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EDF cède Hynamics, sa filiale hydrogène, au fonds Hy24 adossé à Ardian

EDF a signé un accord pour céder sa filiale hydrogène Hynamics au fonds Hy24, coentreprise d'Ardian et FiveT Hydrogen. Le prix n'est pas dévoilé et la réalisation est attendue au premier trimestre 2027.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Collage de bouteilles de stockage d'hydrogène et d'un dossier de contrat, illustrant la cession d'Hynamics par EDF au fonds Hy24

EDF a signé, mardi 14 octobre 2026, un accord en vue de céder Hynamics, sa filiale de production d'hydrogène bas carbone, au gestionnaire d'actifs français Hy24. Le communiqué publié par le groupe précise que l'acquéreur agit à travers son fonds « Clean Hydrogen Infrastructure » et que le vendeur est EDF Pulse Ventures, la structure de capital risque d'EDF. Le montant de la transaction n'a pas été communiqué.

La réalisation de l'opération « pourrait intervenir au premier trimestre 2027 », après levée des conditions suspensives, dont l'obtention des autorisations réglementaires nécessaires, indique EDF. Hy24 est une coentreprise créée en 2021 par la société de gestion Ardian et FiveT Hydrogen.

Ce que contient l'accord annoncé par EDF

Hynamics, créée en 2019, produit et commercialise de l'hydrogène bas carbone pour le transport lourd et l'industrie, au travers de projets en France et au Royaume Uni. Selon le communiqué, l'opération vise à « favoriser la création d'un champion français et britannique de l'hydrogène bas carbone ».

EDF présente la vente comme conforme à la doctrine d'EDF Pulse Ventures : accompagner ses participations jusqu'à une nouvelle phase de croissance, puis les confier à des actionnaires disposant des moyens et de l'expertise nécessaires. Julien Villeret, directeur de l'innovation du groupe, résume ce choix :

« La cession du capital d'Hynamics à l'un des acteurs majeurs du développement de l'hydrogène en Europe est une excellente opportunité pour accélérer le développement du portefeuille de projets d'Hynamics. » Julien Villeret, directeur de l'innovation du groupe EDF, communiqué du 14 octobre 2026.

Du côté de l'acheteur, Pierre-Etienne Franc, cofondateur et directeur général d'Hy24, insiste sur le besoin de capitaux d'une filière encore jeune :

« Pour réussir le passage à l'échelle en Europe, la filière doit pouvoir s'appuyer sur des acteurs industriels solides et des partenaires financiers à même de structurer les financements nécessaires à son déploiement. Cet accord illustre cette dynamique de consolidation autour des projets les plus prometteurs, au service de la sécurité énergétique européenne. » Pierre-Etienne Franc, cofondateur et directeur général d'Hy24.

Un processus de vente ouvert depuis mars

La transaction conclut une recherche d'investisseurs engagée au printemps. En mars 2026, EDF avait confirmé au site spécialisé GreenUnivers l'ouverture du capital d'Hynamics à de nouveaux investisseurs, avec un mandat confié à Natixis et un objectif de bouclage avant la fin de l'année. La filiale, dirigée depuis sa création par Christelle Rouillé, comptait alors 160 salariés selon ce média.

Le processus s'annonçait difficile. En juillet, GreenUnivers rapportait qu'un acteur du secteur jugeait Hynamics « largement surévaluée », en évoquant un portefeuille de projets hétérogène et encore peu mature, et la possibilité de dépréciations sur certains actifs. EDF avait entre temps engagé un recentrage de la filiale. Le communiqué d'octobre parle désormais de « cession du capital », sans préciser si EDF conserve une participation résiduelle.

Fawley, le projet qui liait déjà les deux partenaires

Les deux sociétés se connaissent. En juillet 2025, Hynamics UK et Hy24 avaient signé un partenariat exclusif pour développer et financer le projet Fawley, dans le Hampshire, en Angleterre : un électrolyseur de 120 MW prévu à côté de la raffinerie Esso de Fawley, pour un investissement d'environ 300 millions de livres. Le projet, présélectionné en 2025 dans le second cycle d'aides britannique à l'hydrogène (Hydrogen Allocation Round 2), doit approvisionner le complexe pétrochimique d'ExxonMobil et éviter jusqu'à 100 000 tonnes de CO₂ par an, selon les partenaires.

En France, Hynamics a notamment installé à Auxerre une station de production d'hydrogène par électrolyse de l'eau destinée aux bus du réseau urbain, dans le cadre d'un partenariat noué en 2020 avec la communauté d'agglomération de l'Auxerrois et Transdev.

Pourquoi EDF se sépare de son véhicule hydrogène

La vente s'inscrit dans un mouvement plus large de cessions. Fin 2025, plusieurs sources de presse ont fait état d'un plan d'adaptation sur trois ans portant sur environ 20 milliards d'euros d'actifs, mêlant ventes, ouvertures de capital de filiales et transferts de participations, pour concentrer les moyens du groupe sur le nucléaire et l'hydroélectricité. En juin 2026, EDF a conclu la vente de ses activités renouvelables nord américaines (5,6 GW de capacité nette) au fonds KKR, une opération valorisée près de 4,2 milliards de dollars selon l'AFP.

Le contraste avec les ambitions affichées en 2022 est net. EDF visait alors, avec son plan hydrogène, 3 GW d'électrolyse à l'horizon 2030. L'État a lui même revu sa trajectoire : la stratégie nationale hydrogène mise à jour le 16 avril 2025 ramène l'objectif national à 4,5 GW d'électrolyse en 2030 et 8 GW en 2035, contre 6,5 GW et 10 GW auparavant, en raison d'un déploiement plus lent que prévu.

Hy24, un acheteur en phase d'accumulation

Pour Hy24, Hynamics est la troisième opération annoncée depuis la mi septembre. Le 14 septembre 2026, la société a signé l'acquisition de la participation de 20 % d'Uniper dans OPAL, un gazoduc allemand d'environ 470 km en cours de conversion pour le réseau central d'hydrogène du pays. Deux jours plus tard, elle a pris 29 % du projet Onuba porté par Moeve en Espagne, présenté comme le plus grand projet d'hydrogène renouvelable d'Europe avec 2 GW.

Le fonds « Clean Hydrogen Infrastructure » a été clos en octobre 2022 à 2 milliards d'euros. Il réunit des industriels (Air Liquide, TotalEnergies, Vinci) et des investisseurs institutionnels, dont l'assureur AXA, l'ERAFP (le régime de retraite additionnelle des fonctionnaires), Groupama et Société Générale Assurances.

Ce que l'opération signifie pour les épargnants

La transaction illustre un transfert de risque. Un groupe détenu à 100 % par l'État, qui doit financer la relance du nucléaire, sort d'une activité aux rendements incertains. Le relais est pris par un fonds d'infrastructure dont une partie des capitaux provient d'assureurs et de caisses de retraite, donc indirectement de l'épargne des ménages.

Les fonds d'infrastructure non cotés visent des flux de long terme, souvent appuyés sur des contrats ou des subventions publiques, comme le mécanisme britannique dont bénéficie Fawley. Leur contrepartie tient à une liquidité réduite et à une valorisation peu transparente, deux points que le débat sur le prix d'Hynamics a rappelés. La rentabilité de projets comme Fawley dépendra du coût de l'électricité, du prix des électrolyseurs et du maintien des aides publiques.

Les prochaines étapes

  • Autorisations réglementaires : elles conditionnent la réalisation, attendue au premier trimestre 2027.
  • Prix de cession : ni EDF ni Hy24 ne l'ont publié ; il pourrait apparaître dans les comptes annuels 2026 du groupe.
  • Décision finale d'investissement à Fawley : elle constituera le premier test du nouvel actionnaire.
  • Suite du plan de cessions d'EDF : Edison et Dalkia figurent parmi les actifs cités pour une ouverture de capital.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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