Matières premières

Le brut retombe à 100,34 dollars et desserre l'étau sur les taux, l'or se reprend

Le Brent a fini lundi à 100,34 dollars, en baisse de 3,4 %, après quatre séances de reflux qui lui ont coûté 8,41 dollars. Ce répit allège la pression sur la Fed et sur la BCE, et l'or s'est repris en Asie, à 4 400,10 dollars sur le contrat de décembre.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite de flux pétroliers déclinants et de particules dorées ascendantes, en dégradé bleu profond et vert émeraude

Le Brent a clôturé lundi 21 septembre 2026 à 100,34 dollars le baril, en recul de 3,4 %, sa quatrième séance de baisse consécutive, selon les relevés de Kitco. Le contrat américain WTI a terminé à 95,78 dollars, en repli de 4,5 %. Depuis sa clôture du 15 septembre à 108,75 dollars, la référence européenne a effacé 8,41 dollars, soit 7,7 % de sa valeur en quatre séances.

Ce reflux a changé l'humeur de tous les marchés. Le rendement du dix ans américain est revenu autour de 4,95 %, après avoir frôlé des niveaux inédits depuis 2007. Le Nasdaq Composite a signé un record de clôture en gagnant 2,3 %, à 27 122,09 points, tandis que le S&P 500 progressait de 1,5 %, à 7 764,70 points, et le Dow Jones de 0,7 %, à 52 048,83 points. En Europe, le CAC 40 a pris 0,9 %, le DAX 1,1 % et le Stoxx Europe 600 1,0 %.

L'or a suivi une trajectoire en deux temps. Le métal au comptant s'échangeait près de 4 337,20 dollars l'once après la clôture américaine de lundi, en baisse de 0,95 % sur la séance, pénalisé par la fermeté du dollar. En séance asiatique mardi, le contrat à terme de décembre sur le Comex cotait 4 400,10 dollars à 0h23 GMT, en hausse, Bloomberg attribuant le mouvement au repli du brut et à son effet sur les anticipations de resserrement monétaire.

Un détroit qui se dégage sans se normaliser

La cause du mouvement se lit dans les statistiques de navigation. Le pétrole saoudien transitant par le détroit d'Ormuz a atteint 2,9 millions de barils par jour en moyenne sur les six derniers jours, contre environ 700 000 barils par jour en août, selon les données citées par Kitco. Le trafic de navires marchands suivis dans le détroit reste pourtant faible : 17 bâtiments recensés sur la fin de semaine, contre 37 une semaine plus tôt.

La seconde jambe du mouvement est diplomatique. Les cours ont commencé à céder après que Donald Trump a laissé entendre qu'il était disposé à rencontrer la partie iranienne en marge de l'Assemblée générale des Nations unies, qui se tient cette semaine à New York. Le président iranien Massoud Pezeshkian doit s'y rendre. Le marché en a déduit qu'une désescalade était possible, sans qu'aucun accord ait été annoncé.

L'écart entre ces deux signaux résume la fragilité du reflux. Les flux saoudiens se rétablissent, mais le trafic global reste amputé et une partie des exportations circule transpondeurs éteints. La situation n'est ni un blocage complet, ni un retour à la normale.

L'or tiraillé entre le dollar et la désinflation

Le métal jaune se trouve pris entre deux forces de sens contraire. La baisse du brut réduit mécaniquement la composante énergétique de l'inflation attendue, ce qui plaide pour un assouplissement des anticipations de taux et soutient un actif qui ne verse aucun revenu. Mais la fermeté du dollar et des rendements réels élevés jouent en sens inverse.

« Des facteurs fondamentaux contradictoires façonnent le marché », résume Rania Gule, analyste de marché chez XS.com, citée par Kitco.

Le positionnement reflète cette hésitation. Les gérants de fonds détenaient 133 116 contrats nets acheteurs sur l'or au Comex lors du dernier relevé de la CFTC, en repli de 1 856 contrats sur la semaine. Sur l'argent, la position nette acheteuse est bien plus modeste, à 13 124 contrats. Le métal gris cotait 66,080 dollars l'once après la clôture de lundi.

Naeem Aslam, directeur des investissements de Zaye Capital Markets, décrit la même configuration : la demande de valeur refuge reste intacte, mais le niveau des rendements obligataires demeure l'obstacle principal à une sortie franche par le haut.

Ce que la Fed a déjà fait, ce que le marché price encore

Le comité de politique monétaire américain a relevé le 16 septembre sa fourchette cible de 25 points de base, à 3,75 % à 4,00 %, sa première hausse depuis 2023. La médiane des projections des membres situe toujours le taux à 4,1 % en fin d'année, ce qui implique un tour de vis supplémentaire.

Le marché ne l'a pas effacé. Les contrats à terme intégraient lundi une probabilité de 88 % d'une nouvelle hausse en décembre, alors que les statistiques publiées la semaine passée ont surpris à la hausse : les ventes de détail d'août ont progressé de 1,2 % et les inscriptions hebdomadaires au chômage sont retombées à 196 000.

Austan Goolsbee, président de la Réserve fédérale de Chicago, a averti lundi matin que les chocs d'offre pouvaient imposer à la banque centrale un arbitrage douloureux entre emploi et inflation. La baisse du brut retire précisément une partie de ce choc d'offre, sans lever la contrainte salariale et tarifaire qui nourrit l'inflation des services.

Pour Francfort, le seuil de Martin Kocher est atteint, pas franchi

La Banque centrale européenne (BCE) maintient son taux de facilité de dépôt à 2,50 % et son taux de refinancement principal à 2,65 %, selon les séries quotidiennes de son portail de données. Elle a relevé ses taux deux fois en trois mois.

Le niveau atteint par le baril tombe exactement sur la ligne de partage que l'institution avait tracée. Les projections publiées le 10 septembre retiennent un baril à environ 88 dollars dans le scénario central, qui donne une inflation harmonisée de 3,0 % en 2026, 2,5 % en 2027 et 2,1 % en 2028. La variante défavorable retient environ 100 dollars et débouche sur 3,1 %, puis 3,2 % et 2,3 %, soit un dépassement de la cible pendant deux années consécutives.

Martin Kocher, gouverneur de la banque centrale d'Autriche et membre du Conseil des gouverneurs, avait prévenu le Financial Times le 12 septembre que la BCE devrait relever de nouveau ses taux si le baril se maintenait autour de 100 dollars jusqu'à la fin de l'année. À 100,34 dollars, sa condition est remplie, non démentie. Le reflux des quatre dernières séances ramène le marché vers le seuil d'alerte plutôt qu'il ne l'en éloigne.

Le calendrier laisse peu de place à l'ambiguïté : le Conseil des gouverneurs se réunit sur la politique monétaire le 29 octobre, puis le 17 décembre 2026. C'est cette dernière échéance que visait l'avertissement autrichien.

Le pétrole entre directement dans le calcul du Livret A

Pour un épargnant français, le lien est plus direct qu'il n'y paraît. L'Insee a mesuré une hausse des prix de 2,4 % sur un an en août, dont l'essentiel provient de l'énergie, en progression de 16,7 % sur douze mois. Hors tabac, l'indice qui sert de référence au Livret A ressort à 2,3 %.

La rémunération du Livret A, fixée à 1,70 % depuis le 1er août, se situe donc 0,6 point sous la hausse des prix. Sur un livret rempli à son plafond de 22 950 euros, l'écart représente environ 138 euros de pouvoir d'achat perdu sur douze mois.

La formule légale combine deux grandeurs mesurées sur le semestre écoulé : l'inflation hors tabac en glissement annuel et l'€STR, le taux au jour le jour du marché monétaire de la zone euro. Un brut durablement plus bas pèse sur la première composante, et une BCE qui renonce à resserrer pèse sur la seconde. Les deux jouent dans le même sens pour la révision du 1er février 2027, celle d'une baisse du taux servi.

Le paradoxe mérite d'être posé sans détour : le reflux du pétrole améliore le rendement réel de l'épargne réglementée à court terme, puisque l'inflation recule plus vite que le taux servi, mais il prépare une rémunération nominale plus faible l'an prochain. L'avantage fiscal du livret reste entier, dans un environnement où le prélèvement forfaitaire unique atteint 31,4 % depuis le relèvement de la CSG sur les revenus du capital à 10,6 %.

Ce qu'il faut surveiller

  • La tenue du baril sous 100 dollars dans la durée, seule condition capable de neutraliser l'avertissement de Martin Kocher avant la réunion du 17 décembre.
  • Le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, dont la normalisation reste très partielle malgré le rétablissement des flux saoudiens.
  • L'issue des contacts en marge de l'Assemblée générale des Nations unies, qui détermine la prime de risque géopolitique incorporée dans les cours.
  • Le rendement du dix ans américain, dont le maintien près de 5 % continue de plafonner l'or malgré la détente sur l'énergie.
  • Les prochaines statistiques d'inflation en zone euro, qui arbitreront entre le scénario central de la BCE et sa variante défavorable.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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