Marchés privés

Ménopause et ostéoporose : Cinven reprend Theramex à Carlyle et PAI Partners

Cinven va racheter Theramex, spécialiste londonien de la ménopause et de l'ostéoporose, pour environ 2,6 milliards d'euros. Carlyle et PAI Partners, qui l'avaient acquis près de 1,4 milliard d'euros en 2022, ont accepté de céder l'ancienne filiale de Merck KGaA.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Collage d'une balance en laiton portant des plaquettes de médicaments face à des pièces d'or, pour le rachat de Theramex par Cinven

Cinven va racheter Theramex, laboratoire londonien consacré à la santé des femmes, pour une valeur d'environ 2,6 milliards d'euros. Les fonds Carlyle et PAI Partners, actionnaires depuis 2022, ont accepté de céder ce spécialiste des traitements de la ménopause et de l'ostéoporose. L'opération a été rendue publique mardi 3 novembre 2026 à 10h45, heure de Paris. À 10h50, ni Cinven, ni Theramex, ni ses deux actionnaires n'avaient publié de communiqué, et le prix n'est donc pas encore confirmé par les parties.

Une valorisation proche du double de celle de 2022

En mars 2022, Carlyle et PAI Partners avaient repris Theramex à CVC Capital Partners. Les trois fonds n'avaient pas communiqué le prix, alors estimé à environ 1,2 milliard de livres sterling, soit près de 1,4 milliard d'euros au cours de l'époque. Si le montant de 2,6 milliards d'euros se confirme, la valeur de l'entreprise aurait progressé d'environ 80 % en un peu plus de quatre ans et demi.

CVC avait acheté ces actifs à Teva pour 703 millions de dollars. Le fonds a finalisé l'opération le 1er février 2018 et créé la société sous son nom actuel, avec un siège à Londres. Theramex aura ainsi changé trois fois de mains en moins de neuf ans, toujours au profit d'un fonds d'investissement.

Un laboratoire aux racines françaises

Avant son installation à Londres, Théramex était la branche européenne de santé féminine du groupe allemand Merck KGaA. Teva en a finalisé l'acquisition en janvier 2011. Le laboratoire comptait alors plus de 300 salariés en France et en Italie, ses deux principaux marchés, et vendait ses produits dans une cinquantaine de pays.

Le groupe revendique aujourd'hui plus de 500 salariés et plus de 20 produits, commercialisés dans plus de 50 pays en direct ou par l'intermédiaire de partenaires. Son portefeuille couvre la contraception, la fertilité, la ménopause, l'ostéoporose et la santé utérine, avec des marques comme Ovaleap, Zoely, Actonel, Estreva ou Lutenyl. En octobre 2023, il a repris à Viatris les droits européens de Duphaston et Femoston, deux traitements à base d'hormones.

Un acheteur qui connaît déjà le dossier

Le rachat comporte un lien direct entre vendeur et acquéreur. Philipp Meyer a rejoint Cinven comme associé le 3 février 2025, après 18 ans chez Carlyle, où il codirigeait l'activité santé en Europe. Il y avait participé à l'acquisition de Theramex pour 1,2 milliard de livres. Basé à Francfort, il couvre chez Cinven les pays germanophones et le secteur européen de la santé.

En 2022, Philipp Meyer et Lubna Qunash, alors directeurs généraux chez Carlyle, avaient ainsi justifié l'achat : « Nous pensons que la position ancienne et établie de Theramex comme champion de la santé des femmes, avec un portefeuille de produits large et complémentaire, constitue un atout distinctif qui place l'entreprise en bonne position pour poursuivre son succès. »

Cinven a déjà investi dans la pharmacie et les services de santé. Son historique compte STADA, fabricant allemand de génériques et de médicaments sans ordonnance, le laboratoire d'analyses médicales SYNLAB et Medpace, prestataire d'essais cliniques.

Une croissance par licences et partenariats

Sous Carlyle et PAI, Theramex a privilégié les accords externes à la recherche interne. Le 18 juin 2026, il a signé un partenariat de codéveloppement avec la biotech britannique Viramal. Son directeur général, Rob Stewart, déclarait alors : « Theramex s'engage à constituer un solide portefeuille d'actifs à un stade plus précoce en santé des femmes et à offrir aux femmes un large choix d'options à chaque étape de leur vie, en complément de notre solide portefeuille existant. »

Le 7 octobre 2026, Theramex a obtenu du chinois Asieris une licence exclusive sur CEVIRA, un traitement non chirurgical des lésions précancéreuses du col de l'utérus liées au papillomavirus, pour l'Europe, l'Australie et la Turquie notamment. Le contrat prévoit 15 millions de dollars à la signature et 11 millions de dollars de paiements d'étapes réglementaires à court terme, puis des paiements commerciaux et des redevances. Sa valeur totale dépasse 250 millions de dollars. Le paiement initial reste soumis à des conditions, dont un accord d'approvisionnement et des audits des sites de production.

Le point de vigilance réglementaire

Le dossier comporte une zone de risque pour l'acheteur. Le 17 avril 2026, l'instance britannique d'autorégulation du médicament, la PMCPA, a infligé un blâme public à Theramex HQ UK. Elle relève 13 manquements au code de l'industrie pharmaceutique, dont l'absence, pendant plusieurs années, de mise à jour des informations de prescription de la gamme Evorel (estradiol) et d'Intrarosa (prastérone).

Le 28 janvier 2026, avant la séance prévue en février, Theramex avait informé la PMCPA qu'il n'acceptait plus sa compétence et quittait le dispositif d'autorégulation. Le comité d'appel a estimé que ce départ traduisait un refus d'assumer la correction de ses défaillances. Le laboratoire relève désormais directement de l'agence britannique du médicament, la MHRA. Il devra se soumettre à un audit de la PMCPA s'il demande un jour à réintégrer le dispositif.

Ce que cette cession dit du non coté

La vente illustre le cycle d'un rachat avec effet de levier (LBO) : un fonds achète une entreprise, la développe pendant quelques années, puis la cède à un autre fonds. Pour Carlyle et PAI Partners, société parisienne issue de l'ancien groupe Paribas, dont elle s'est séparée en 2001, elle transforme en liquidités une participation détenue depuis 2022.

Pour les épargnants exposés au private equity par des FCPR, des fonds ELTIF ou des unités de compte non cotées en assurance vie, une cession de ce type est l'étape où la valeur estimée d'une participation devient un gain réalisé, susceptible d'être redistribué aux porteurs de parts. La performance finale dépend toutefois du prix effectivement encaissé et de la dette remboursée au moment de la vente.

Les prochaines étapes

  • Le communiqué officiel des parties, qui confirmera ou non le montant de 2,6 milliards d'euros et précisera le fonds Cinven mobilisé.
  • Le calendrier de finalisation et les autorisations des autorités de la concurrence.
  • La suite donnée aux constats de la PMCPA, sous la supervision de la MHRA.
  • La levée des conditions de la licence CEVIRA, dont une clarification attendue avec la Commission européenne sur l'évaluation clinique du dispositif.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.