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Londres tokenise ses 100 plus grandes sociétés cotées, les Britanniques exclus

Le London Stock Exchange et Payward, maison mère de Kraken, portent les 100 plus grandes sociétés cotées à Londres sur blockchain sous forme de xStocks. Le produit reste fermé aux résidents britanniques, quand les épargnants français y accèdent via un agrément MiCA irlandais.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite d'un marché actions londonien basculant sur des rails blockchain, flux de titres numériques en dégradé bleu et vert

Le London Stock Exchange a annoncé le mardi 1er septembre 2026 son intention de lancer des structures d'actions tokenisées au Royaume-Uni et un partenariat avec Payward, maison mère de la plateforme crypto Kraken. Dans les prochaines semaines, les 100 plus grandes sociétés cotées à Londres deviendront accessibles sous forme de xStocks, des jetons adossés à raison d'un pour un aux titres sous jacents. Sous réserve d'approbation réglementaire, la Bourse de Londres prévoit de coter ces jetons et de les faire négocier sur LSE 24, sa plateforme ouverte 24 heures sur 24, en 2027.

Le produit comporte une restriction que le communiqué ne commente pas. Sur le site officiel des xStocks, une mention indique que les jetons ne sont pas disponibles pour les résidents des États-Unis, du Royaume-Uni, du Canada, de l'Australie et des juridictions sanctionnées. La Bourse de Londres met donc ses plus grandes valeurs sur blockchain pour des investisseurs de plus de 110 pays, sans que les épargnants britanniques puissent y accéder. Un particulier français, lui, le peut.

La Bourse de Londres ouvre deux chantiers de tokenisation

Le communiqué de LSEG distingue deux projets. Le premier est le partenariat avec Payward, qui porte sur la distribution des xStocks et sur la connexion entre les infrastructures réglementées du groupe et les écosystèmes en chaîne. Le second est une structure d'actions tokenisées britannique propre au London Stock Exchange, présentée comme conçue pour élargir l'accès aux marchés de capitaux tout en préservant les droits d'actionnaires, les protections et les standards de gouvernance qui encadrent aujourd'hui les marchés publics.

Ce second chantier s'appuierait sur le Digital Securities Depository, l'infrastructure de règlement et de conservation de LSEG dédiée aux titres numériques, pour le règlement et le service des titres tokenisés, là encore sous réserve d'approbation réglementaire. Le groupe le rattache à un ensemble plus large de projets de modernisation qui comprend LSE 24 et le Digital Settlement House, une plateforme qui permet un règlement instantané en monnaie de banque commerciale, sur plusieurs devises et juridictions, en paiement contre paiement comme en livraison contre paiement.

« La tokenisation peut changer la façon dont les investisseurs accèdent aux marchés financiers et dont les émetteurs les utilisent, mais elle doit se développer d'une manière qui préserve la confiance, les droits et le rôle des marchés réglementés », a déclaré Julia Hoggett, directrice générale de London Stock Exchange plc et responsable des marchés numériques et de titres chez LSEG.

Un adossement d'un pour un, sans droit de vote

Chaque xStock est adossé à raison d'un pour un à l'actif sous jacent, détenu en conservation réglementée, et peut être remboursé contre sa contre valeur en espèces ou contre le titre lui même, selon la documentation du produit. Les jetons circulent librement entre plateformes centralisées, portefeuilles auto conservés et applications décentralisées, et s'achètent de façon fractionnée à partir d'un dollar.

La limite figure dans la foire aux questions de Kraken : les xStocks ne confèrent pas de droits d'actionnaire tels que le droit de vote, et offrent une exposition au prix de l'actif sous jacent sans comporter les mêmes droits que le titre lui même. Un porteur de jeton AstraZeneca suit donc le cours sans voter en assemblée générale. La formule d'Arjun Sethi, codirecteur général de Payward, résume l'argument commercial : « Une action qui peut se négocier en continu, atteindre un investisseur presque partout, et conserver l'intégrité de prix du sous jacent commence à montrer ce qui devient possible quand les titres passent sur des rails blockchain. »

Le dispositif n'est pas expérimental. Le site du produit recensait le 2 septembre 2026 715 actions et ETF tokenisés et plus de 35 milliards de dollars de volume de transactions cumulé, sur Ethereum, Solana, BNB Smart Chain, Mantle, TON et Ink. Payward revendique près de 200 000 détenteurs dans le monde. La société avait noué en mars 2026 un partenariat avec le Nasdaq sur une passerelle entre marchés tokenisés autorisés et sans autorisation, puis en juillet avec le fournisseur GTN pour étendre les xStocks hors des marchés américains, en commençant par les valeurs cotées à Hong Kong.

L'accès français passe par un agrément irlandais

Le registre de l'Autorité des marchés financiers apporte la réponse à l'asymétrie géographique. Payward Europe Solutions Limited, l'entité qui exploite Kraken, y figure comme prestataire de services sur crypto-actifs agréé MiCA. Son pays d'agrément est l'Irlande, la date d'agrément le 25 juin 2025, et elle intervient en France au titre du passeport européen plutôt que par un agrément national. Les services couverts comprennent la conservation, l'échange de crypto-actifs contre des fonds, l'exécution d'ordres pour compte de clients et le transfert de crypto-actifs.

Ce passeport prend toute sa valeur depuis le 1er juillet 2026, date à laquelle la période transitoire de MiCA a pris fin dans l'ensemble de l'Espace économique européen. L'Autorité européenne des marchés financiers a accompagné cette échéance d'un avertissement aux investisseurs particuliers : les protections de MiCA ne s'appliquent qu'à l'entité juridique européenne effectivement agréée, ni aux autres sociétés du même groupe, ni aux entités situées hors de l'Union. La vérification passe par le registre des prestataires tenu par l'ESMA.

Quelle fiscalité pour un épargnant français ?

Un xStock relève de la catégorie des crypto-actifs au sens du droit français. Il n'entre pas dans un plan d'épargne en actions, dont l'univers éligible se limite aux titres cotés répondant à des critères précis. Les plus values réalisées lors d'une cession contre une monnaie ayant cours légal relèvent du régime des actifs numériques, soumis au prélèvement forfaitaire unique porté à 31,4 % depuis le 1er janvier 2026, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. L'option pour le barème progressif reste ouverte, et les cessions annuelles inférieures à 305 euros échappent à l'imposition.

L'écart avec la détention classique est net sur le plan patrimonial. Une action AstraZeneca logée dans un compte titres ordinaire ouvre droit au vote, aux dividendes selon les modalités de l'émetteur et aux protections du droit boursier européen. Le jeton correspondant offre un accès continu et fractionné, une transférabilité vers un portefeuille personnel, et une exposition au prix.

New York avait bougé vingt quatre heures plus tôt

L'annonce londonienne suit de très près une opération symétrique de l'autre côté de l'Atlantique. Le 31 août 2026, tZERO Group et Intercontinental Exchange, propriétaire du New York Stock Exchange, ont annoncé une série d'accords autour de la Digital Trading Platform, la future plateforme de titres tokenisés affiliée au NYSE. tZERO y devient partenaire de conception pour l'infrastructure de teneur de registre numérique et de courtier destinée au règlement en chaîne.

ICE investit par ailleurs dans le dernier tour de financement de tZERO et obtient une licence sur son portefeuille de 103 brevets blockchain, qui couvrent les transferts d'actifs conformes, les contrats intelligents et les opérations sur titres. Les deux groupes évalueront également l'usage d'actifs tokenisés de tZERO comme collatéral dans les chambres de compensation d'ICE. La relation est ancienne : ICE avait pris une participation dans tZERO en 2022, année où son dirigeant David Goone était passé à la tête de la société. Le NYSE avait désigné Securitize en mars 2026 comme premier teneur de registre numérique éligible ; tZERO devient le second, ce qui laisse la plateforme ouverte à plusieurs formats techniques.

Euronext avance sans communiqué

Interrogé en février 2026 sur ses propres travaux, Stéphane Boujnah, directeur général et président du directoire d'Euronext, indiquait explorer plusieurs initiatives dans le domaine de la tokenisation, tout en refusant d'en faire un objet de communication : « Nous ne ferons pas de la croissance par communiqué de presse », déclarait-il, promettant des projets rentables répondant aux besoins des clients. L'opérateur des places de Paris, Amsterdam, Bruxelles, Lisbonne, Milan et Oslo n'a depuis publié ni calendrier ni objectif chiffré.

Pour l'épargnant français, la conséquence pratique est simple : aucune valeur du CAC 40 ne figure dans cette première vague de tokenisation, qui porte sur des sociétés cotées à Londres. Les grandes capitalisations américaines et britanniques prennent l'avance sur ce format d'accès, pendant que les émetteurs de la zone euro attendent une infrastructure équivalente.

Le titre LSEG dans un marché en repli

L'action London Stock Exchange Group s'échangeait à 8 568 pence le 2 septembre 2026 à 17h33 heure de Londres, en baisse de 3,03 % par rapport à la clôture précédente de 8 836 pence, avec un plus bas de séance à 8 562 pence pour 907 253 titres échangés. Le mouvement s'inscrit dans un repli général des places européennes ce jour là, sous la pression des prix du pétrole et de la remontée des taux longs, sans qu'un lien puisse être établi avec l'annonce de la veille.

Les points à surveiller

  • La liste exacte des 100 sociétés retenues et la date effective de mise à disposition des jetons, annoncée « dans les prochaines semaines » par Payward.
  • L'obtention de l'approbation réglementaire nécessaire à la cotation des xStocks sur LSE 24, visée pour 2027.
  • Une éventuelle ouverture aux résidents britanniques par la structure réglementée du London Stock Exchange, distincte du produit de Payward.
  • Le traitement des dividendes et des opérations sur titres pour les porteurs de jetons, absent des documents publiés.
  • La réponse d'Euronext, seul grand opérateur européen à ne pas avoir dévoilé de calendrier public.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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