Analyse des marchés

Yachts d'occasion : 762 millions d'euros vendus en juillet, un rebond de 89 %

Le marché du yacht d'occasion a rebondi de 89,3 % en valeur en juillet 2026, à 762,4 millions d'euros pour 52 ventes, après un semestre en repli de 8 % en volume. Plus de 1 100 baisses de prix affichés et la refonte de la TAEMUP au 1er janvier 2027 rebattent les cartes.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite d'une coque de yacht fendant la Méditerranée et des flux de valeur du marché du courtage nautique

Le marché du yacht d'occasion vient de signer son meilleur mois de juillet depuis plusieurs saisons. Selon les données BOATPro publiées le 10 août 2026 par BOAT International, 52 navires de plus de 24 mètres ont changé de mains au cours du mois, pour une valeur cumulée de 762,4 millions d'euros. Juillet 2025 avait vu 32 transactions pour 291,1 millions d'euros. La progression atteint 89,3 % en valeur et 62,5 % en nombre d'unités.

La plus lourde opération du mois porte sur Neninka, un Amels de 67,6 mètres livré en 2019, seul exemplaire construit du modèle LE 220. Burgess a bouclé la vente en interne le 30 juillet, Rupert Nelson et John St Hill représentant le vendeur, Tim Vickers l'acquéreur. Le navire, dessiné par le Britannique Tim Heywood avec des aménagements de Winch Design, affichait un dernier prix demandé de 85 millions d'euros. Le montant effectivement payé n'a pas été rendu public.

Moins de transactions, des tickets nettement plus élevés

Ce sursaut estival succède à six mois de contraction en volume. Le rapport trimestriel de Northrop & Johnson, publié le 16 juillet 2026 sous la signature de Miriam Cain et Christina Murphy, recense 326 ventes de navires d'occasion de plus de 24 mètres au premier semestre 2026, contre 354 sur la même période de 2025, soit un repli de 8 %. La valeur agrégée progresse en revanche de 15 %, à 3,51 milliards de dollars contre 3,05 milliards. Le ticket moyen passe ainsi de 8,6 à 10,8 millions de dollars.

Le détail par segment est plus heurté. Les unités à moteur concentrent 3,44 milliards de dollars, en hausse de 18 %. La voile tombe à 79,5 millions de dollars, en recul de 47 %. Au 1er juillet, 2 157 navires étaient proposés à la vente dans le monde, soit 17 % de la flotte recensée par le courtier, pour un stock affiché de 18,8 milliards de dollars. Les 661 annonces nouvelles du semestre portent sur des bateaux âgés de seize ans en moyenne.

Plus de mille baisses de prix affichés

Northrop & Johnson a comptabilisé plus de 1 100 réductions de prix demandé sur le premier semestre, à un niveau supérieur à celui d'un an plus tôt. Juillet en a fourni des illustrations spectaculaires. Le 90 mètres Oceanco Luna a vu son prix reculer de 10 millions d'euros, à 208 millions, tout en restant le troisième yacht le plus cher du marché mondial. Le Heesen de 50 mètres Ela a cédé 4,325 millions et changé de devise de référence, passant de 38,5 millions de dollars à 29,5 millions d'euros. Le voilier Vitters W Magic, livré en 2025, abandonne 3,1 millions pour s'établir à 41,9 millions d'euros. Le Fitzroy Ohana, l'Admiral Althea et le Holland Jachtbouw Fabulous Character ont subi des coupes comprises entre 2 et 2,8 millions.

Ces révisions traduisent surtout un réalignement des attentes des vendeurs sur le prix que le marché accepte réellement. « Je vois une nette césure entre les annonces anciennes et de moindre qualité, qui s'éternisent », relevait Sam Tucker, courtier chez Moravia Yachting, dans un panel de prévisions publié par Superyacht Investor le 23 décembre 2025. Dans le même exercice, Simon Goldsworthy, courtier chez Edmiston, jugeait que « les très fortunés semblent prêts et disposés à payer pour la rareté de l'offre », tandis qu'AJ Blackmon, directeur général d'Ikonic Yachts, décrivait « une phase de croissance maîtrisée » sur les 40 à 60 mètres, « moins écumeuse que la période du Covid ».

L'affrètement se décide au dernier moment

Le revenu de location, pilier du modèle économique de la propriété partagée, envoie des signaux mêlés. Au deuxième trimestre 2026, Northrop & Johnson a enregistré 3 390 réservations d'affrètement, contre 3 589 un an plus tôt, soit une baisse de 5,5 %. Le nombre de départs effectifs a dans le même temps bondi de 40,1 %, à 2 884 contre 2 059. Le délai moyen entre la réservation et l'embarquement s'est comprimé de 118 jours en 2025 à 83 jours en 2026.

La Méditerranée capte près de 80 % des réservations à l'entrée de la saison. Le bassin occidental en concentre 546 sur les 1 162 recensées pour le mois de juin, avec Athènes (161 réservations), Nice (53) et Monaco (46) en tête des ports d'embarquement. La durée médiane d'une location est passée de sept à huit jours.

Le coût de détention reste le vrai juge de paix

Pour un épargnant français, le budget récurrent pèse plus lourd que le prix d'acquisition. Les professionnels du secteur retiennent une fourchette de 8 à 12 % de la valeur du navire par an, tous postes confondus. Passé 20 mètres, avec un équipage permanent basé en Méditerranée, les estimations sectorielles montent à 15 voire 20 %. La masse salariale d'un équipage de grande unité représente 700 000 à 900 000 euros par an, la place de port de 0,5 à 1 % de la valeur du navire, l'assurance de 0,8 à 1,2 %.

C'est cette équation qui alimente la copropriété de yacht, où quatre à huit quirataires se répartissent un même navire de 20 à 40 mètres. En pratique, un huitième de part ouvre droit à environ six semaines de navigation par an, un quart à douze ou treize. Le droit maritime français reconnaît la copropriété par quirats aux côtés de la société civile et de l'indivision. Les gains de cession d'une part se calculent après réintégration des amortissements déjà pratiqués, ce qui gonfle mécaniquement la base imposable à la revente.

Le dimensionnement de ce segment reste flou. Les cabinets d'études publient des estimations qui vont de 1,5 à 7,4 milliards de dollars pour des périmètres voisins, un écart de un à cinq qui invite à la prudence sur les projections de croissance régulièrement citées par les opérateurs.

La fiscalité du plaisancier bascule au 1er janvier 2027

Un paramètre proprement français va changer. La taxe annuelle sur les engins maritimes à usage personnel (TAEMUP) frappe aujourd'hui tout navire dont la longueur de coque atteint 7 mètres, ainsi que les unités plus courtes dotées d'au moins 22 chevaux administratifs. Le ministère chargé de la mer indique que sa refonte prendra effet au 1er janvier 2027 : la part motorisation basculera des chevaux administratifs vers le kilowatt, avec un seuil d'assujettissement porté à 120 kW pour les coques courtes, un barème de coque revalorisé et une minoration pour les propulsions électriques et hydrogène. Les abattements d'ancienneté actuels, compris entre 33 et 80 % selon l'année de construction, sont revus. Les yachts de 30 mètres et plus équipés d'au moins 750 kW n'y ont jamais eu accès.

La filière conteste la copie. Dans un communiqué commun du 3 février 2026, la Confédération du nautisme et de la plaisance et la Fédération des industries nautiques ont réclamé une réécriture, qualifiant le texte de réforme « injuste, illisible et pénalisante pour les plaisanciers modestes ». Les deux organisations plaident pour un barème simplifié à deux tranches, assorti d'un seuil d'exonération fixé à 60 kW.

Le décor industriel national reste dégradé. Lors de son assemblée générale du 31 mars 2026, la Fédération des industries nautiques a fait état d'une production française de 7 063 unités sur la saison nautique close en 2025, en repli de 16 %, pour un chiffre d'affaires de 1,49 milliard d'euros, en baisse de 17 %. La voile décroche de 27 %, à 2 373 bateaux produits. Le marché de l'occasion résiste mieux, avec plus de 56 000 unités échangées et un recul limité à 3 %. La fédération anticipe un rebond de 5 à 8 % au second semestre 2026.

Ce qu'il faut surveiller

Deux échéances vont préciser la tendance. Le Cannes Yachting Festival se tient du 8 au 13 septembre 2026, suivi du Monaco Yacht Show du 23 au 26 septembre. Le carnet de commandes y sera scruté de près : 936 unités étaient en construction lors de la publication du rapport trimestriel, dont 879 à moteur, l'Italie en concentrant 519 réparties entre 41 chantiers actifs, devant la Turquie (106 navires) et les chantiers néerlandais (59).

Les ventes de navires neufs ont reculé à 142 unités au premier semestre, contre 177 un an plus tôt. La tranche des 30 à 40 mètres fait exception avec 45 ventes, en hausse de 18 %. Le calendrier de livraison 2026 porte sur 466 bateaux, contre 411 en 2025. Un afflux d'unités récentes sur le marché secondaire pèserait sur les valeurs de revente au moment même où les copropriétés constituées pendant l'euphorie de 2021 à 2023 arrivent à leurs premières fenêtres de sortie.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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