Mélenchon présente un contre-budget 2027 : 106,4 milliards de recettes, 25 milliards pour la dette
LFI propose pour 2027 un budget rectificatif de 106,4 milliards d'euros de recettes nouvelles et 81,7 milliards de dépenses, l'écart de 25 milliards allant au désendettement. Flat tax supprimée, ISF climatique, taxe Zucman et succession sont visés.
La France insoumise (LFI) a présenté mercredi 14 octobre 2026, au siège du mouvement, le budget qu'elle ferait voter pour 2027 si Jean-Luc Mélenchon remportait l'élection présidentielle. Le texte, conçu comme un « budget rectificatif » appelé à remplacer celui du gouvernement de Sébastien Lecornu, prévoit 106,4 milliards d'euros de recettes supplémentaires et 81,7 milliards d'euros de dépenses nouvelles. L'écart, environ 25 milliards d'euros, serait « attribué à la diminution de la dette », selon le candidat.
Un solde de 25 milliards présenté comme une « rationalité économique »
Jean-Luc Mélenchon a défendu une démarche de « rationalité économique ». Il s'appuie sur des recommandations d'économistes qui chiffrent à au moins 125 milliards d'euros l'effort budgétaire nécessaire sur le prochain quinquennat. Le détail des mesures a été exposé par Éric Coquerel, député LFI et président de la commission des finances de l'Assemblée nationale.
« Non seulement nous injectons plus de 81 milliards d'euros dans les carnets de commandes », a déclaré Éric Coquerel, pour qui le projet dégage malgré tout un excédent affecté au désendettement.
Le candidat a assumé l'arrondi de ses chiffres : « J'utilise des formules arrondies pour que chacun ne ressente pas des malaises excessifs ». Il a inscrit le projet en rupture avec ce qu'il appelle la « culture dominante » du néolibéralisme, en reprochant à Emmanuel Macron, François Hollande et Nicolas Sarkozy un appauvrissement méthodique de l'État. « Si vous nous jugez d'après les critères du néolibéralisme, nos projets sont inacceptables », a ajouté Jean-Luc Mélenchon.
Où LFI trouverait 106,4 milliards d'euros
Le volet recettes repose presque entièrement sur la fiscalité du capital et des hauts patrimoines. Les principaux postes chiffrés par le mouvement sont les suivants :
- Réduction des niches fiscales : 22 milliards d'euros ;
- Droits de succession sur les héritages : 20 milliards d'euros ;
- Taxe Zucman sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d'euros : 15 milliards d'euros escomptés ;
- ISF climatique, version renforcée de l'impôt sur la fortune : 10 milliards d'euros ;
- Suppression de la flat tax (prélèvement forfaitaire unique sur les revenus du capital) : 9 milliards d'euros ;
- Taxes sur les rachats d'actions et sur les transactions financières : 7,5 milliards d'euros, auxquels s'ajoutent une taxe sur les cryptoactifs, une réforme de l'impôt sur les sociétés et une taxe sur les géants du numérique portée à 15 %.
81,7 milliards de dépenses, retraites et jeunesse en tête
Côté dépenses, la mesure la plus coûteuse concerne la rémunération des agents publics, chiffrée à 17 milliards d'euros. Suivent la garantie d'autonomie pour les jeunes, fixée à 1 337 euros par mois (9,5 milliards d'euros), et l'abrogation de la réforme des retraites d'Élisabeth Borne avec un retour de l'âge légal à 62 ans (9 milliards d'euros).
Le programme prévoit aussi 10 milliards d'euros pour l'action climatique, 8 milliards pour l'indexation des pensions et des prestations assortie d'une hausse de 10 % des aides personnalisées au logement, 3,6 milliards pour la gratuité des cantines, 3 milliards pour un plan d'urgence hospitalier de 10 000 postes, 3 milliards pour l'assurance chômage et 500 millions pour 10 000 postes d'enseignants.
Face au projet du gouvernement : deux trajectoires opposées
Le contre-budget arrive alors que l'Assemblée nationale examine le projet de loi de finances (PLF) pour 2027, présenté en Conseil des ministres le 1er octobre. Le gouvernement y annonce un effort de 54 milliards d'euros, principalement sur la dépense, pour ramener le déficit public de 5,4 % du PIB attendu en 2026 à 5,0 % en 2027. Selon Bercy, la dette publique atteindrait 121,7 % du PIB en 2027, un niveau sans précédent depuis 1995.
Les deux approches divergent sur le levier principal. L'exécutif mise sur la maîtrise des dépenses, quand LFI relève les prélèvements de plus de 100 milliards d'euros pour financer de nouvelles dépenses et dégager un solde positif. Le mouvement estime ainsi faire mieux que le gouvernement sur la dette tout en soutenant l'activité ; ses détracteurs objectent depuis plusieurs années que les rendements attendus des taxes sur le patrimoine dépendent fortement des comportements d'expatriation et d'optimisation des contribuables visés.
Les montants avancés par LFI n'ont, à ce stade, fait l'objet d'aucun chiffrage indépendant publié par le Haut Conseil des finances publiques ou par une institution économique. Le rendement de la taxe Zucman, en particulier, reste disputé : les députés l'avaient rejetée le 31 octobre 2025 lors de l'examen du budget 2026, par 228 voix contre 172.
Ce que le projet changerait pour les épargnants
Plusieurs mesures toucheraient directement la fiscalité de l'épargne. La suppression du prélèvement forfaitaire unique ramènerait les dividendes, intérêts et plus-values mobilières au barème progressif de l'impôt sur le revenu, ce qui alourdirait la note des foyers situés dans les tranches supérieures. Le relèvement annoncé des droits de succession et l'ISF climatique viseraient en priorité les transmissions et les patrimoines élevés, tandis que la réduction de 22 milliards d'euros des niches fiscales pourrait toucher des dispositifs de défiscalisation aujourd'hui utilisés par les ménages aisés.
À ce stade, LFI n'a pas précisé quelles niches seraient supprimées, ni les barèmes exacts de l'ISF climatique et des droits de succession. Ces paramètres conditionneront le coût réel pour les détenteurs d'assurance vie, de portefeuilles de titres ou de biens immobiliers.
Les prochaines étapes à surveiller
- Le vote de la première partie du PLF 2027 à l'Assemblée nationale, prévu le 20 octobre, puis le vote sur l'ensemble du texte le 17 novembre ;
- La publication éventuelle du détail chiffré des barèmes fiscaux proposés par LFI ;
- Les premières évaluations indépendantes du contre-budget par des économistes et des instituts ;
- La revue de la note souveraine française par Moody's, attendue le 23 octobre, dans un contexte où le coût de la dette pèse sur les arbitrages budgétaires.
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