ETF thématiques : DWS resserre son fonds innovation sur les semi-conducteurs
Le 17 août, les porteurs de l'ETF Xtrackers MSCI Innovation étaient appelés à voter le basculement du fonds vers un indice de semi-conducteurs. Les cinq premières lignes passeraient de 23,3 % à 72,7 % du portefeuille. Amundi a opéré la même bascule le 17 juillet.
Les porteurs de l'ETF Xtrackers MSCI Innovation étaient convoqués le 17 août à Dublin pour un vote peu banal : transformer un fonds d'innovation mondiale en fonds de semi-conducteurs. DWS, qui gère la gamme Xtrackers, avait diffusé l'avis de convocation le 3 août. Si la résolution passe, le changement d'indice prendra effet autour du 1er septembre.
L'opération va bien plus loin qu'un changement d'étiquette. Le fonds abandonnerait l'indice MSCI ACWI IMI Innovation au profit du MSCI World Semiconductors & Semiconductor Equipment 20/35, et serait rebaptisé Xtrackers MSCI World Semiconductors & Semiconductor Equipment UCITS ETF. Les frais totaux reculeraient de 0,30 % à 0,25 % par an, la commission de gestion de la part 1C passant de 0,15 % à 0,10 %.
De 23,3 % à 72,7 % sur cinq lignes
La comparaison des deux portefeuilles résume l'ampleur du virage. Dans l'ancien indice, les cinq premières positions (Microsoft, Mastercard, Visa, Vertex Pharmaceuticals et Roche) pesaient 23,3 %. Dans le nouveau, au 31 juillet 2026, les cinq premières valeurs (Nvidia, Broadcom, Micron, Advanced Micro Devices et ASML) représentaient 72,7 % de l'indice, Nvidia comptant à elle seule pour environ la moitié de ce bloc.
« Il s'agit clairement d'une proposition beaucoup plus offensive, et donc plus risquée. »
James Carthew, responsable de la recherche sur les sociétés d'investissement, QuotedData
Une seconde modification passe plus inaperçue. Le fonds quitterait la catégorie article 8 du règlement européen sur la publication d'informations en matière de durabilité (SFDR) pour l'article 6, ce qui revient à retirer les filtres extra-financiers appliqués jusqu'ici. La taille du véhicule éclaire en partie la manoeuvre : 6,88 millions de dollars d'encours au 31 juillet 2026, un niveau auquel l'exploitation d'un ETF cesse d'être rentable.
Amundi avait ouvert la voie un mois plus tôt
Le gestionnaire français a mené une bascule comparable le 17 juillet. L'Amundi MSCI Disruptive Technology UCITS ETF est devenu l'Amundi Global Memory Chips UCITS ETF, l'indice MSCI ACWI IMI Disruptive Technology Filtered cédant la place au Solactive Global Memory Chips. Les frais demeurent fixés à 0,45 %, le fonds glisse lui aussi de l'article 8 vers l'article 6, et les porteurs disposaient de trente jours pour sortir sans frais de rachat.
« Les puces mémoire forment un volet convaincant du récit de l'intelligence artificielle, tout en restant exposées aux cycles de prix et aux à-coups des dépenses d'investissement. »
David Batchelor, analyste senior, QuotedData
Amundi a complété sa gamme le 23 juillet avec deux produits supplémentaires, l'Amundi Global Memory Chips UCITS ETF et l'Amundi Global Data Center UCITS ETF. Benoit Sorel, directeur de l'activité ETF et gestion indicielle du groupe, justifiait alors ces lancements par la demande : « Les ETF thématiques sont de plus en plus utilisés tant par les investisseurs particuliers que par les investisseurs institutionnels pour exprimer des convictions spécifiques à long terme avec une plus grande sélectivité. »
Où va vraiment l'argent des thématiques
Les statistiques de collecte donnent raison aux deux gestionnaires. Les ETF thématiques ont attiré 13,31 milliards de dollars nets en Europe au premier semestre 2026, selon les données ETFbook reprises dans la revue de marché de HANetf. Ce montant atteint déjà près de 80 % des 16,66 milliards engrangés sur l'ensemble de 2025, après deux exercices de décollecte en 2023 et 2024.
La composition de cette collecte a changé de nature. Les ETF européens de semi-conducteurs ont capté 3,19 milliards de dollars au deuxième trimestre et sont passés devant les fonds de défense sur le cumul annuel. La défense dominait pourtant les flux thématiques depuis 2022, portée par la remontée des budgets militaires européens.
Les relevés hebdomadaires confirment la rotation. Sur la semaine 33, arrêtée au 17 août, les ETF sectoriels technologiques ont enregistré la première collecte sectorielle européenne avec 498,3 millions d'euros, d'après Trackinsight. Côté thématiques, Net Zero 2050 a capté 107,2 millions d'euros et la cybersécurité 52,6 millions, quand la défense mondiale subissait 20,6 millions de rachats. Les deux ETF actions les plus performants de la semaine étaient l'Amundi Global Memory Chips (14,21 %) et le Defiance Memory (12,22 %).
L'ensemble du marché européen des ETF et des produits indiciels cotés a rassemblé 47,3 milliards d'euros en juillet, contre 36,8 milliards en juin, portant le cumul annuel à près de 266 milliards d'euros.
L'espace, contre-exemple instructif
Toutes les thématiques ne profitent pas de cet appétit. Deux ETF spatiaux ont vu le jour en Europe le 30 juillet : le Global X Space Tech UCITS ETF (LUNR), coté à Londres et sur Xetra pour 0,50 % de frais, et le First Trust Bloomberg Space Economy UCITS ETF (FSPC et LUNA), coté à Londres et à Milan pour 0,65 %. Ils rejoignent deux véhicules arrivés moins de deux mois plus tôt, l'iShares Space Technologies et le WisdomTree Space Economy, qui affichaient respectivement environ 25 et 11 millions de dollars d'encours à la mi-août.
Quatre fonds se partagent donc un marché de quelques dizaines de millions de dollars. Aux États-Unis, les ETF spatiaux ont enregistré 400 millions de dollars de sorties en juillet, après 500 millions en juin. Sur ce terrain, prévient David Batchelor, « les seuils de chiffre d'affaires, les limites de position et le traitement des groupes diversifiés d'aéronautique et de défense pèsent autant que le niveau de frais affiché ».
Ce que révèle la statistique longue
Morningstar publie régulièrement des travaux qui appellent à la prudence sur cette famille de fonds. Sur les quinze années observées jusqu'à la mi-2024, un fonds thématique sur dix seulement a battu son indice de référence, et plus des trois quarts de ceux qui existaient au début de la période avaient fermé. Aux États-Unis, le rythme des lancements a culminé à 90 en 2021 avant de refluer, au point que les fermetures ont dépassé les créations au premier semestre 2024, une première depuis 2008.
La surenchère se poursuit néanmoins. Le 19 août, Leverage Shares by Themes a coté sur le Cboe quatre ETF à levier quotidien de deux fois, adossés à des valeurs de la mémoire, des infrastructures de bâtiment, de la fabrication avancée et des semi-conducteurs, facturés 0,99 % par an. Ces produits américains demeurent hors de portée d'un plan d'épargne en actions.
Les épargnants français en première ligne
L'exposition des particuliers français aux fonds indiciels a changé d'échelle. Selon le tableau de bord publié par l'Autorité des marchés financiers (AMF) le 27 mars 2026, plus de 1,1 million de Français ont passé au moins un ordre sur un ETF en 2025, soit 83 % de plus que les 607 000 recensés en 2024 et près de cinq fois les 223 000 de 2020. Le nombre d'ordres a plus que doublé, à 14,4 millions contre 6 millions. L'âge moyen de ces investisseurs est tombé de 41 ans fin 2024 à 38 ans fin 2025.
Cette population est directement exposée aux changements d'indice. Un épargnant qui avait acheté un fonds d'innovation diversifié peut se retrouver, quelques semaines après un avis de convocation, avec un portefeuille dont les trois quarts reposent sur cinq fabricants de puces. La stratégie dite du coeur satellite, qui cantonne les ETF thématiques à une poche de 10 à 20 % du portefeuille, borne mécaniquement la portée d'une telle bascule.
L'AMF relève par ailleurs que 47 % des transactions sur ETF ont transité en 2025 par des établissements européens installés hors de France, contre 23 % un an plus tôt, pour 20 % des montants échangés. Les avis aux porteurs circulent alors dans des canaux que l'épargnant consulte rarement.
Ce qu'il faut surveiller
- L'entrée en vigueur du nouvel indice Xtrackers, attendue autour du 1er septembre 2026 sous réserve de l'adoption de la résolution du 17 août.
- Le glissement de l'article 8 vers l'article 6 du règlement SFDR, qui retire les filtres extra-financiers de ces deux fonds et peut gêner les contrats d'assurance vie affichant une orientation durable.
- La poursuite ou l'essoufflement de la rotation entre défense et semi-conducteurs, dont les relevés hebdomadaires de collecte donnent le pouls.
- Les méthodologies d'indices, dont les seuils de chiffre d'affaires et les plafonds de position déterminent la concentration réelle du portefeuille.
- Le sort des fonds sous-dimensionnés, l'encours de 6,88 millions de dollars du véhicule Xtrackers illustrant le seuil à partir duquel fermeture et reconversion deviennent les seules options.
Le pari sectoriel gagne en pureté à mesure que les indices se resserrent. Il gagne aussi en volatilité, et la question posée aux porteurs devient celle du fonds qu'ils détiennent réellement après le vote.