Analyse des marchés

Banques françaises : le coût de l'assurance contre leur défaut dépasse celui de leurs rivales

Les CDS de BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole coûtent désormais plus cher que ceux des grandes banques européennes, selon Bloomberg. L'OAT rapporte plus que la dette italienne et Société Générale a perdu 22 % depuis août.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Tours de bureaux du quartier d'affaires de La Défense sous un ciel gris, alors que le risque de crédit des banques françaises s'envole

Le marché fait désormais payer plus cher la protection contre un défaut de BNP Paribas, de Société Générale et de Crédit Agricole que celle de leurs grandes concurrentes européennes. Selon des données de marché publiées par l'agence Bloomberg ce lundi 5 octobre à 16h46 (heure de Paris), le coût des credit default swaps (CDS, contrats d'assurance contre le défaut d'un émetteur) des banques françaises a bondi au point de dépasser celui des principaux établissements du continent.

Ce renchérissement prolonge la crise de confiance qui frappe la dette de l'État français depuis la fin septembre. Il touche directement le coût auquel les banques se financent sur les marchés.

La dette de l'État, premier canal de transmission

Le risque prêté aux banques suit d'abord celui de l'État. Ce lundi à 17h01, l'OAT à dix ans (obligation assimilable du Trésor) rapportait 4,861 %, contre 3,490 % pour le Bund allemand de même échéance, selon les cotations de CNBC. L'écart atteint ainsi 137 points de base. La France emprunte désormais plus cher que l'Italie : le titre italien à dix ans rapportait 4,648 % au même moment, soit 21 points de moins que l'OAT.

Plus tôt dans la séance, l'écart entre la France et l'Allemagne avait touché 146 points de base, selon les données LSEG citées par Euronews, qui évoque la plus forte hausse hebdomadaire en 17 ans. En moyenne mensuelle, les séries de la Banque centrale européenne (BCE) n'avaient plus enregistré d'écart supérieur à 120 points depuis juin 2012 (127 points).

Les CDS à cinq ans sur la dette de l'État français ont presque triplé en un mois. Les niveaux cités vendredi 2 octobre allaient de 81 à 87 points de base selon les fournisseurs de données, au plus haut depuis début 2013.

« Le signal envoyé par les CDS sur la France est que l'élargissement de l'écart entre l'OAT et le Bund tient à un risque de défaut souverain plus élevé en France. »
Thierry Wizman, stratégiste taux et changes chez Macquarie, cité par Fortune le 2 octobre (traduction France Épargne)

314 milliards d'euros de titres publics au bilan

Le lien entre les banques et l'État passe par leur bilan. Fin août 2026, les institutions financières monétaires installées en France, Banque de France exclue, détenaient 313,987 milliards d'euros de titres de dette émis par les administrations publiques françaises, selon les statistiques de bilan de la BCE. Ce montant n'a guère varié depuis décembre 2025 (308,644 milliards).

La comparaison européenne nuance le constat. Les banques italiennes portaient 411,171 milliards d'euros de dette publique italienne à la même date, les banques espagnoles 264,335 milliards de titres espagnols et les banques allemandes 173,382 milliards de titres allemands. L'exposition des banques françaises à leur État n'a donc rien d'exceptionnel en volume. C'est la dégradation rapide de la signature de l'État qui pèse sur leur profil.

Les agences de notation tiennent compte de la note de l'État dans celle des banques qui y sont établies. Une banque dont la dette publique domestique se déprécie voit aussi la valeur de son portefeuille obligataire baisser, ce qui explique que les investisseurs révisent les deux risques ensemble.

En Bourse, un recul plus marqué que chez les concurrentes

Les cours confirment ce décrochage. Lundi vers 16h45, d'après les données de Yahoo Finance, Société Générale cotait 65,61 euros, en baisse de 22,1 % par rapport à son plus haut des douze derniers mois atteint le 6 août (84,23 euros). BNP Paribas cédait 18,0 % depuis son sommet du 10 août (112,80 euros), Crédit Agricole 16,3 % depuis le 14 août (20,20 euros).

  • Deutsche Bank : 12,3 % sous son plus haut du 8 septembre
  • UniCredit : 7,7 % sous son plus haut du 26 août
  • Intesa Sanpaolo : 7,3 % sous son plus haut du 14 août
  • BBVA : 5,4 % sous son plus haut du 11 septembre
  • Santander : 4,7 % sous son plus haut du 17 septembre
  • ING : 4,1 % sous son plus haut du 17 septembre

Depuis le 1er janvier, le contraste est aussi net. Société Générale perd 4,5 % et Crédit Agricole 3,6 %, quand ING gagne 29,1 %, Santander 22,6 % et BBVA 19,9 %. BNP Paribas reste en hausse de 14,5 % sur l'année, mais a effacé l'essentiel de ses gains de l'été.

Ce que la hausse change pour les épargnants

Un CDS plus cher signale un coût de refinancement plus élevé sur les marchés obligataires. Si la tension dure, les banques paieront davantage pour émettre leur dette, ce qui peut se répercuter sur le prix du crédit accordé aux ménages et aux entreprises. La hausse ne dit rien, en revanche, de la sécurité immédiate des dépôts.

Les dépôts bancaires restent couverts par le Fonds de garantie des dépôts et de résolution (FGDR) jusqu'à 100 000 euros par personne et par établissement de crédit, avec une indemnisation prévue dans un délai de sept jours en cas de défaillance, selon le FGDR. Les actionnaires des banques et les porteurs de leurs obligations supportent, eux, l'essentiel du risque de marché.

Pour les détenteurs de fonds en euros d'assurance vie, investis en grande partie en obligations d'État et bancaires, la hausse des taux a un double effet : elle déprécie les titres anciens détenus par les assureurs, mais elle permet de replacer les nouvelles primes à des rendements plus élevés.

Les prochaines échéances

Le conseil des gouverneurs de la BCE tiendra sa prochaine réunion de politique monétaire les 28 et 29 octobre à Francfort. Il dispose depuis 2022 de l'instrument de protection de la transmission (TPI), conçu pour contrer des tensions de marché jugées injustifiées sur la dette d'un État membre. Son activation suppose que le pays respecte le cadre budgétaire européen. Les investisseurs suivront aussi la trajectoire du budget 2027 au Parlement et les publications trimestrielles des trois banques françaises, qui chiffreront l'effet de la hausse des taux sur leurs portefeuilles.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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