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EDF négocie le rachat de So Energy et ses 300 000 clients britanniques

EDF figure parmi les candidats au rachat de So Energy, fournisseur britannique d'électricité qui alimente environ 300 000 foyers et que le groupe public irlandais ESB a mis en vente. La reprise porterait sur le seul portefeuille de clients. Aucun montant n'a été communiqué.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite de réseaux électriques convergents et de flux d'énergie fusionnant, évoquant la consolidation du marché britannique de la fourniture d'électricité

EDF négocie le rachat de So Energy, un fournisseur d'électricité britannique qui alimente environ 300 000 foyers. L'information, révélée par Sky News le dimanche 6 septembre 2026 et reprise le lendemain par plusieurs agences, place l'électricien public français parmi un petit groupe de candidats en discussion avec les propriétaires de la cible.

Aucune valorisation n'a été communiquée. Les discussions demeurent préliminaires et peuvent échouer.

Un actif que l'électricien public irlandais veut céder

So Energy a été fondée en 2015 par Simon Oscroft et Charlie Davies. En août 2021, l'Electricity Supply Board (ESB), le groupe électrique détenu par l'État irlandais, a pris 75 % du capital de l'ensemble formé avec ses propres activités britanniques de fourniture. Le montant n'avait pas été divulgué.

Cet été, ESB a lancé une revue stratégique et confié à PricewaterhouseCoopers le soin d'organiser la vente. Le fournisseur l'a confirmé en juillet : « Notre maison mère, ESB, a engagé un processus destiné à évaluer les options de cession de So Energy », avant d'ajouter qu'« à l'issue d'une revue stratégique, ESB prévoit de se recentrer sur son cœur de métier ».

Interrogée le dimanche 6 septembre, la société est restée prudente : « So Energy étudie plusieurs options mais ne peut pas en dire davantage, le sujet étant commercialement sensible. » En juillet, elle avait précisé que la fourniture d'énergie et le service aux clients se poursuivaient normalement.

Le portefeuille de clients plutôt que la société

Selon les personnes proches du dossier citées par Sky News, une victoire d'EDF dans cette enchère se traduirait vraisemblablement par la reprise du portefeuille de clients, sans acquisition de l'entreprise dans son ensemble. Ce format est courant dans la fourniture d'énergie britannique. Il permet à l'acquéreur de capter des revenus récurrents sans absorber la structure, les systèmes informatiques ni les engagements de sa cible.

EDF n'est pas seul en lice. Au moins un autre candidat participe au processus, dont l'identité n'a pas été établie. La concurrence entre acheteurs pèse mécaniquement sur le prix que devra consentir le vainqueur.

Pourquoi la filiale britannique d'EDF cherche de la taille

EDF Energy compte trois millions de clients et cinq millions de comptes de l'autre côté de la Manche. Le groupe appartient aux « big six », les six fournisseurs qui structuraient historiquement le marché britannique. Sa position relative s'est pourtant dégradée : il se situe désormais loin derrière Octopus Energy et British Gas, filiale de Centrica, dans une configuration comparable à celle de Scottish Power.

Reprendre 300 000 comptes constituerait un rattrapage partiel. L'opération s'inscrit dans une vague de concentration plus large du marché de détail.

Une recomposition accélérée par le rapprochement E.ON et Ovo

Le 11 mai 2026, E.ON a annoncé l'acquisition d'Ovo Energy. L'autorisation des autorités de concurrence est attendue au second semestre 2026, les deux entités opérant séparément jusqu'à la finalisation. Le nouvel ensemble atteindrait une taille comparable à celle des deux premiers acteurs du marché.

Chris Norbury, directeur général d'E.ON UK, justifiait alors l'opération : « Pendant des décennies, le système énergétique britannique s'est trop concentré sur l'amont. Nous avons aujourd'hui l'occasion de changer cela. »

Le régulateur Ofgem recensait 17 fournisseurs actifs sur les marchés domestiques du gaz et de l'électricité en mars 2026. La cession de So Energy réduirait encore ce décompte.

Des marges de détail sous contrainte réglementaire

Le contexte tarifaire complique l'équation. Le 26 août 2026, Ofgem a relevé de 4 % son plafond de prix, qui passe de 1 663 à 1 723 livres par an pour un foyer type payant par prélèvement automatique, sur la période allant du 1er octobre au 31 décembre 2026. Le régulateur précise que la suppression de la TVA sur les factures d'électricité domestiques, décidée par le gouvernement britannique, est intégrée à ce calcul : sans elle, le plafond aurait été supérieur d'environ 45 livres.

Ce plafond encadre les tarifs variables standards et limite la capacité des fournisseurs à répercuter leurs coûts. Acquérir des clients dans un tel environnement suppose de miser sur les économies d'échelle davantage que sur les marges unitaires.

Ce que l'opération dit du bilan d'EDF

L'électricien français a publié le 31 juillet 2026 des comptes semestriels solides sur le plan opérationnel. Le chiffre d'affaires atteint 57,4 milliards d'euros, l'EBITDA 14,1 milliards contre 15,5 milliards un an plus tôt, et le résultat net part du groupe 5,2 milliards. Bernard Fontana, qui dirige le groupe, a estimé que « le premier semestre 2026 est marqué par des résultats opérationnels et financiers conformes à nos attentes ».

L'endettement financier net reste stable à 51,5 milliards d'euros, soit 1,8 fois l'EBITDA. EDF vise un ratio inférieur ou égal à 2,5 fois en 2027 et anticipe un EBITDA 2026 en repli d'environ 10 % par rapport à 2025, sous l'effet de la baisse des prix de marché et des canicules.

Le groupe procède parallèlement à des arbitrages de portefeuille. La cession des activités d'EDF power solutions en Amérique du Nord a été annoncée pour une valeur des titres d'environ 4,2 milliards de dollars. Une acquisition britannique ciblée, portant sur un fichier client davantage que sur des actifs industriels, mobiliserait des capitaux limités au regard de ces montants.

Ce que cela change pour un épargnant français

EDF n'est plus cotée depuis sa renationalisation, l'État français détenant la totalité du capital depuis juin 2023. Aucune exposition directe à ce dossier n'est donc possible par un plan d'épargne en actions ou un compte titres ordinaire.

L'exposition passe par la dette du groupe, émetteur régulier sur le marché obligataire. EDF a levé plus de 5,1 milliards d'euros au premier semestre 2026, dont 2,75 milliards d'obligations vertes destinées à financer la prolongation de la durée de vie des réacteurs français et le projet Hinkley Point C. Les concurrents cotés du secteur, parmi lesquels Centrica et E.ON, offrent une lecture indirecte de cette consolidation.

Ce qu'il faut surveiller

  • L'issue de l'enchère conduite par PricewaterhouseCoopers et l'identité du candidat concurrent.
  • Le périmètre finalement retenu : reprise du seul portefeuille de clients ou acquisition de la société.
  • La décision des autorités britanniques de concurrence sur le rapprochement entre E.ON et Ovo Energy, attendue d'ici la fin de l'année.
  • Le prochain plafond tarifaire d'Ofgem, applicable au premier trimestre 2027, qui déterminera les marges du secteur.
  • La trajectoire d'endettement d'EDF, mesurée à l'aune de son objectif de 2,5 fois l'EBITDA en 2027.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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