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Lloyd's of London encaisse 1,4 milliard de livres de pertes liées à la guerre au Golfe

Lloyd's of London chiffre à 1,4 milliard de livres les pertes issues du conflit au Golfe, un montant supérieur à sa facture ukrainienne de 2022. Le marché londonien affiche malgré tout 3,5 milliards de bénéfice avant impôt et un ratio combiné de 90,8 % au premier semestre 2026.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite de la concentration des risques de guerre dans un marché d'assurance, en tons bleu profond et vert

Le marché d'assurance Lloyd's of London a publié le 3 septembre 2026 ses résultats du premier semestre. Au milieu d'une série de chiffres solides figure une ligne que la place londonienne n'a pas mise en avant dans son communiqué : 1,4 milliard de livres de pertes issues du conflit au Golfe qui oppose Washington à Téhéran depuis la fin février.

La formule exacte du rapport semestriel est sobre. La rentabilité technique « est restée robuste malgré 1,4 milliard de livres de pertes découlant du conflit au Moyen Orient ». Cette phrase apparaît à la page 8 du document, dans la revue financière du marché, et non dans le communiqué de presse ni dans les chiffres clés mis en avant sur le site. Le montant place cet épisode devant la facture ukrainienne de 1,1 milliard de livres que Lloyd's avait reconnue en 2022.

Un semestre solide, une facture de guerre en embuscade

Les agrégats du semestre restent favorables. Les primes brutes émises progressent de 6,9 % à 34,7 milliards de livres, contre 32,5 milliards un an plus tôt. Le ratio combiné s'améliore à 90,8 %, contre 92,5 % au premier semestre 2025, ce qui traduit un bénéfice technique de 1,9 milliard de livres contre 1,5 milliard. Un ratio combiné inférieur à 100 % signifie que les primes encaissées couvrent les sinistres et les frais.

Le bénéfice avant impôt ressort à 3,5 milliards de livres, en recul de 16,8 % sur un an. La croissance des primes tient à un effet volume de 15,8 %, atténué par un effet de change défavorable de 2,2 % et surtout par une baisse tarifaire de 6,7 % à risque constant, contre 3,5 % de baisse un an plus tôt.

Deux montants de 1,4 milliard qu'il faut distinguer

La lecture demande de la précision. Le rapport chiffre à 1,4 milliard de livres les pertes du conflit. Dans un passage distinct, consacré aux catastrophes naturelles, le directeur général indique que les sinistres majeurs du marché ont atteint 1,4 milliard de livres, « soit 32 % de moins qu'au premier semestre 2025 ». Le ratio de sinistres majeurs recule effectivement à 6,8 % des primes acquises nettes, contre 10,4 %.

Lloyd's ne publie ni réconciliation entre ces deux agrégats, ni ventilation du sinistre de guerre par branche. Ce que le semestre montre clairement, c'est qu'une saison de catastrophes naturelles inhabituellement calme, avec environ 44 milliards de dollars de pertes assurées dans le monde, a coïncidé avec l'arrivée d'une facture géopolitique lourde.

L'analyse sectorielle donne un indice. La branche Specialty, qui abrite traditionnellement les risques de violence politique, de terrorisme et de guerre, voit ses sinistres bruts passer de 395 millions à 1 304 millions de livres, et bascule d'un résultat technique positif de 223 millions à une perte de 183 millions. La branche Marine, Aviation et Énergie, elle, réduit sa perte technique de 163 à 72 millions.

La direction assume un choc absorbable

Patrick Tiernan, directeur général de Lloyd's, refuse la dramatisation. Le rapport indique que, « sur la base des expositions et des dommages observés à ce jour, nous ne prévoyons pas que la situation constitue un événement de capital pour le marché de Lloyd's ni qu'elle ait un impact significatif sur le compte de résultat ». La présentation aux analystes résume la position en une ligne : « événement gérable en capital et en résultat malgré les pertes ».

Les indicateurs de solidité vont dans ce sens. Le capital total, les réserves et les emprunts subordonnés atteignent 48,4 milliards de livres au 30 juin 2026, contre 49,8 milliards fin 2025, le repli venant d'une restitution de capital aux membres. Le ratio de solvabilité central grimpe à 503 %, celui du marché reste à 199 %. Les notations demeurent inchangées, à A+ chez AM Best et AA moins chez Fitch, KBRA et S&P Global.

« Les syndicats opérant sur le marché de Lloyd's ont produit un ensemble de résultats agrégés solide pour les six mois clos le 30 juin 2026. Mais performance et risque élevé sont loin de s'exclure mutuellement. La discipline de souscription et l'innovation sont les clés du maintien de la surperformance et de la qualité des résultats. »

Patrick Tiernan, directeur général de Lloyd's

Le marché a continué de coter pendant la crise

Le récit opérationnel mérite d'être noté. Selon le rapport, des souscripteurs ont travaillé pendant le week end du déclenchement des hostilités, certains dormant dans leurs bureaux, pour continuer à évaluer et à coter les risques maritimes. Les cotations ont continué d'être émises même lorsque les armateurs renonçaient à les accepter, les risques pour les équipages et les navires étant jugés trop élevés.

Le marché a par ailleurs ouvert des capacités supplémentaires, dont de nouveaux dispositifs dédiés au risque de guerre maritime portés notamment par Chubb et Beazley. Lloyd's reconnaît aussi avoir suscité « une certaine frustration et des interprétations erronées dans les jours qui ont suivi le début des hostilités » et s'engage à clarifier sa terminologie. À la date de publication, les transits par le détroit restent nettement inférieurs aux niveaux d'avant la crise.

Le point faible se situe du côté des placements

Le rendement des placements tombe à 1,8 milliard de livres, soit 1,6 %, contre 3,2 milliards et 3,1 % un an plus tôt. La cause tient à des moins values latentes de 421 millions sur les portefeuilles obligataires, quand le premier semestre 2025 avait dégagé 724 millions de plus values latentes. La remontée des rendements obligataires, alimentée par les tensions géopolitiques et les pressions inflationnistes, a pesé sur la valorisation des titres détenus.

Ce mécanisme parlera aux détenteurs français d'assurance vie. Un fonds en euros repose lui aussi majoritairement sur des obligations comptabilisées au bilan de l'assureur. Quand les taux montent, la valeur de marché du stock obligataire baisse, sans que cela se traduise mécaniquement par une perte pour l'épargnant tant que les titres sont portés jusqu'à l'échéance. Le semestre de Lloyd's illustre l'écart entre performance comptable et performance de marché sur ce type de portefeuille.

Tarifs en baisse, risques en hausse

La véritable inquiétude exprimée par la direction porte sur le cycle tarifaire. Les tarifs reculent de 6,7 % à risque constant, presque le double du rythme de l'an dernier, alors que Patrick Tiernan décrit un monde devenu « structurellement désordonné plutôt que simplement traversé par une période de volatilité accrue ». Le ratio combiné sous jacent, hors sinistres majeurs, se dégrade de 82,1 % à 84,0 %, et le ratio de sinistralité attritionnelle passe de 48,3 % à 51,1 %.

Lloyd's affirme resserrer sa sélection. Environ 20 % seulement des dossiers reçus par les agents de gestion tiers sont transmis à Lloyd's, et la place indique avoir refusé 5,1 milliards de livres d'affaires l'an dernier. La prévision annuelle reste inchangée, avec des primes brutes de 64 milliards de livres à 5 % près et un ratio combiné compris entre 90 % et 95 %.

Ce que cela change pour les épargnants français

Trois enseignements se dégagent pour un investisseur français exposé au secteur européen de l'assurance.

  • Le risque de guerre devient un poste de sinistres chiffrable. Un conflit régional produit désormais une facture comparable à celle d'une saison de catastrophes naturelles, ce qui modifie la lecture du profil de risque des assureurs et réassureurs cotés.
  • La baisse des tarifs érode les marges avant les sinistres. Un recul tarifaire de 6,7 % pèse sur la rentabilité future, indépendamment de la survenue d'un choc. C'est le point que la direction met en avant, davantage que la facture du conflit.
  • Les portefeuilles obligataires restent sensibles aux taux. Le même mouvement de taux qui a coûté 421 millions de livres de moins values latentes à Lloyd's affecte les fonds en euros français, avec des effets décalés dans le temps.

Ce qu'il faut surveiller

La prochaine échéance sera la publication annuelle de mars 2027, qui dira si l'estimation de 1,4 milliard tient une fois les sinistres liquidés. Sur ce type de risque, les provisions initiales évoluent souvent : le semestre a d'ailleurs vu Lloyd's renforcer ses réserves sur le sinistre du pont de Baltimore et réviser ses estimations ukrainiennes, ce qui a partiellement absorbé 3,5 points de reprises de provisions antérieures.

Deux autres points méritent l'attention : le niveau des transits par le détroit, indicateur avancé de l'exposition maritime, et la trajectoire tarifaire du renouvellement de janvier 2027. Si les tarifs continuent de reculer au rythme actuel pendant que les risques géopolitiques se maintiennent, l'équation décrite par Patrick Tiernan se resserrera.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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