Fonds & Investissements

Voitures de collection : le crédit adossé aux véhicules bondit de 73 % chez Hagerty

Hagerty a publié le 5 août des résultats records : trois millions de véhicules assurés et un portefeuille de prêts adossés aux voitures de collection en hausse de 73 %, à 146,6 millions de dollars. Le marché de fond, lui, reste atone à l'ouverture des enchères de Monterey.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite du financement des actifs de collection, courbes automobiles chromées et flux de capitaux en bleu profond et vert

Le marché des voitures de collection s'est longtemps réglé au comptant, entre passionnés. Les comptes publiés le 5 août 2026 par Hagerty, assureur spécialisé coté à la Bourse de New York, racontent autre chose. Le portefeuille de prêts adossés à des véhicules de collection de sa filiale Broad Arrow Capital atteignait 146,6 millions de dollars au 30 juin, en progression de 73 % sur un an. Sur son propre bilan, le groupe porte 88 millions de dollars de dette liée à ce portefeuille, sur 216 millions de dette totale.

Cette mécanique intéresse directement les épargnants exposés à la classe d'actifs. Un marché qui se finance à crédit gagne en fluidité quand les prix montent et se grippe plus vite quand ils reculent. Les indicateurs publiés par Hagerty décrivent pourtant un marché de fond peu dynamique, au moment où la semaine d'enchères de Monterey, ouverte le 13 août en Californie, s'annonce comme la plus chère de son histoire.

Un assureur devenu prêteur et commissaire priseur

Hagerty assure des véhicules de collection depuis quarante ans. Le groupe a franchi le cap des trois millions de véhicules assurés au deuxième trimestre 2026, avec 1,9 million de contrats en portefeuille, en hausse de 19 % sur un an. Il revendique 279 000 nouveaux membres sur le premier semestre, un record pour la société.

Le groupe est aussi devenu opérateur de marché. Sa maison de ventes Broad Arrow a réalisé 240 millions de dollars de ventes agrégées aux enchères sur le semestre, en hausse de 92 %, avec un taux de vente de 91 %. Hagerty publie par ailleurs le Hagerty Price Guide, grille de cotation utilisée par une partie des acheteurs. Assurer, coter, vendre puis prêter : la chaîne est désormais intégrée chez un même acteur, ce qui pose une question de gouvernance que la publication trimestrielle n'aborde pas.

Des primes en forte hausse, un chiffre d'affaires en repli

Les primes émises ont atteint 425 millions de dollars au deuxième trimestre, en hausse de 19 %, et 713 millions sur le semestre. Le chiffre d'affaires recule pourtant de 6 %, à 355 millions sur le trimestre et 667 millions sur le semestre, contre 708 millions un an plus tôt.

L'écart tient à un changement de structure entré en vigueur le 1er janvier 2026. En reprenant à Markel la totalité du risque de souscription, Hagerty a supprimé de ses comptes consolidés 144 millions de dollars de commissions au deuxième trimestre et 247 millions sur le semestre. Les primes acquises bondissent de 42 %, à 492 millions, tandis que les commissions et honoraires chutent de 84 %, à 40 millions. Le résultat net trimestriel ressort à 8 millions de dollars, pour une perte nette de 5 millions sur le semestre.

La rentabilité technique reste solide. Le ratio de sinistralité de Hagerty Re s'établit à 40,6 % sur le semestre, contre 42,2 % un an plus tôt, pour un ratio combiné de 88,1 % et un taux de rétention des clients de 88,2 %. Le groupe a relevé ses objectifs annuels : croissance des primes émises de 16 % à 17 %, résultat net compris entre 18 et 30 millions de dollars, excédent brut d'exploitation ajusté de 270 à 280 millions.

« Le premier semestre 2026 a été le meilleur de l'histoire de Hagerty, et nos résultats nous donnent la confiance nécessaire pour relever nettement nos objectifs annuels », a déclaré McKeel Hagerty, président directeur général du groupe.

Monterey ouvre la semaine la plus chère de son histoire

Cinq grandes maisons de ventes dispersent leurs catalogues en Californie du 13 au 16 août : Bonhams, Broad Arrow, Gooding Christie's, Mecum et RM Sotheby's. Hagerty situe le point médian de sa prévision autour de 470 millions de dollars, avec un scénario haut proche de 496 millions. Le total de 2025 s'était établi à 432,8 millions.

La composition du millésime compte autant que le montant global. L'assureur attend 177 lots adjugés à plus d'un million de dollars, contre un record de 158 en 2022, et estime que les supercars modernes représenteront environ 60 % des montants échangés. Broad Arrow y tient sa première vente au Quail Golf Club de Carmel, les 13 et 14 août, avec environ 175 voitures au catalogue.

Un marché en forme de K

Le contraste avec le marché de fond est net. Le Hagerty Market Rating, indicateur composite de santé du secteur, s'établit à 59,01, un niveau que l'assureur qualifie de marché plat. Le Hagerty Market Index, sa déclinaison de type boursier, recule de 17 % par rapport à son sommet de décembre 2022 et évolue au plus bas depuis plus de quatre ans.

Les prix médians peinent à suivre l'inflation, alors que les acheteurs très fortunés continuent d'aligner des adjudications à sept et huit chiffres. Le segment situé sous 250 000 dollars s'est nettement affaibli depuis deux ans. Les records de Monterey mesurent donc la concentration de la richesse davantage que la vitalité de la classe d'actifs dans son ensemble.

Quels risques pour les fonds passion

Les véhicules d'investissement collectifs achètent rarement les pièces à huit chiffres qui font les gros titres. Leur univers se situe le plus souvent entre 100 000 et 2 millions d'euros, précisément la zone où les indices se tassent. La montée du financement à crédit y ajoute un facteur nouveau : elle soutient les prix tant que les taux et les valorisations coopèrent, et amplifie les cessions forcées dans le cas inverse.

Broad Arrow Capital cible des prêts supérieurs à 250 000 dollars, accordés à des particuliers fortunés et à des sociétés, adossés aux véhicules mis en garantie. Ce type de financement restait marginal il y a cinq ans. Sa croissance de 73 % en douze mois modifie la structure de liquidité du marché : elle facilite les arbitrages en période calme et concentre le risque sur quelques prêteurs spécialisés en cas de retournement.

Comment un épargnant français peut s'exposer

L'achat direct demeure le mode d'accès dominant, avec ses contraintes : local adapté, entretien régulier, restauration, assurance dédiée et absence de revenu courant. Les fonds d'investissement en voitures de collection mutualisent l'acquisition, la garde et la revente de plusieurs véhicules, ce qui dispense le souscripteur de gérer un actif physique. La contrepartie tient aux frais de gestion et à une durée de blocage souvent longue.

La fiscalité française encadre la sortie. La cession d'un objet de collection supporte une taxe forfaitaire de 6,5 %, calculée sur le prix de vente dès lors qu'il dépasse 5 000 euros. Le vendeur peut lui préférer le régime d'imposition des gains de cession de biens meubles, au taux global de 36,2 %, assorti d'un abattement de 5 % par année de détention à compter de la troisième année et d'une exonération totale après 22 ans, à condition de justifier la date et le prix d'acquisition.

Ce qu'il faut surveiller

Trois échéances méritent l'attention dans les prochaines semaines. Le total définitif des ventes de Monterey, connu à partir du 17 août, dira si la prévision de 470 millions de dollars était prudente ou optimiste. La prochaine mise à jour du Hagerty Market Rating indiquera ensuite si le segment intermédiaire se stabilise ou poursuit son érosion.

La finalisation du rachat de Bennetts, deuxième courtier britannique en assurance moto spécialisée, annoncée le 2 juillet pour 34 millions de livres sterling et attendue au troisième trimestre, précisera enfin les ambitions européennes du groupe. Elle doit tripler son chiffre d'affaires britannique, à environ 25 millions de livres.

Pour l'épargnant, la lecture est double. La classe d'actifs se professionnalise, avec des données de cotation, des circuits de financement et des acteurs cotés en Bourse. Elle demeure illiquide, concentrée sur un petit nombre de modèles et dépourvue de revenu courant, ce qui la cantonne à une poche minoritaire au sein d'un patrimoine diversifié.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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