Analyse des marchés

L'Europe attendue en hausse après la BCE, le Brent retombe de 110 à 106 dollars

Les Bourses européennes sont vues en légère hausse vendredi après trois séances de baisse. Le Brent reflue à 105,91 dollars après un sommet nocturne à 110,19 dollars, mais gagne encore 10 % sur la semaine. L'inflation américaine d'août est publiée à 14h30.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite de la tension entre la remontée des indices européens et le reflux du cours du pétrole brut

Les Bourses européennes étaient attendues en légère hausse à l'ouverture ce vendredi 11 septembre, au lendemain d'une séance de repli marquée par le durcissement monétaire de la Banque centrale européenne et par la flambée du baril. Le contrat à terme sur le S&P 500 gagnait 0,37 % vers 06h35 UTC, un signal de stabilisation après trois séances de recul en Europe.

Le rebond attendu reste fragile. Il intervient alors que le Brent retombe de son sommet de la nuit et que les marchés attendent, à 14h30 heure de Paris, la publication de l'indice des prix à la consommation américain d'août, dernier grand indicateur avant la réunion de la Réserve fédérale des 15 et 16 septembre.

Une séance de jeudi dans le rouge sur toutes les places

La veille, l'Europe avait terminé en baisse pour la troisième séance consécutive. Le CAC 40 a cédé 0,49 % à 8 116,76 points, après avoir ouvert à 8 169,65 points. Sur deux séances, l'indice parisien abandonne 2,42 % depuis son niveau de clôture du 8 septembre, à 8 317,98 points.

Le mouvement a été plus prononcé en Allemagne. Le DAX a reculé de 0,84 % à 25 361,15 points, l'EuroStoxx 50 de 0,67 % à 6 268,97 points et le FTSE 100 londonien de 0,57 % à 10 608,90 points. À Wall Street, le S&P 500 a perdu 0,58 % à 7 591,70 points.

Les rendements obligataires ont accompagné ce repli. Le rendement du Treasury américain à dix ans est monté à 4,944 % jeudi, contre 4,837 % la veille et 4,762 % le 3 septembre. Le Bund allemand de même échéance ressortait à 3,499 % vendredi, l'OAT française à dix ans à 4,30 %, soit un écart d'environ 80 points de base entre Paris et Berlin.

Le pétrole recule après un sommet nocturne

La mention d'un pétrole « sous pression » demande une lecture attentive. Le baril ne baisse que par rapport à un niveau extrêmement élevé atteint quelques heures plus tôt. Le Brent a bondi de 6,34 % jeudi pour clôturer à 107,63 dollars, contre 101,21 dollars la veille. Il a ensuite ouvert vendredi à 109,16 dollars et touché 110,19 dollars, son plus haut niveau depuis le 19 mai selon les données de marché.

Vers 06h36 UTC vendredi, le Brent revenait à 105,91 dollars, en recul d'environ 1,6 % par rapport à la clôture de jeudi. Le brut léger américain WTI s'échangeait à 101,07 dollars. Ce reflux s'apparente à une correction technique : sur la semaine, le Brent affiche toujours une progression d'environ 10 % par rapport à sa clôture du 4 septembre, à 96,28 dollars.

Les tensions autour du détroit d'Ormuz alimentent cette tension sur les prix. Les attaques contre les navires marchands dans la zone ont ravivé les craintes d'une interruption durable de l'approvisionnement. Les taux de fret des pétroliers ont atteint des records, et la production saoudienne a reculé d'environ 1,9 million de barils par jour en août.

Tokyo encaisse le choc énergétique

L'Asie a supporté le poids de cette hausse du brut. Le Nikkei a perdu 1,93 % vendredi pour terminer à 64 011,34 points, contre 65 270,95 points la veille. L'indice a cédé plus de 2 000 points en séance. Le Hang Seng de Hong Kong a reculé de 0,57 % à 24 812,55 points.

La sensibilité japonaise s'explique par la dépendance énergétique de l'archipel, importateur net de pétrole. Le renchérissement du baril pèse mécaniquement sur les marges des entreprises et relance les anticipations de hausse des taux de la Banque du Japon.

La BCE a relevé ses taux la veille

Le conseil des gouverneurs de la BCE a relevé jeudi ses trois taux directeurs de 25 points de base. Le taux de la facilité de dépôt passe à 2,50 %, celui des opérations principales de refinancement à 2,65 % et celui de la facilité de prêt marginal à 2,90 %. Ces niveaux prennent effet le 16 septembre 2026, contre 2,25 %, 2,40 % et 2,65 % depuis le 17 juin.

Les projections de septembre des services de la BCE retiennent une inflation totale de 3,0 % en 2026, 2,5 % en 2027 et 2,1 % en 2028. La révision à la hausse de la prévision 2027, précédemment fixée à 2,3 % en juin, signifie que l'institution ne table plus sur un retour à sa cible de 2 % à l'intérieur de son horizon de projection. La croissance du produit intérieur brut est attendue à 0,9 % cette année, puis 1,4 % et 1,5 %.

L'inflation américaine, juge de paix de la séance

La publication de l'indice des prix à la consommation américain d'août, programmée vendredi à 08h30 heure de New York par le Bureau of Labor Statistics, constitue le principal risque de la journée. Le consensus attend une accélération de l'indice d'ensemble à 0,4 % sur un mois et 3,4 % sur un an, l'indice hors alimentation et énergie étant anticipé à 2,4 % sur un an.

Cette statistique arrive quatre jours avant la réunion de la Réserve fédérale des 15 et 16 septembre. Une surprise à la hausse, alimentée par la composante énergie, compliquerait la tâche de la banque centrale américaine et pèserait sur les actifs risqués.

Ce que cela change pour un épargnant français

Trois mécanismes méritent l'attention des détenteurs de contrats d'assurance vie et de comptes titres.

  • Les fonds en euros bénéficient de la remontée des taux. Avec une OAT à dix ans autour de 4,30 %, les assureurs réinvestissent leurs flux à des rendements supérieurs à ceux du stock obligataire existant, ce qui soutient progressivement les taux servis.
  • Les unités de compte actions subissent la volatilité. Un recul de 2,42 % du CAC 40 en deux séances rappelle que la poche actions reste exposée aux chocs énergétiques et monétaires.
  • Le choc pétrolier agit comme une taxe sur la croissance. Un baril durablement au dessus de 100 dollars pèse sur le pouvoir d'achat et sur les marges des entreprises consommatrices d'énergie, tout en soutenant les valeurs pétrolières.

Points de vigilance

Deux lectures s'opposent sur la suite. Pour les investisseurs qui anticipent un apaisement, le reflux du Brent depuis son sommet nocturne et la fermeté des contrats à terme américains suggèrent que la prime de risque géopolitique commence à se dégonfler, ce qui ouvrirait la voie à un rebond des indices européens.

Pour les plus prudents, la hausse du baril reste de 10 % sur la semaine et les rendements souverains continuent de monter des deux côtés de l'Atlantique. Tant que le détroit d'Ormuz demeure un point de friction, chaque incident maritime peut effacer en quelques heures le reflux observé vendredi matin.

Les éléments à surveiller dans les prochains jours : le chiffre d'inflation américain de vendredi, la réunion de la Réserve fédérale des 15 et 16 septembre, la publication définitive de l'inflation de la zone euro par Eurostat le 17 septembre et l'évolution du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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