Analyse des marchés

Le CAC 40 recule pour la huitième séance d'affilée, une série inédite depuis 2017

Le CAC 40 a cédé 0,57 % à 8 453,09 points jeudi, sa huitième séance de baisse consécutive, une série inédite depuis novembre 2017. Le rebond du Brent vers 94 dollars et la tension sur les taux longs américains pèsent sur le luxe et l'automobile.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite de formes descendantes en cascade et de silhouettes architecturales parisiennes sur un dégradé bleu et vert, évoquant le repli prolongé de la Bourse de Paris

La Bourse de Paris a terminé la séance du jeudi 20 août 2026 sur un huitième repli consécutif. Le CAC 40 a cédé 0,57 % à 8 453,09 points et le SBF 120 a reculé de 0,56 % à 6 396,34 points. Selon le décompte de Zonebourse, il faut remonter à la mi-novembre 2017 pour retrouver une série de baisses aussi longue sur l'indice parisien.

L'ampleur du mouvement reste toutefois limitée. Depuis la clôture du 10 août, point de départ de la série, le CAC 40 abandonne 3,13 %. L'indice avait gagné 3,78 % lors des huit séances de hausse qui ont précédé, entre le 29 juillet et le 10 août. Le solde des deux séquences ressort à plus 0,53 %.

Le détail de la séance parisienne

Le repli s'est concentré sur deux secteurs. Le luxe a pesé le plus lourd, avec Kering en baisse de 3,63 %, LVMH de 2,8 % et Hermès de 2,1 %. L'automobile a suivi, Stellantis perdant 3,86 % et Renault 1,99 %. Ubisoft a abandonné 4,36 %.

Quelques valeurs ont résisté. Sartorius Stedim Biotech a bondi de 6,62 % après le relèvement de sa recommandation par UBS, dont l'objectif de cours passe de 220 à 260 euros. Michelin a gagné 1,14 %, JP Morgan portant son objectif de 35 à 42 euros. Eurofins Scientific s'est adjugé 3,06 % et Stef 3,28 %.

Le mouvement n'a pas été général en Europe. Le DAX de Francfort a limité son recul à 0,31 % quand le FTSE MIB de Milan a progressé de 0,15 %. L'euro s'échangeait à 1,1683 dollar.

Le pétrole repart vers 94 dollars

Le baril de Brent pour livraison en octobre a repris 2,3 % à 93,73 dollars, l'échéance équivalente sur le WTI américain s'établissant à 87,94 dollars. Cette poussée fait suite à l'annonce faite mercredi soir par Donald Trump de ce qu'il a qualifié de « D-Day économique » contre l'Iran.

Le président américain a décrit une combinaison d'isolement économique et de maintien du blocus dans le détroit d'Ormuz, voie de passage majeure du brut mondial fermée de fait depuis le début du mois de mars. Les Émirats arabes unis ont pour leur part suspendu leurs transactions financières et économiques avec Téhéran, après avoir accusé l'Iran d'avoir tiré des missiles balistiques sur leur territoire.

Pour les marchés européens, l'énergie fonctionne comme un canal de transmission direct : elle alimente les coûts des entreprises industrielles, pèse sur le pouvoir d'achat des ménages et repousse l'horizon d'une détente monétaire.

Pourquoi les taux longs américains pèsent sur Paris

Le second moteur de la séance vient des obligations. Le rendement du Trésor américain à dix ans est remonté de six points de base à 4,707 %, effaçant une partie de la détente observée la veille. Le taux à trente ans avait atteint la semaine passée son plus haut niveau depuis dix-neuf ans.

Le département du Trésor a annoncé qu'il porterait ses rachats de dette longue à au moins 4 milliards de dollars par opération à partir du 9 septembre, soit plus du double du rythme actuel, sur les maturités à dix, vingt et trente ans. Le soulagement obligataire de mercredi n'a pas tenu vingt-quatre heures.

« Les rachats améliorent le fonctionnement du marché mais ne traitent pas les raisons de fond de la hausse des taux longs : un endettement public massif, l'incertitude budgétaire, des risques inflationnistes persistants et une concurrence croissante pour le capital. »

Daniela Hathorn, analyste de marché senior chez Capital.com, auprès de Newsweek, 20 août 2026

La mécanique est connue des épargnants : quand le rendement sans risque monte, la valeur actualisée des bénéfices futurs baisse, et les actions les plus chèrement valorisées corrigent en premier. Le luxe coté à Paris entre dans cette catégorie.

La BCE reste suspendue au prix de l'énergie

La Banque centrale européenne a relevé ses trois taux directeurs de 25 points de base le 11 juin 2026. Depuis le 17 juin, le taux de la facilité de dépôt s'établit à 2,25 %, celui des opérations principales de refinancement à 2,40 % et celui de la facilité de prêt marginal à 2,65 %. Le 23 juillet, le Conseil des gouverneurs a maintenu ces niveaux.

Christine Lagarde a laissé la porte ouverte à un nouveau tour de vis en septembre, en désignant l'énergie comme la variable déterminante.

« L'impact inflationniste complet du choc énergétique reste à venir. »

Christine Lagarde, présidente de la BCE, conférence de presse du 23 juillet 2026

Les projections des services de la BCE publiées en juin tablent sur une inflation moyenne de 3,0 % en 2026, 2,3 % en 2027 et 2,0 % en 2028. L'inflation sous-jacente, hors énergie et alimentation, est attendue à 2,5 % en 2026 comme en 2027, puis 2,2 % en 2028. La croissance de la zone euro est estimée à 0,8 % cette année, 1,2 % l'an prochain et 1,5 % en 2028. Le Conseil des gouverneurs avait attribué la révision à la hausse de l'inflation à une trajectoire plus élevée des prix de l'énergie.

Walmart ravive le doute sur le consommateur américain

La séance a aussi été marquée par la publication trimestrielle du premier distributeur mondial. Les ventes à magasins comparables de Walmart aux États-Unis ont progressé de 2,6 %, contre 3,8 % attendu par le consensus. Hors pharmacie, la hausse ressort à 3,4 %. Le titre a chuté de 10 % à 102,85 dollars, un plus bas de neuf mois et sa plus forte baisse en une séance depuis mai 2022, effaçant environ 90 milliards de dollars de capitalisation.

Le détail des chiffres pointe vers la contrainte énergétique. Le groupe anticipe 2 milliards de dollars de surcoûts de carburant au-delà de sa prévision initiale. La fréquentation des magasins a progressé de 1,5 %, contre 3 % au trimestre précédent, et le panier moyen de 1,1 %, contre 3,1 % un an plus tôt. Le commerce en ligne a en revanche crû de 24 % et l'objectif annuel de ventes a été relevé à une fourchette de 4 à 5 %, contre 3,5 à 4,5 % auparavant.

« Quand les prix du carburant augmentent et dépassent 4 dollars, il y a sans doute un effet psychologique. Les consommateurs font des arbitrages. »

John David Rainey, directeur financier de Walmart

Brian Jacobsen, chef stratégiste économique chez Annex Wealth Management, a résumé la portée de la publication en la comparant à un avertissement de Nvidia pour le secteur technologique. Les autres statistiques américaines du jour ont pourtant surpris à la hausse : 206 000 inscriptions hebdomadaires au chômage, contre 210 000 attendues et 212 000 la semaine précédente, et un indice de la Fed de Philadelphie à 47,4 points, contre 24,1 attendus, au plus haut depuis avril 2021.

Les gérants restent acheteurs d'Europe

La série parisienne intervient après un premier semestre favorable aux actions du continent. Au 9 août, le Stoxx Europe 600 affichait une progression de 11 % depuis le 1er janvier, contre 3 % pour le S&P 500, l'indice sectoriel des banques européennes gagnant 22 %. Le Stoxx 600 se traitait alors à 15 fois les bénéfices attendus, sa plus faible décote face à l'indice américain depuis quatre ans.

L'enquête mensuelle de Bank of America auprès des gérants montrait un basculement de positionnement : une surpondération nette de 2 % sur les actions européennes en août, contre une sous-pondération de 15 % en juin.

« Il y a un véritable enthousiasme pour l'Europe. La résilience de la région a surpris le marché. »

Helen Jewell, BlackRock

Beata Manthey, stratégiste chez Citigroup, estimait que le sentiment des investisseurs restait bridé par la géopolitique et que sa clarification libérerait de la demande. Mark Haefele, directeur des investissements chez UBS Global Wealth Management, jugeait le moment venu de réexaminer les actions européennes, la balance des risques penchant selon lui vers des bénéfices supérieurs aux attentes. Ces avis datent du 9 août, avant l'escalade de la dernière semaine.

Ce que cela change pour votre épargne

Pour un épargnant français, trois compartiments sont concernés. Les plans d'épargne en actions et les unités de compte adossées aux grandes valeurs parisiennes ont absorbé un recul de 3,13 % en huit séances, après une hausse de 3,78 % sur les huit séances précédentes. L'amplitude reste dans les normes d'une correction d'été.

Les fonds en euros, eux, bénéficient mécaniquement de la remontée des rendements obligataires, qui améliore le rendement des nouvelles obligations achetées par les assureurs, avec un effet différé lié à la rotation lente des portefeuilles. Enfin, une hausse des taux directeurs de la BCE en septembre modifierait le calcul de rendement des livrets réglementés lors de la révision suivante et renchérirait le crédit immobilier.

Les échéances à surveiller

  • La réunion de politique monétaire de la BCE en septembre, dont l'issue dépend largement de la trajectoire des prix de l'énergie.
  • Le 9 septembre, date de mise en œuvre du doublement des rachats de dette longue par le Trésor américain.
  • L'évolution des négociations sur la réouverture du détroit d'Ormuz, fermé de fait depuis le début du mois de mars.
  • Les publications d'inflation de la zone euro attendues avant la décision de la BCE.
  • La capacité du CAC 40 à interrompre sa série, dont la longueur reste inédite depuis novembre 2017.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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