Contexte et enjeux
Après plusieurs mois de relative stabilité, les taux de crédit immobilier repartent à la hausse en février 2026. La progression, contenue à 0,10 point de pourcentage en moyenne, traduit les tensions persistantes sur les marchés obligataires et les incertitudes liées au budget de l'État français. Pour les candidats à l'accession, cette évolution réduit mécaniquement la capacité d'emprunt, dans un contexte où les prix de l'immobilier amorcent un rebond modéré.
Cette hausse intervient alors que la Banque centrale européenne (BCE) a maintenu son taux directeur à 2,15 % lors de sa réunion du 5 février 2026, écartant toute perspective de baisse rapide des taux. Les banques, confrontées à un coût de refinancement en hausse lié à l'OAT 10 ans qui oscille autour de 3,40 %, répercutent progressivement cette pression sur les barèmes de crédit proposés aux particuliers.
Pour les épargnants et investisseurs suivis par France Epargne, cette situation impose une analyse rigoureuse des conditions de financement avant tout projet immobilier. Le marché, en phase de normalisation après la crise de 2023 et 2024, offre encore des opportunités, mais la fenêtre de taux attractifs se referme graduellement.
Les faits clés
- Taux moyens en février 2026 : 3,02 % sur 10 ans, 3,24 % sur 15 ans, 3,27 % sur 20 ans et 3,39 % sur 25 ans, soit une progression de 0,10 point par rapport à janvier (source : CAFPI, Neofa)
- Meilleurs taux pour les profils solides : 2,64 % sur 10 ans, 2,92 % sur 15 ans, 3,00 % sur 20 ans et 3,10 % sur 25 ans, accessibles aux emprunteurs disposant d'un apport conséquent et de revenus stables (source : Neofa, Meilleurtaux)
- OAT 10 ans : stabilisé autour de 3,40 %, après avoir dépassé 3,50 % en janvier, exerçant une pression directe sur les barèmes bancaires (source : Agence France Trésor)
- Prix moyen des appartements : 3 870 euros le m2 au niveau national, avec des variations considérables selon les régions (source : SeLoger, Neofa)
- Volume de transactions : 945 000 ventes dans l'ancien à fin 2025, en progression de 12 % sur un an, et des prévisions autour de 980 000 pour 2026 (source : Notaires de France)
Analyse approfondie
Une hausse modérée mais significative pour les emprunteurs
La progression de 0,10 point en février peut sembler limitée en valeur absolue. Pourtant, son impact sur la capacité d'emprunt est tangible. Pour un couple disposant de 5 000 euros de revenus mensuels nets et d'une mensualité maximale de 1 750 euros, la capacité d'emprunt sur 25 ans à 3,50 % atteint 349 564 euros. Si les taux poursuivent leur remontée vers 3,90 %, comme certains analystes l'anticipent pour fin 2026, cette même capacité chuterait d'environ 5 à 6 %, soit une perte de près de 20 000 euros de budget immobilier.
Les disparités entre profils d'emprunteurs restent marquées. Selon Meilleurtaux, un emprunteur classé « bon » obtient un taux de 3,45 % sur 15 ans, tandis qu'un profil « excellent » peut négocier à 2,90 %. Cet écart de 0,55 point représente, sur un prêt de 300 000 euros à 20 ans, une économie de plus de 17 000 euros d'intérêts cumulés.
Les facteurs structurels de la remontée
Trois éléments alimentent la tendance haussière des taux de crédit immobilier. Le premier est la stabilité du taux directeur de la BCE à 2,15 %, qui prive les banques d'un levier de baisse de leurs coûts de refinancement. Le deuxième facteur est la tension sur l'OAT 10 ans, référence pour le financement à long terme, qui a dépassé 3,50 % en janvier avant de se stabiliser autour de 3,40 % en février. Cette tension reflète en partie la dégradation de la note souveraine française par Standard and Poor's en octobre 2025, passée de AA- à A+, en raison des incertitudes budgétaires.
Le troisième élément est le paradoxe observé en 2025, où les taux de crédit immobilier étaient en moyenne inférieurs à l'OAT 10 ans, une situation jugée « insoutenable pour les banques à long terme » par Crédit Courtier de France. La correction progressive de ce déséquilibre explique la tendance haussière actuelle.
Des prix immobiliers en rebond modéré, avec de fortes disparités régionales
Le prix moyen national des appartements s'établit à 3 870 euros le m2 en février 2026, en légère progression de 0,3 % sur un mois et de 0,7 % sur un an. Cette stabilisation masque des écarts considérables entre territoires.
En Île de France, le prix moyen atteint 6 438 euros le m2 pour les appartements. À Paris, la progression annuelle de 1,9 % confirme le retour de la dynamique dans la capitale. Certaines communes enregistrent des hausses spectaculaires : Cournon d'Auvergne affiche +31 % (2 967 euros le m2), Elbeuf +30 % (2 151 euros le m2), Colmar et Mulhouse +26 % chacune. À l'inverse, plusieurs communes du Val d'Oise comme Montesson, Saint Leu la Forêt et Franconville enregistrent des reculs de 12 %.
Perspectives d'experts
Vision prudente
Plusieurs courtiers et analystes anticipent une poursuite de la hausse des taux au cours de l'année 2026. Les projections les plus courantes tablent sur une augmentation supplémentaire de 0,10 à 0,20 point, portant les taux sur 20 ans dans une fourchette de 3,30 % à 3,50 % d'ici la fin de l'année.
Risques identifiés :
- Persistance des tensions budgétaires françaises, avec un déficit public à 5,4 % du PIB et une croissance limitée à 0,4 %
- Remontée de l'OAT 10 ans au dessus de 3,50 % en cas de dégradation de la confiance des investisseurs
- Scénario pessimiste : hausse de 0,50 à 0,80 point en cas de choc géopolitique ou de crise souveraine
"2026 débute avec une hausse modeste des taux. Les pressions sur les coûts de refinancement proviennent de l'incertitude budgétaire de l'État et de l'OAT 10 ans qui a dépassé 3,50 % tout au long du mois."
Caroline Arnould, directrice générale de CAFPI, février 2026
Vision optimiste
Les courtiers soulignent néanmoins que le marché reste favorable aux acquéreurs bien préparés. La concurrence bancaire demeure forte, avec des offres ciblées pour les primo accédants et les projets de rénovation énergétique. Plusieurs établissements proposent des décotes de 0,25 point pour ces profils.
Arguments positifs :
- Les taux restent historiquement contenus, largement en dessous des niveaux de fin 2023 (supérieurs à 4 %)
- Le PTZ élargi en 2026 offre un soutien accru aux primo accédants, avec des plafonds de ressources revalorisés de 8 à 13 %
- Les banques proposent des prêts complémentaires à taux zéro ou bonifiés pouvant atteindre 20 000 à 25 000 euros
"Certains mouvements apparaissent sur notre baromètre des taux, sans pour autant remettre en question les projets de ceux qui souhaitent se lancer en février 2026."
Diane Levy, directrice commerciale d'Immoprêt, février 2026
Consensus du marché
Le scénario central retenu par la majorité des courtiers et analystes prévoit une hausse modérée de 0,20 à 0,40 point sur l'ensemble de l'année 2026, portant les taux sur 20 ans autour de 3,50 % à 3,65 % en fin d'année. Ce scénario repose sur la stabilité de l'OAT 10 ans, une inflation maîtrisée et le maintien de la politique restrictive de la BCE.
Implications pratiques
Pour les acheteurs et primo accédants
Le coût total d'un emprunt augmente sensiblement avec la hausse des taux. Sur un prêt de 200 000 euros à 20 ans, le passage de 3,00 % à 3,40 % fait passer la mensualité de 1 109 à 1 150 euros et les intérêts totaux de 66 208 à 75 921 euros, soit un surcoût de près de 10 000 euros. Les experts recommandent de ne pas différer les projets dans l'attente de taux plus favorables, car les prix immobiliers ne diminuent pas pendant les périodes d'attentisme.
Pour les primo accédants, le Prêt à Taux Zéro (PTZ), prolongé jusqu'au 31 décembre 2027 et élargi depuis janvier 2026, constitue un levier essentiel. Les plafonds de ressources revalorisés rendent le dispositif accessible à environ 80 % des ménages français, et les montants pris en compte passent de 79 000 à 99 000 euros (plancher) et de 156 000 à 195 000 euros (plafond).
Pour les investisseurs immobiliers
La hausse des taux impacte directement la rentabilité des investissements locatifs. La capacité d'emprunt réduite oblige les investisseurs à cibler des biens offrant un rendement locatif suffisant pour compenser le coût du crédit. Les zones où les prix augmentent fortement (Cournon d'Auvergne, Colmar, Mulhouse) peuvent offrir des plus values potentielles, mais nécessitent une analyse approfondie du marché local.
Pour les épargnants
La remontée des taux immobiliers s'inscrit dans un contexte de rendements obligataires soutenus. L'OAT 10 ans à 3,40 % offre une référence pour les fonds en euros de l'assurance vie, dont les rendements pourraient se maintenir à des niveaux attractifs en 2026. Pour ceux qui hésitent entre placement financier et achat immobilier, le calcul comparatif entre rendement de l'épargne et coût du crédit mérite une attention particulière.
Ce qu'il faut surveiller
À court terme (prochaines semaines) :
- Publication des barèmes bancaires de mars 2026, qui confirmeront ou infirmeront la tendance haussière
- Évolution de l'OAT 10 ans, dont le franchissement durable des 3,50 % signalerait une accélération de la hausse des taux
- Prochaine réunion de la BCE le 17 avril 2026, dont les décisions influenceront les anticipations
À moyen terme (prochains mois) :
- Trajectoire budgétaire de la France et impact sur la prime de risque souverain
- Volume de transactions immobilières au premier trimestre 2026, attendu autour de 245 000 ventes
- Évolution des prix au printemps, période traditionnellement plus active sur le marché
Conclusion
La hausse de 0,10 point des taux immobiliers en février 2026 confirme le retournement progressif du cycle de baisse amorcé fin 2024. Si les niveaux actuels restent nettement inférieurs aux pics de fin 2023, la tendance haussière devrait se poursuivre tout au long de l'année, portée par les tensions sur les marchés obligataires et les incertitudes budgétaires françaises.
Pour les candidats à l'acquisition, le message des professionnels est unanime : il vaut mieux agir maintenant que d'attendre une hypothétique baisse des taux, d'autant que les prix immobiliers amorcent un rebond. Les dispositifs d'aide, notamment le PTZ élargi, et la concurrence bancaire offrent encore des leviers pour optimiser les conditions de financement.
Sources
Article rédigé le 16 février 2026. Les informations et données de marché peuvent évoluer.