Entreprises

Warren Buffett cède la présidence de Berkshire à son fils Howard, 71 ans

Berkshire Hathaway a nommé Warren Buffett président émérite le 18 septembre et élu son fils Howard président du conseil. Greg Abel garde la direction générale. Le titre gagne 1,3 % depuis janvier contre 11,6 % pour le S&P 500.

Rédacteur en chef, France Épargne
8 min de lecture688 vues
Illustration abstraite de la transmission de la présidence d'un conglomérat financier américain, piliers institutionnels et flux de capitaux

Berkshire Hathaway a annoncé le 18 septembre 2026 que Warren Buffett devenait président émérite du conseil d'administration, avec effet immédiat, et que son fils aîné Howard G. Buffett était élu président du conseil. L'investisseur de 96 ans conserve son siège d'administrateur. Susan L. Decker reste administratrice référente indépendante. Le communiqué publié depuis Omaha clôt une séquence de succession ouverte en mai 2025 et confirme la répartition des rôles au sommet du conglomérat, valorisé environ 1 090 milliards de dollars.

La bascule était attendue. Greg Abel a pris la direction générale le 1er janvier 2026, après avoir dirigé depuis 2018 l'ensemble des activités non assurantielles du groupe. Buffett conservait depuis lors la présidence du conseil, dernière fonction d'un mandat entamé en 1965. Il avait déjà cédé à Abel la rédaction de la lettre annuelle aux actionnaires et renoncé à monter sur scène lors de l'assemblée générale de mai.

Ce que dit la lettre aux actionnaires

Buffett a accompagné l'annonce d'une lettre de deux pages adressée aux porteurs de titres. Il y justifie le calendrier par la performance de son successeur : « Mes attentes à son égard étaient très élevées dès le départ, et il les a dépassées », écrit-il à propos d'Abel. « Il prend depuis un certain temps les décisions qui comptent, et aucune ne m'a obligé à y revenir à deux fois. Le moment est donc venu d'achever la transition. »

La formule qui a circulé dans toutes les rédactions financières ferme la lettre : « Le temps finit toujours par gagner. Il a cependant été généreux avec moi. » Buffett y ajoute une précision sur la nature du poste confié à son fils : « Greg dirige l'entreprise ; Howard veillera sur sa culture et ses valeurs, l'une et l'autre valant plus que tout ce qui figure à notre bilan. » L'image qu'il emploie ensuite emprunte au métier d'assureur du groupe : « Voyez Howard comme une police d'assurance que les actionnaires détiennent et espèrent ne jamais avoir à actionner. »

Un président non exécutif de 71 ans

Howard Buffett, 71 ans, siège au conseil de Berkshire depuis 1993, soit trente-trois ans. Son père souligne que cet apprentissage dépasse le sien : lui avait pris les commandes à 34 ans. Le nouveau président n'exerce aucune fonction opérationnelle et ne décide ni des acquisitions ni de l'allocation du capital, deux prérogatives qui restent chez Abel.

Son parcours se situe largement hors de la finance. Il dirige depuis 1999 la fondation Howard G. Buffett, centrée sur la sécurité alimentaire mondiale et la réduction des conflits, et a été ambassadeur de bonne volonté contre la faim auprès du Programme alimentaire mondial des Nations unies pendant près d'une décennie. Il a siégé aux conseils d'Archer Daniels Midland, de ConAgra Foods, de The Coca-Cola Company, de Coca-Cola Enterprises et de Lindsay Corporation, dont il a présidé le conseil. Il exploite par ailleurs une ferme familiale dans l'Illinois et a exercé la charge de shérif du comté de Macon entre septembre 2017 et novembre 2018.

Greg Abel a commenté la nomination au nom du conseil : « L'empreinte de Warren sur Berkshire et sur ses actionnaires est sans équivalent dans l'histoire des affaires américaines », a déclaré le directeur général. « La culture que Warren a bâtie et les valeurs qu'il a défendues resteront au cœur de Berkshire, et Howard en sera le gardien. »

Les chiffres derrière la transmission

Le document de convocation déposé auprès de la Securities and Exchange Commission éclaire le rapport de force actionnarial. Buffett détient 196 317 actions de catégorie A, soit 38,4 % de cette classe, et 1 114 actions de catégorie B. Cet ensemble lui confère 30,2 % des droits de vote pour un intérêt économique de 13,7 %, l'écart provenant du fait qu'une action A pèse un vote contre un dix millième de vote pour une action B. Howard Buffett, lui, ne détient que 10 actions A et 2 450 actions B. Son autorité tient donc au mandat que lui confie le conseil.

Cette dissymétrie a une échéance. Buffett s'est engagé en juillet à céder l'intégralité de sa participation, estimée autour de 140 milliards de dollars, à quatre fondations familiales d'ici au 31 décembre 2034. Chaque conversion d'actions A en actions B destinées au don détruit mécaniquement l'essentiel des droits de vote attachés au bloc converti. Le pouvoir de contrôle du fondateur s'éteint donc selon un calendrier publié, ce qui déplace la question de la gouvernance vers les administrateurs indépendants et vers l'administratrice référente, Susan Decker.

Côté exploitation, le deuxième trimestre a livré un bénéfice opérationnel de 12,98 milliards de dollars contre 11,16 milliards un an plus tôt. La trésorerie est retombée à 365,5 milliards de dollars fin juin, après un record de 397,4 milliards au trimestre précédent : Abel a engagé environ 4,5 milliards en rachats d'actions sur le trimestre, contre 235 millions au premier, et Berkshire est redevenu acheteur net d'actions à hauteur de près de 20 milliards après quatorze trimestres de cessions nettes.

Le marché reste tiède

La cotation a à peine réagi. L'action de catégorie B a clôturé à 509,20 dollars la veille de l'annonce et s'échangeait à un niveau voisin à l'ouverture de la séance du vendredi. Depuis le 1er janvier, le titre gagne 1,3 % quand le S&P 500 progresse de 11,6 %, un écart de plus de dix points pour un indice que Buffett a longtemps utilisé comme étalon de sa propre performance. Le ratio cours sur actif net tourne autour de 1,44 fois.

Christopher Davis, associé chez Hudson Value Partners, lit l'annonce comme un signal positif : « Si la performance du titre a été frustrante cette année malgré des tendances favorables dans les activités sous-jacentes, l'annonce du passage de Warren Buffett au statut de président émérite constitue un nouvel exemple de bonne gouvernance à Berkshire », estime l'investisseur.

La lecture opposée porte sur la valorisation. Cathy Seifert, analyste chez CFRA Research, rappelle l'origine du supplément de prix dont le titre a longtemps bénéficié : « Une prime était accordée à l'action Berkshire en raison de sa solidité financière et de la présence de cet investisseur célèbre qui allouait le capital », observe-t-elle. Le raisonnement est mécanique : si une part du cours rémunérait la signature d'un allocataire de capital unique, son retrait progressif justifie un ajustement. Michael Withers, enseignant à l'université de Notre Dame, déplace le débat : « Buffett semble avoir compris que lui succéder ne consistait pas seulement à trouver un autre dirigeant hors du commun », note l'universitaire, pour qui l'architecture du conseil compte autant que le choix de l'homme.

Ce que l'épargnant français peut en retenir

La performance historique donne la mesure de ce qui se transmet. De 1965 à 2025, Berkshire a affiché un gain annuel composé de 19,9 % contre 10,4 % pour le S&P 500 dividendes réinvestis, soit une valeur multipliée par plus de 55 000 quand l'indice la multipliait par environ 390. Aucun successeur ne sera jugé sur ce barème, et Buffett lui-même avait prévenu de longue date que la taille du groupe interdit désormais ce rythme.

L'exposition directe reste marginale en France. Le titre Berkshire n'est pas éligible au plan d'épargne en actions, réservé aux valeurs européennes, et quelques assureurs seulement le référencent en unité de compte au sein de contrats d'assurance vie, généralement par l'intermédiaire d'un certificat. La voie la plus courante pour un épargnant français consiste à détenir Berkshire indirectement, via un fonds indiciel répliquant le S&P 500 ou un indice large d'actions américaines, où le conglomérat figure parmi les principales pondérations.

La leçon la plus transposable relève de la gouvernance. En dissociant la direction générale confiée à Abel et la présidence du conseil confiée à Howard Buffett, Berkshire adopte le schéma que le code Afep-Medef présente comme l'une des deux formules possibles pour les sociétés cotées françaises, à côté de l'unicité des fonctions de président directeur général. La dissociation vise l'équilibre des pouvoirs : le conseil se dote d'un président distinct du dirigeant qu'il contrôle, la révocation du directeur général relevant du conseil dans son ensemble et non du seul président. Pour un porteur d'unités de compte investies en actions, la solidité de ce contrepoids pèse sur le risque de long terme autant que les résultats trimestriels.

Trois échéances à surveiller

La publication des comptes du troisième trimestre montrera si Abel poursuit le déploiement de la trésorerie au rythme engagé au printemps. La prochaine lettre annuelle, désormais signée du directeur général, dira quel ton la nouvelle équipe adopte face aux actionnaires. Enfin le calendrier de cession des titres de Buffett, borné à fin 2034, réduira année après année les droits de vote du fondateur et transférera le centre de gravité de la gouvernance vers les administrateurs indépendants.

Tags :

#berkshire-hathaway#warren-buffett#howard-buffett#greg-abel#gouvernance#succession#actions-americaines#assurance-vie#sp-500#omaha#conseil-administration

À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

Approfondir avec nos guides