Macroéconomie

L'INSEE ramène la croissance 2026 à 0,4 %, Bercy actualise son scénario ce vendredi

L'INSEE a abaissé jeudi sa prévision de croissance 2026 de 0,7 % à 0,4 %, trois fois moins que la zone euro. Pouvoir d'achat en recul de 0,4 %, chômage à 8,6 % fin d'année, 52 000 destructions d'emplois salariés. Roland Lescure présente ce vendredi le nouveau scénario du gouvernement.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite d'une trajectoire de croissance qui s'aplatit sous un faisceau de courbes européennes ascendantes

L'Institut national de la statistique et des études économiques a publié jeudi 10 septembre sa note de conjoncture de rentrée. Son titre, Vigilance orange sur la croissance, dit l'essentiel. L'institut ramène sa prévision de croissance pour 2026 à 0,4 %, contre 0,7 % retenus en juin. La France terminerait l'année à un rythme trois fois inférieur à celui de la zone euro et deviendrait, selon l'INSEE, la seule grande économie avancée à ralentir par rapport à 2025.

Le calendrier donne à cette publication un poids particulier. Roland Lescure, ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, tient ce vendredi 11 septembre à 10h30 à Bercy une conférence de presse consacrée à l'actualisation du scénario macroéconomique du gouvernement. L'exécutif travaillait jusqu'ici sur une hypothèse de 0,7 %, elle-même déjà abaissée depuis 0,9 % au début de l'été. L'écart de 0,3 point avec la statistique publique intervient trois semaines avant le dépôt du projet de loi de finances pour 2027.

Un décrochage qui se lit trimestre par trimestre

La séquence est inhabituelle pour l'économie française. L'activité s'est contractée de 0,2 % au premier trimestre, puis est restée strictement étale au deuxième. L'INSEE attend ensuite 0,1 % au troisième trimestre et 0,2 % au quatrième, une reprise trop tardive et trop modeste pour rattraper le retard accumulé au premier semestre. L'acquis de croissance à mi-année ne dépassait pas 0,3 point.

Dorian Roucher, chef du département de la conjoncture de l'INSEE, a résumé le constat lors de la présentation : « À rebours de ses voisins, l'économie française a décroché. Contrairement au reste de l'Europe, l'activité a reculé cet hiver et est restée étale au printemps. » Il a ajouté qu'il s'agissait d'une surprise que l'institut n'avait pas anticipée.

La comparaison européenne est la partie la plus sévère du document. Pendant que la France reculait puis stagnait, l'Allemagne progressait de 0,4 % puis 0,3 %, l'Italie de 0,3 % puis 0,2 %, l'Espagne de 0,6 % puis 0,7 %, le Royaume-Uni de 0,6 % puis 0,4 %. Aucune de ces économies n'a connu de trimestre négatif au premier semestre.

Les trois moteurs de la demande intérieure sont à l'arrêt

L'INSEE décrit un blocage simultané des trois composantes de la demande intérieure. La consommation des ménages ne progresserait que de 0,3 % sur l'année, après deux exercices déjà faibles. L'investissement des entreprises repasserait en territoire négatif à 0,3 % de recul, freiné par des perspectives de demande dégradées et un coût du capital qui remonte. L'investissement des ménages reculerait plus fortement encore, de 1,3 %.

La dépense publique n'apporte plus le soutien qu'elle offrait les années précédentes. L'institut relève un cycle électoral communal défavorable aux travaux publics et une impulsion budgétaire moins généreuse, conséquence directe de la dégradation des finances publiques.

S'ajoute un facteur climatique que l'INSEE chiffre pour la première fois avec cette précision : les épisodes caniculaires de l'été et une sécheresse d'ampleur ont coûté environ 0,1 point de croissance annuelle. La production agricole a chuté de 3,1 % au deuxième trimestre.

Le pouvoir d'achat recule pendant que les prix réaccélèrent

Pour les ménages, la mécanique est défavorable des deux côtés. Le pouvoir d'achat du revenu disponible brut reculerait de 0,4 % sur l'ensemble de 2026, sous l'effet conjugué d'un emploi salarié en repli et de salaires réels qui progressent à peine.

Dans le même temps, l'inflation repart. Les prix à la consommation ont augmenté de 2,4 % sur un an en août selon l'indice national, soit 2,7 % sur l'indice harmonisé européen. L'énergie porte l'essentiel de cette accélération, à 16,7 % sur un an, dans le sillage des tensions au Moyen-Orient et de la remontée du baril. L'alimentation progresse de 1,1 %, les services de 2,0 %, tandis que les produits manufacturés restent en baisse de 0,4 %.

L'INSEE anticipe une poursuite de cette remontée jusqu'à 2,9 % en décembre sur l'indice national, soit 3,1 % sur l'indice harmonisé, pour une moyenne annuelle de 2,3 %. Un ménage dont les revenus stagnent verrait donc son épargne de précaution rémunérée en dessous de l'inflation sur la fin d'année, la rémunération du Livret A étant fixée à 1,70 % depuis le 1er août.

Le marché du travail bascule

Le volet emploi est celui qui change le plus par rapport à la note de juin. L'INSEE attend la destruction de 52 000 emplois salariés sur l'ensemble de 2026, le recul du secteur privé approchant 66 000 postes, partiellement compensé par environ 95 000 créations d'emplois non salariés.

Le taux de chômage, qui s'établissait à 8,3 % au deuxième trimestre, atteindrait 8,6 % en fin d'année, contre 8,0 % fin 2025. La France retrouverait ainsi un niveau qu'elle n'avait plus connu depuis la sortie de la crise sanitaire.

Cette dégradation alimente la faiblesse de la consommation par un canal indirect souvent sous-estimé : la crainte du chômage pousse les ménages à préserver leur épargne plutôt qu'à la dépenser, ce qui limite le rebond que l'institut espérait pour le second semestre.

Ce que 0,3 point de croissance en moins coûte au budget

L'enjeu budgétaire est direct. Le gouvernement vise un déficit public de 4,9 % du produit intérieur brut en 2026, après 5,0 % en 2025. Une croissance plus faible réduit mécaniquement les recettes fiscales assises sur l'activité, la masse salariale et la consommation.

Les ordres de grandeur habituellement retenus à Bercy situent la valeur d'un point de croissance entre 3 et 4 milliards d'euros de recettes. Les 0,3 point d'écart entre la prévision gouvernementale et celle de l'INSEE représenteraient donc de l'ordre de 900 millions à 1,2 milliard d'euros manquants, avant tout effet sur les dépenses sociales liées au chômage.

Le ministre doit trancher ce vendredi entre deux options. Aligner le scénario du gouvernement sur celui de la statistique publique renforce la crédibilité du texte budgétaire mais oblige à documenter des économies supplémentaires avant le dépôt du projet de loi de finances pour 2027, prévu le 30 septembre. Conserver une hypothèse plus favorable préserve l'équilibre affiché du texte mais expose l'exécutif à la critique du Haut Conseil des finances publiques et des agences de notation, dans un contexte où l'OAT à dix ans évolue déjà au-dessus de 4 %.

Ce que cela change pour les épargnants

Trois conséquences se dessinent pour les patrimoines financiers des particuliers.

  • Le rendement réel de l'épargne réglementée se dégrade. Avec une inflation attendue à 2,9 % en décembre et un Livret A à 1,70 %, l'écart se creuse sur la fin d'année. La prochaine révision du taux interviendra au 1er février 2027, sur la base de la moyenne semestrielle de l'inflation et des taux interbancaires.
  • La prime de risque française reste sous surveillance. Une trajectoire de déficit plus difficile à tenir pèse sur l'écart de rendement entre l'OAT et le Bund allemand, donc sur la valorisation des fonds en euros et des fonds obligataires exposés à la dette souveraine française.
  • Le calendrier fiscal se durcit. Un manque de recettes de l'ordre du milliard d'euros renforce la pression sur les arbitrages du projet de loi de finances pour 2027, dans lequel plusieurs pistes touchant à l'épargne salariale et à la fiscalité du patrimoine figurent déjà parmi les options étudiées.

Les points de vigilance des prochaines semaines

Plusieurs échéances permettront de mesurer si le scénario de l'INSEE se vérifie. L'indice définitif des prix à la consommation d'août est publié le 15 septembre. Le projet de loi de finances pour 2027 est attendu le 30 septembre, accompagné de la nouvelle estimation de déficit de Bercy. Les comptes nationaux du troisième trimestre, qui diront si le rebond de 0,1 % s'est matérialisé, ne seront connus qu'à la fin octobre.

Deux facteurs pourraient améliorer ce scénario. Le taux d'épargne des ménages reste élevé, l'INSEE le situait à 17,5 % du revenu disponible dans sa note de juin, ce qui constitue un réservoir mobilisable si la confiance se rétablit. Un reflux des prix de l'énergie, en cas d'apaisement des tensions géopolitiques, redonnerait du pouvoir d'achat sans intervention publique. L'institut place ces deux hypothèses hors de son scénario central.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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