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Livret A : un plafond à 30 000 euros pour financer l'adaptation au changement climatique

Monique Barbut propose de porter le plafond du Livret A de 22 950 à 30 000 euros pour financer l'adaptation climatique. La Fédération bancaire française dénonce une mesure au bénéfice des épargnants les plus aisés. Matignon arbitrera d'ici fin septembre.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite d’un livret d’épargne dont les flux financent l’adaptation climatique, entre vagues de chaleur et courants d’eau protecteurs

Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, a proposé de porter le plafond du Livret A, le livret d'épargne réglementée dont les intérêts échappent à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux, de 22 950 à 30 000 euros. Cette piste a été formulée vendredi 4 septembre dans un entretien aux Échos, repris par l'Agence France-Presse (AFP). L'objectif affiché est de dégager 10 milliards d'euros par an pour financer l'adaptation du pays au changement climatique.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu avait confié fin juillet à la ministre le soin de proposer des mesures pour accélérer le Plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC), le dispositif qui organise la réponse publique aux canicules, aux sécheresses et aux épisodes météorologiques extrêmes. Les conclusions sont attendues d'ici fin septembre. La piste du Livret A n'a encore été validée ni par Matignon ni par Bercy.

« Nous avons vécu l'été le plus chaud jamais enregistré depuis le début des mesures en 1900 », a résumé la ministre, après un bilan climatique présenté au siège de Météo-France. Le coût des canicules et de la sécheresse de l'été 2026 est estimé entre 10 et 15 milliards d'euros, selon les chiffres cités par l'AFP.

Une piste chiffrée à 10 milliards d'euros par an

« Je souhaite proposer aux Français qu'une partie de leur épargne (…) contribue au financement de l'adaptation au changement climatique », a déclaré Monique Barbut aux Échos. Le relèvement du plafond de 22 950 à 30 000 euros, une hausse de 30,7 %, doit alimenter des prêts de long terme distribués par la Caisse des dépôts et consignations (CDC), l'institution publique qui centralise une large part des dépôts du Livret A et du LDDS (Livret de développement durable et solidaire).

« Ce n'est pas une taxe : il ne s'agit pas de demander aux Français de payer un impôt supplémentaire », a insisté la ministre. Les fonds serviraient des prêts bonifiés pour équiper les hôpitaux en réseaux de froid et de chaleur ou pour isoler les bâtiments publics, ainsi que des aides publiques destinées aux projets à faible retour économique : renaturation d'écosystèmes, reméandage de rivières. La Caisse des dépôts serait favorable à la mesure, selon Les Échos ; l'arbitrage final revient à Matignon.

Combien rapporterait un plafond à 30 000 euros ?

Au taux actuel de 1,7 %, en vigueur depuis le 1er août après six mois à 1,5 %, un épargnant qui maintiendrait 30 000 euros sur son livret pendant une année complète percevrait environ 510 euros d'intérêts, contre 390 euros au plafond actuel de 22 950 euros, soit un gain d'environ 120 euros par an. La rémunération sera réexaminée le 1er février 2027. Les simulations publiées par MoneyVox l'anticipent en hausse.

Le public directement concerné est étroit mais détient l'essentiel de la collecte : 15 % des livrets, ceux qui ont atteint le plafond, concentrent environ la moitié de l'encours, selon les données 2025 de la Banque de France. Le Livret A compte 58 millions de comptes ouverts, détenus par 83 % des Français, pour un encours moyen de 7 554 euros en 2025.

Le LDDS, plafonné à 12 000 euros, sert le même taux de 1,7 % et participe au financement du logement social. Un épargnant qui sature déjà son Livret A et son LDDS disposerait, avec un plafond relevé, de 7 050 euros de capacité de versement supplémentaire sur le seul Livret A.

Les banques dénoncent une mesure coûteuse et inéquitable

La Fédération bancaire française (FBF) a réagi dès la soirée du 4 septembre par une déclaration transmise à l'AFP. « Relever le plafond du Livret A reviendrait à accroître une dépense publique au bénéfice des détenteurs de Livret A les plus aisés et au détriment de ceux qui investissent pour la transition », écrit l'organisation professionnelle.

Pour la fédération, la mesure « immobiliserait davantage d'épargne dans des placements liquides et garantis plutôt que dans des placements de long terme dont les entreprises ont besoin », et dégraderait les conditions de financement de la transition. Philippe Crevel, directeur du Cercle de l'épargne, un cercle d'analyse dédié aux questions d'épargne, pondère l'effet attendu : le relèvement « peut potentiellement générer 10 milliards d'euros d'encours supplémentaires », estime-t-il. Il alerte aussi sur le manque à gagner fiscal : les livrets réglementés exonérés, du Livret A aux anciens plans d'épargne logement, représentaient près de 5 milliards d'euros de recettes en moins pour l'État en 2025. Au 8 septembre, Bercy, contacté par l'AFP, n'avait pas répondu dans l'immédiat.

Des dépôts déjà mobilisés au-delà du logement social

Le logement social absorbe déjà près d'un tiers des dépôts du Livret A, sous forme de prêts aux bailleurs. La défense et le nucléaire ont aussi été évoqués ces dernières années comme affectations possibles de l'épargne réglementée, avant que l'adaptation climatique ne vienne s'ajouter à la liste, selon FranceTransactions.

Les masses en jeu sont considérables mais marquent le pas. L'encours cumulé du Livret A et du LDDS s'établissait à 608,4 milliards d'euros fin juillet 2026, en recul d'un milliard sur un an, selon la Caisse des dépôts. Le mois de juillet a enregistré 80 millions d'euros de collecte nette sur le Livret A, mettant fin à six mois consécutifs de décollecte. Le premier semestre 2026 reste, pour la collecte du Livret A, le plus faible depuis près de vingt ans.

Un arbitrage attendu d'ici fin septembre

Trois jalons rythment la suite du dossier. Matignon doit d'abord arbitrer la proposition dans le cadre des conclusions du plan d'adaptation, promises pour fin septembre. Le taux du Livret A sera ensuite révisé le 1er février 2027, conformément à la règle de révision semestrielle. Les candidats à l'élection présidentielle de 2027 devront enfin, selon Monique Barbut, intégrer l'adaptation climatique « comme un déséquilibre profond de notre modèle ».

Pour les épargnants, le changement resterait contenu : le Livret A conserverait sa disponibilité immédiate et son exonération fiscale, et le relèvement ne porterait que sur les versements au-delà de 22 950 euros. Avec un taux de 1,7 % face à une inflation mesurée à 1,8 % en juin par l'Insee, la question du rendement réel restera posée quelle que soit la décision finale.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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