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Schneider Electric proche d'un accord à 20 milliards de dollars pour racheter l'américain PTC

Schneider Electric négocie le rachat de l'éditeur américain de logiciels industriels PTC pour environ 20 milliards de dollars. Un accord pourrait être annoncé dès ce lundi. Ce serait la plus grosse acquisition de son histoire.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Collage d'un plan d'ingénierie et d'une armoire électrique, illustrant le projet de rachat de l'éditeur PTC par Schneider Electric

Schneider Electric est sur le point de conclure le rachat de PTC, l'éditeur américain de logiciels de conception et de gestion du cycle de vie des produits industriels, pour environ 20 milliards de dollars (près de 17,8 milliards d'euros au cours de référence de la BCE du 2 octobre). Révélée dimanche 4 octobre au soir par le Financial Times, l'information a été confirmée dans la nuit par des sources proches du dossier citées par Reuters et par Bloomberg, cette dernière évoquant un montant « de plus de 20 milliards de dollars ».

Un accord pourrait être annoncé dès lundi 5 octobre, selon ces sources. Les discussions entre les deux groupes se poursuivaient toutefois et rien ne garantit qu'elles aboutissent, a précisé à Reuters une personne proche des négociations. À 3h10, heure de Paris, ni Schneider Electric ni PTC n'avaient publié de communiqué, et aucun document n'avait été déposé auprès de la SEC, le gendarme boursier américain.

Le plus gros rachat de l'histoire du groupe

Si elle se concrétise, l'opération serait la plus importante acquisition jamais réalisée par Schneider Electric, selon les données compilées par Bloomberg. Le précédent dossier phare du groupe dans le logiciel reste AVEVA : Schneider Electric, qui en détenait environ 59 %, a racheté le solde au prix de 3 225 pence par action, une offre qui valorisait l'éditeur britannique à 9,86 milliards de livres. L'opération a été finalisée le 18 janvier 2023.

Le montant évoqué dépasse nettement la valeur boursière de la cible. À la clôture du vendredi 2 octobre, l'action PTC valait 144,03 dollars sur le Nasdaq, pour une capitalisation de 15,63 milliards de dollars selon les données de LSEG. Rapportés à ce chiffre, 20 milliards de dollars représenteraient une prime d'environ 28 %. Aucune des sources ne précise si ce montant inclut la dette de PTC, ni quel prix par action serait proposé, ni la part de numéraire et de titres.

Côté acquéreur, l'action Schneider Electric a terminé vendredi à 303 euros sur Euronext Paris, en hausse de 3,55 %, pour une capitalisation d'environ 170 milliards d'euros. Une transaction de 17,8 milliards d'euros pèserait donc un peu plus de 10 % de sa valeur boursière.

PTC, l'outil des bureaux d'études

Basé à Boston, PTC emploie plus de 7 000 personnes. Son catalogue couvre la conception assistée par ordinateur (Creo, Onshape), la gestion du cycle de vie des produits (Windchill, Arena), la gestion des exigences logicielles (Codebeamer) et le service après vente (ServiceMax). Le groupe, dirigé par Neil Barua, s'est recentré sur ces métiers : il a finalisé le 13 mars 2026 la cession de ses activités Kepware et ThingWorx au fonds TPG, encaissant 523 millions de dollars à la clôture.

Au troisième trimestre de son exercice 2026, publié le 29 juillet, PTC a réalisé un chiffre d'affaires de 600 millions de dollars, contre 644 millions un an plus tôt. Ses revenus récurrents annualisés (ARR), hors activités cédées, atteignaient 2 412 millions de dollars, en progression de 9,1 % à change constant. L'éditeur a relevé sa prévision annuelle de chiffre d'affaires à une fourchette de 2 690 à 2 750 millions de dollars, avec un flux de trésorerie disponible attendu autour de 850 millions.

Le titre reste toutefois loin de ses sommets : à 144,03 dollars, il cède environ 30 % par rapport à son plus haut des douze derniers mois (206,82 dollars). PTC avait déjà attiré un prétendant à l'été 2025, quand Autodesk avait étudié un rachat avant d'y renoncer le 14 juillet 2025.

Une série d'achats dans le logiciel depuis juin

PTC viendrait compléter une série d'opérations menées sous la direction d'Olivier Blum. Le 30 juin 2026, Schneider Electric a annoncé l'acquisition de Cognite, éditeur de plateformes de données industrielles et d'intelligence artificielle, pour 3,1 milliards de dollars entièrement en numéraire. Le 24 septembre, le groupe a conclu un accord en vue d'une offre publique à 70 euros par action sur le bulgare Shelly Group, fabricant d'appareils connectés pour la maison, une opération d'environ 1,2 milliard d'euros.

« Cette acquisition renforce AVEVA, la société de logiciels industriels détenue à 100 % par Schneider Electric, dans les segments du marché à plus forte croissance. »

Olivier Blum, directeur général de Schneider Electric, à propos de Cognite, communiqué du 30 juin 2026 (traduction France Épargne)

La logique industrielle se lit dans la répartition des rôles : PTC intervient en amont, au stade de la conception des produits, quand AVEVA et Cognite servent surtout l'exploitation des usines et des infrastructures. Réunis, ces trois ensembles couvriraient l'ensemble du cycle, du plan de la pièce à la maintenance de la machine.

Les moyens financiers et la question du capital

Schneider Electric aborde l'opération avec des résultats solides. Au premier semestre 2026, son chiffre d'affaires a atteint 21,2 milliards d'euros, en croissance organique de 14 %, pour un résultat opérationnel ajusté (EBITA) de 4,1 milliards d'euros et un bénéfice net en hausse de 30 %, à 2,5 milliards. Le groupe a relevé fin juillet sa prévision de croissance organique annuelle à une fourchette de 10 à 13 %.

Une acquisition de cette taille pose néanmoins une question d'allocation du capital. Lors de sa journée investisseurs du 11 décembre 2025, Schneider Electric avait annoncé un programme de rachat d'actions pouvant atteindre 3,5 milliards d'euros d'ici 2030, son premier depuis près de trois ans, ainsi que des cessions portant sur 1 à 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires. Selon le montage retenu, dette, numéraire ou émission d'actions, l'endettement du groupe et le rythme de ces retours aux actionnaires pourraient être affectés.

Arguments en présence

  • Le scénario favorable : PTC génère des revenus récurrents en croissance d'environ 9 % à change constant et un flux de trésorerie disponible élevé. Associé à AVEVA et Cognite, il donnerait à Schneider Electric une offre logicielle couvrant la conception, la fabrication et l'exploitation.
  • Le scénario prudent : le chiffre d'affaires trimestriel publié de PTC recule de près de 7 % sur un an, sous l'effet des cessions, et le groupe français devra intégrer trois acquisitions en quelques mois. Le prix payé et le financement détermineront l'effet sur le bénéfice par action.
  • Les autorisations : le rachat d'une société cotée au Nasdaq exigera l'accord des actionnaires de PTC et des autorités de concurrence. Il pourrait aussi être examiné par le CFIUS, le comité américain qui contrôle les investissements étrangers.

Ce que les épargnants doivent suivre lundi

Premier test : l'ouverture d'Euronext Paris, puis celle du Nasdaq. Schneider Electric figure parmi les premières capitalisations du CAC 40 et se retrouve dans de nombreux fonds actions logés en assurance vie ou dans un plan d'épargne en actions (PEA). Un communiqué officiel préciserait le prix par action, la prime, le financement et le calendrier de finalisation.

Tant qu'aucune annonce n'est publiée, les termes rapportés par la presse peuvent encore évoluer, voire ne pas aboutir. Le calendrier offrira ensuite deux autres rendez vous : le chiffre d'affaires du troisième trimestre de Schneider Electric, attendu autour du 28 octobre, puis les résultats annuels de PTC, début novembre.

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Tags :

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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