L'UE et Manille annoncent un accord commercial substantiel, signature visée en 2027
Bruxelles et Manille ont annoncé le 22 septembre un accord substantiel sur leur futur traité de libre-échange, scellé par visioconférence entre Maroš Šefčovič et Cristina Roque. La conclusion formelle est attendue dans les mois à venir, pour une signature visée en 2027.
L'Union européenne et les Philippines ont annoncé le 22 septembre 2026 un accord substantiel sur leur futur traité de libre-échange. Le commissaire européen au commerce et à la sécurité économique Maroš Šefčovič et la secrétaire philippine au commerce et à l'industrie Ma. Cristina A. Roque ont rendu publique cette percée à l'issue d'une visioconférence, selon la déclaration conjointe diffusée par la Commission européenne. Les deux responsables décrivent une étape qui place le texte « sur une trajectoire claire vers sa conclusion formelle dans les mois à venir ».
La formulation compte autant que l'annonce. Bruxelles et Manille ne signent rien aujourd'hui : ils actent un compromis politique sur l'essentiel du paquet et renvoient la mise au net aux équipes techniques. La déclaration précise que les négociateurs ont reçu pour instruction de « finaliser l'accord dès que possible ».
Une percée annoncée depuis deux capitales
Le décor prévu était tout autre. Le 14 septembre, la Commission confirmait à Euronews que Maroš Šefčovič se rendrait à Manille la semaine suivante pour boucler le dossier. Le déplacement a finalement été abandonné, comme l'a rapporté le service spécialisé MLex le 21 septembre, et l'accord a été scellé par écran interposé.
La veille de l'annonce, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen s'était entretenue par téléphone avec le président philippin Ferdinand R. Marcos Jr. Le compte rendu officiel de cet échange fixe la suite du calendrier : la présidente « espère revenir aux Philippines en 2027 pour signer » le traité. Elle y a également félicité Manille pour sa présidence de l'Association des nations de l'Asie du Sud Est (ASEAN) et rappelé la solidarité européenne face aux revendications maritimes visant l'archipel.
Onze ans de négociations en pointillé
Le dossier traîne depuis une décennie. Les négociations d'un accord de commerce et d'investissement avaient été lancées le 22 décembre 2015. Un deuxième cycle s'est tenu en février 2017, puis les discussions ont été gelées. Un exercice technique d'évaluation a été engagé en juillet 2023, avant que la reprise officielle des pourparlers ne soit annoncée le 18 mars 2024.
Depuis cette relance, sept cycles formels se sont tenus, le dernier du 29 juin au 3 juillet 2026. Cristina Roque avait alors reconnu un blocage : « Juin ou juillet, nous espérions vraiment conclure, mais il y avait vraiment un petit point de blocage », déclarait-elle au quotidien philippin The Philippine Star, en citant l'agriculture comme dernier obstacle. Elle fixait déjà la cible : « Notre objectif est de conclure cette année et de signer l'an prochain. »
Où en étaient les négociateurs
Début septembre, la négociatrice en chef de la Commission Dora Correia détaillait l'état des lieux devant la commission du commerce international du Parlement européen. Les chapitres sur le commerce et le développement durable ainsi que sur le commerce numérique étaient provisoirement clos, les règles de propriété intellectuelle agréées, et les Philippines avaient publié pour objection les 196 indications géographiques européennes proposées par Bruxelles.
Restaient ouverts l'accès au marché pour les produits les plus sensibles, les services et l'investissement, et surtout les marchés publics. Dora Correia soulignait qu'il s'agirait de la première fois que Manille prend des engagements d'ouverture de sa commande publique dans un accord commercial. Cristina Roque avait indiqué en juillet que ce verrou avait sauté grâce à une ouverture par étapes : « Puisque c'est la première fois que nous avons un accord comportant des marchés publics, nous avons convenu de procéder par phases. »
Un responsable européen avait par ailleurs qualifié d'« ambitieuses » les règles sanitaires et phytosanitaires négociées sur les produits alimentaires, aux côtés de normes automobiles destinées à améliorer l'accès des constructeurs européens au marché philippin.
Le compte à rebours du régime SPG+
L'urgence tient à un calendrier réglementaire. Les Philippines bénéficient depuis décembre 2014 du schéma de préférences généralisées renforcé (SPG+), qui supprime les droits de douane sur deux tiers des catégories de produits en contrepartie de la mise en œuvre effective de conventions internationales sur les droits humains, le travail, l'environnement et la bonne gouvernance. En 2023, 73 % des exportations philippines éligibles sont entrées dans l'Union à taux préférentiel.
Ce régime est appelé à disparaître pour Manille. La Banque mondiale a classé l'archipel parmi les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, un statut qui fait mécaniquement sortir un bénéficiaire du dispositif. Devant les eurodéputés, Dora Correia situait cette échéance vers 2029 et prévenait que le pays n'aurait alors qu'une année pour s'adapter. Sans traité de substitution, des droits de douane s'appliqueraient de nouveau des deux côtés. Une fois l'accord signé, une période de transition de deux ans doit lisser le passage de l'ancien régime préférentiel au nouveau.
Le cadre général a lui été renouvelé : le nouveau règlement SPG, signé le 18 juin 2026 et publié au Journal officiel le 22 juin, s'applique à partir du 1er janvier 2027 pour dix ans, avec une liste portée à 32 conventions internationales à ratifier pour accéder au volet SPG+.
Des flux commerciaux modestes et déséquilibrés
Les chiffres de la Commission remettent l'annonce à sa juste échelle. Les échanges bilatéraux de biens ont atteint 17,6 milliards d'euros en 2025, avec 9,5 milliards d'importations européennes contre 8,1 milliards d'exportations, soit un déficit de 1,4 milliard pour l'Union. Les services ont représenté 10,3 milliards d'euros en 2024, avec cette fois un excédent européen de 0,7 milliard.
Le stock d'investissements directs européens aux Philippines s'élevait à 15,4 milliards d'euros en 2024, contre 2,4 milliards dans l'autre sens. L'Union est le quatrième partenaire commercial de l'archipel et pèse 8,3 % de son commerce de biens, quand les Philippines se classent au 38e rang des partenaires de l'Union et représentent 0,3 % de ses échanges de marchandises.
Bruxelles enchaîne les accords en Asie
L'annonce s'inscrit dans une séquence dense. La Commission a conclu son accord de libre-échange avec l'Inde en janvier 2026, après près de vingt ans de discussions. Le 21 septembre, en marge de l'Assemblée générale des Nations unies, Ursula von der Leyen, le président du Conseil européen António Costa et le premier ministre australien Anthony Albanese ont salué la conclusion des négociations d'un traité commercial avec Canberra. La Thaïlande figure sur la liste suivante.
Le compte rendu de l'échange avec Ferdinand Marcos Jr. réaffirme l'ambition régionale : conclure des accords « tout aussi ambitieux » dans l'ensemble de l'ASEAN, alors que les relations entre l'Union et le bloc asiatique fêteront leur cinquantenaire en 2027. Manille accueille par ailleurs le sommet de l'ASEAN en novembre.
Les objections qui restent posées
L'accord ne fait pas l'unanimité à Bruxelles. Dans une lettre adressée le 17 juin 2026 à Maroš Šefčovič, à la haute représentante Kaja Kallas et aux eurodéputés du groupe de suivi sur les Philippines, Human Rights Watch a demandé de conditionner la conclusion du traité à l'adoption de mesures législatives protégeant la société civile, les syndicalistes et les responsables autochtones. L'organisation, par la voix d'Elaine Pearson et de Philippe Dam, fait valoir que les dispositions habituelles sur le développement durable « restent en deçà d'un calendrier de réformes » et que le suivi de l'accord suppose une participation réelle des organisations indépendantes.
Un second front s'est ouvert au Parlement européen autour de la réciprocité. Les eurodéputés se demandent comment l'Industrial Accelerator Act, encore en cours de finalisation entre les États membres et le Parlement, restreindra l'accès des entreprises étrangères aux marchés publics européens. Le président de la commission du commerce international Bernd Lange a estimé que les Philippines devraient figurer sur toute liste de pays exemptés si un accord était conclu. Manille a déjà exprimé ses réserves sur les clauses d'achat européen du texte, au moment même où l'Union lui demande d'ouvrir sa propre commande publique.
Ce que les épargnants français peuvent en retenir
L'effet direct sur les portefeuilles reste marginal : 0,3 % du commerce extérieur européen ne déplace aucun indice. La portée est ailleurs. Bruxelles multiplie les traités bilatéraux en Asie et dans le Pacifique pour diversifier ses débouchés dans un environnement tarifaire devenu instable, et chaque accord réduit la dépendance des exportateurs européens à un nombre restreint de marchés. Les secteurs européens cités par les négociateurs, automobile, agroalimentaire et biens industriels, sont précisément ceux qui pèsent dans les indices boursiers de la zone euro.
La chaîne de ratification reste longue. Après la conclusion formelle viendront la révision juridique, la traduction, la décision de signature du Conseil et l'approbation du Parlement européen. Le calendrier annoncé par la Commission vise une signature en 2027, aux Philippines.
Ce qu'il faut surveiller
- La conclusion formelle des négociations, attendue « dans les mois à venir » selon la déclaration conjointe.
- Le sommet de l'ASEAN de novembre 2026 à Manille, que Cristina Roque avait désigné comme échéance politique.
- Le sort du volet marchés publics, première ouverture de ce type consentie par les Philippines.
- Les conditions posées par le Parlement européen, sur les droits humains comme sur la réciprocité industrielle.
- L'articulation entre l'entrée en vigueur du traité et l'extinction du SPG+ autour de 2029.
Sources
- Commission européenne, déclaration conjointe de la secrétaire Roque et du commissaire Šefčovič, 22 septembre 2026
- Commission européenne, compte rendu de l'entretien von der Leyen et Marcos, 21 septembre 2026
- Reuters, EU and Philippines agree on free trade deal, 22 septembre 2026
- Commission européenne, relations commerciales avec les Philippines
- Borderlex, EU and Philippines edge towards free trade deal, 3 septembre 2026
- Euronews, EU trade chief to visit Manila to finalise Philippines trade deal, 14 septembre 2026
- The Philippine Star, Philippines wants to wrap up FTA talks with European Union before November, 20 juillet 2026
- Commission européenne, schéma de préférences généralisées
- Human Rights Watch, Letter on the EU-Philippines Free Trade Agreement, 17 juin 2026
- Commission européenne, réunion trilatérale des dirigeants UE et Australie, 21 septembre 2026
- Commission européenne, EU and India conclude landmark Free Trade Agreement
- Commission européenne, accord UE et Philippines, historique des négociations