Macroéconomie

Dette : l'AFT prévoit un record de 340 milliards d'euros d'emprunts en 2027

L'Agence France Trésor émettra 340 milliards d'euros de dette à moyen et long termes en 2027, contre 310 milliards en 2026. Le refinancement des emprunts de l'ère Covid pèse, alors que la dette atteint 119 % du PIB et que le spread OAT Bund touche 114 points de base.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Plaques de verre empilées en paliers ascendants devant des arches parisiennes, image du programme d'emprunts record de l'État en 2027

L'Agence France Trésor (AFT) a annoncé mardi 29 septembre 2026 que l'État émettra 340 milliards d'euros de titres de dette à moyen et long termes en 2027, nets des rachats, contre 310 milliards d'euros cette année. C'est le programme de financement le plus élevé jamais fixé par l'agence chargée de gérer la dette et la trésorerie de l'État. L'annonce intervient deux jours avant la présentation du projet de loi de finances (PLF) pour 2027 en Conseil des ministres, prévue jeudi 1er octobre.

Un programme en hausse de 80 milliards d'euros en cinq ans

La progression est continue depuis plusieurs exercices. Selon les chiffres rappelés par BFM Business, le programme d'émissions à moyen et long termes s'élevait à 260 milliards d'euros en 2022, 270 milliards en 2023, 285 milliards en 2024 et 300 milliards en 2025. Le passage à 340 milliards d'euros représente un gonflement de 80 milliards en cinq ans, soit près de 31 %.

Ces 340 milliards d'euros ne correspondent pas à 340 milliards de dette nouvelle. Une large part sert à refinancer des emprunts arrivant à échéance, le reste couvrant le déficit budgétaire de l'État. D'après Reuters, la hausse de 2027 s'explique notamment par la forte augmentation des titres émis pendant la pandémie de Covid qui arrivent à maturité. Ces centaines de milliards d'euros empruntés à faible coût devront être refinancés à des taux bien plus élevés, ce qui fera du service de la dette le premier poste de dépense du budget de l'État, selon l'agence de presse.

Une dette publique à un niveau record

L'annonce de l'AFT suit de quelques heures la publication par l'Insee des comptes de la dette au deuxième trimestre. Fin juin 2026, la dette publique au sens de Maastricht atteignait 3 595,5 milliards d'euros, soit 119,0 % du produit intérieur brut (PIB). Elle a augmenté de 59,6 milliards d'euros en un seul trimestre, après 117,5 % du PIB fin mars.

Ce ratio dépasse le sommet atteint au premier trimestre 2021, à 117,8 % du PIB, au plus fort des mesures de soutien liées à la crise sanitaire. Le ministère de l'Économie et des Finances prévoit 119,3 % du PIB fin 2026, puis 121,7 % en 2027, un niveau jamais observé depuis le début de la série de l'Insee en 1978.

Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, dit « aborder » la situation de la France « avec une certaine gravité ». Selon l'AFP, il juge nécessaire de « faire des choix » pour éviter « une spirale » de la dette. Le gouvernement vise un déficit public ramené à 5 % du PIB en 2027 et à 3 % en 2029, seuil à partir duquel l'endettement pourrait se stabiliser.

Un marché obligataire plus exigeant envers Paris

L'AFT devra placer ce volume record sur un marché obligataire que Reuters décrit comme « de plus en plus tendu », en raison des inquiétudes sur les finances publiques et des incertitudes liées à l'élection présidentielle de 2027. L'écart de rendement (spread) entre les obligations assimilables du Trésor (OAT) et le Bund allemand à 10 ans a franchi en septembre les 100 points de base, une première depuis 2012. Il s'établissait à 114 points de base mardi.

Le calendrier politique ajoute une contrainte. Le PLF 2027 ouvre une session budgétaire à moins de sept mois du premier tour de la présidentielle, devant une Assemblée nationale sans majorité depuis 2024. Le gouvernement a annoncé un effort budgétaire de 54 milliards d'euros pour 2027, que le Parlement devra examiner dans ce contexte.

Ce que le chiffre ne dit pas encore

Le programme de 340 milliards d'euros reste une prévision. Le tableau de financement détaillé de l'État figurera dans le PLF présenté jeudi, et le montant pourra être révisé en cours d'année selon l'exécution budgétaire. Les parts respectives des amortissements de dette et du déficit à financer ne seront connues qu'à cette date.

Quelles conséquences pour les épargnants ?

Pour les ménages, l'offre accrue de dette française pèse avant tout sur les taux longs. Des rendements d'OAT plus élevés augmentent la charge d'intérêts de l'État, mais améliorent aussi la rémunération des nouvelles obligations achetées par les investisseurs institutionnels. Les assureurs, qui placent une large part des fonds euros de l'assurance vie en obligations souveraines, réinvestissent progressivement leurs tombées à ces conditions, avec un effet étalé sur plusieurs années.

À l'inverse, la hausse des taux déprécie les obligations déjà détenues : un fonds obligataire exposé à la dette française à long terme peut afficher des pertes latentes si le spread continue de s'élargir. Les prochaines échéances à surveiller sont la présentation du PLF jeudi, le calendrier trimestriel d'adjudications de l'AFT et les décisions des agences de notation sur la France.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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