepens on Coradia woes », transcription de la conférence téléphonique du 2 novembre 2026 : investing.com
  • Alstom, « Debt and rating », page consultée le 2 novembre 2026 : alstom.com
  • Alstom, « Alstom Equity Story », octobre 2026 (structure de l'actionnariat au 31 mars 2026 et composition du conseil) : alstom.com
  • Stockanalysis.com, historique des cours d'Alstom (EPA:ALO) sur cinq ans, consulté le 2 novembre 2026 : stockanalysis.com
  • BFM Bourse, « Alstom : le groupe s'attend à brûler 1,5 milliard d'euros de cash », 2 novembre 2026 : tradingsat.com
  • Capital (AFP), « Alstom revoit fortement ses objectifs de rentabilité pour 2026-2027 et plonge de 30 % en Bourse », 2 novembre 2026 : fr.finance.yahoo.com
  • Zonebourse, « Le CAC 40 repasse la barre des 8 000 points malgré la déroute d'Alstom », 2 novembre 2026 : zonebourse.com
  • XTB, « Les actions d'Alstom s'effondrent de 25 % dans un climat de panique », 2 novembre 2026 : xtb.com
  • Investing.com, « Alstom shares sink 28% after outlook cut on Coradia Max execution issues », 2 novembre 2026 : investing.com
  • ABC Bourse, « Alstom abandonne ses objectifs 2026/27, marges et cash-flow revus à la baisse », avril 2026 : abcbourse.com

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.