Gandrange : trois mois après l'incendie Seveso, la préfecture écarte toute contamination
La préfecture de la Moselle a levé le 27 octobre ses recommandations sanitaires autour du site de déchets dangereux de Gandrange, où un incendie s'est déclaré le 2 août. L'exploitant, filiale de Suez, a reçu une mise en demeure après les constats de l'inspection.
La préfecture de la Moselle a annoncé le mardi 27 octobre 2026 que tout risque de contamination était écarté autour du site de traitement de déchets dangereux de Gandrange, dont un incendie a détruit le bâtiment principal le 2 août. Les recommandations sanitaires préventives publiées le 4 août sont levées. Le dossier administratif de l'exploitant reste ouvert : l'inspection des installations classées a assorti sept points de contrôle de suites administratives après le sinistre. L'enquête sur l'origine du feu se poursuit.
L'installation appartient à SUEZ Alternative Fuels & Energies (SAFE), filiale du groupe Suez, et occupe une partie de l'ancien site sidérurgique de Gandrange, sur la commune d'Amnéville. Elle est classée Seveso seuil bas (catégorie de la directive européenne sur les accidents majeurs réservée aux établissements qui détiennent des quantités importantes de substances dangereuses). L'incendie a blessé trois personnes, un salarié et deux pompiers, et a conduit à la mise à l'abri de 30 000 habitants pendant plusieurs heures.
« C'est un principe de précaution pour protéger toutes les populations compte tenu du sens du vent. »
Hélène Demolombe-Tobie, sous-préfète de Thionville, le 2 août 2026, au sujet du confinement de 30 000 habitants
Deux campagnes d'analyses imposées à l'exploitant
Les analyses ont porté sur deux campagnes successives. Dans son communiqué du 27 octobre, elle explique avoir « imposé à l'exploitant d'effectuer des prélèvements dans l'environnement situé à proximité des lieux incendiés ». Elle ajoute que « les résultats de ces premières analyses ont permis d'identifier les substances émises lors de l'incendie et d'écarter un impact significatif immédiat sur l'environnement à l'extérieur du site SAFE ».
Le préfet Pascal Bolot a ensuite prescrit une seconde phase de prélèvements, élargie aux sols, aux légumes et au miel, sur une zone ajustée aux caractéristiques du sinistre. L'État annonce que ces analyses confirment l'absence d'impact notable hors du site. Les résultats bruts doivent être publiés sur CARTAM, l'outil public de cartographie des mesures réalisées après un accident industriel. Le 28 octobre, ils n'y figuraient pas encore.
Pour les potagers privés, la préfecture maintient un conseil général : « lavage à l'eau du robinet et épluchage avant consommation ». En août, une partie des riverains doutait déjà des messages officiels. Cyrille Villemin, habitant de Vitry-sur-Orne, résumait alors son choix : « On va les éplucher, puis on va les consommer. On se dit que ça n'a pas dû pénétrer dedans quand même, malgré tout. On prend le risque. »
Le rapport d'inspection du 21 août
L'inspection de la DREAL Grand Est (direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement, chargée du contrôle des installations classées) s'est rendue sur le site dès le 3 août. Son rapport, daté du 21 août, constate la destruction totale du bâtiment d'exploitation et de la zone couverte de stockage de déchets chimiques, soit environ 3 000 m².
- Réseau d'eau incendie à sec. Le prestataire du réseau l'avait arrêté et vidangé le samedi 1er août pour une maintenance programmée, avec un redémarrage prévu le 3 août. Le débit prescrit de 600 m³/h n'était pas disponible au début du feu.
- Bassin de confinement indisponible. L'exploitant avait rempli d'eau son bassin de 850 m³, prévu pour retenir les eaux d'extinction, afin de compenser la coupure. Les eaux d'extinction ont été pompées vers la cuvette de rétention d'une cuve de stockage, pour un volume estimé à 500 m³.
- Détection tardive. Les premiers éléments situent l'apparition de la fumée vers 9h20 et la détection automatique s'est déclenchée à 9h45. L'étude de dangers du site retenait un temps de réponse inférieur à une minute.
- Inventaire incomplet. L'état des matières stockées présenté le 3 août regroupait les déchets par familles et omettait une partie des stocks.
- Émulseurs contenant des PFAS. Le site détenait 21 m³ d'émulseurs anti-incendie dont une analyse de juillet 2025 avait relevé la présence de certains PFAS (substances per et polyfluoroalkylées, très persistantes dans l'environnement). Ils n'ont pas servi.
Ces constats prolongent ceux de l'inspection du 17 septembre 2025, qui relevait des « défauts répétés de justification » et demandait sous trois mois des preuves sur le volume d'émulseur, les débits d'extinction et la protection contre la foudre. Au lendemain du sinistre, Jérôme Seguy, secrétaire général de la préfecture, décrivait le fonctionnement prévu : « s'il y a des fumées qui sont détectées, les buses au plafond se déclenchent et éteignent ce qui est allumé. Le fait est que ça ne s'est pas déclenché. »
Une mise en demeure de sept jours
Par un arrêté du 24 août 2026, le préfet a mis SAFE en demeure de produire un état des matières stockées conforme et de rétablir un bassin de confinement disponible, dans un délai de sept jours. Le texte vise l'article L. 171-8 du code de l'environnement. En cas de non respect, cet article autorise l'administration à exiger la consignation du montant des travaux, à les faire exécuter d'office aux frais de l'exploitant, à suspendre l'activité et à prononcer une amende administrative d'au plus 45 000 €, assortie d'une astreinte journalière d'au plus 4 500 €.
Le rapport du 21 août ajoute une demande à six mois : si les installations redémarrent, l'étude de dangers devra modéliser l'incendie généralisé du bâtiment, un scénario que l'exploitant n'avait pas retenu. Pour les émulseurs, l'inspection exige un plan de substitution et d'évacuation vers des filières autorisées au titre des règlements européens REACH et POP (polluants organiques persistants).
Le traitement des déchets, secteur le plus exposé aux accidents
En 2025, la gestion des déchets est restée le secteur le plus accidentogène des installations classées, comme les années précédentes. Les centres de tri, transit et regroupement de déchets non dangereux concentrent près de 20 % des événements du secteur, et l'incendie représente plus de 97 % des cas.
L'un des deux accidents majeurs déclarés à la Commission européenne pour l'année 2025 concernait déjà un site de tri et de prétraitement de déchets dangereux, dans les Bouches-du-Rhône, le 14 juin 2025. Le site, qui contenait 950 tonnes de déchets dangereux, a été détruit à 70 %. Ses eaux d'extinction ont pollué un canal jusqu'à l'étang de Berre, où la baignade, la pêche et le ramassage de coquillages ont été interdits pendant dix jours.
Qui supporte le coût d'une pollution industrielle ?
Le code de l'environnement fait peser la réparation sur l'exploitant. Son article L. 162-1 couvre les dommages causés par les activités professionnelles listées par décret, « y compris en l'absence de faute ou de négligence de l'exploitant ». L'administration dispose ensuite de cinq ans pour recouvrer les coûts des mesures prescrites. Ce régime administratif exclut les demandes d'indemnisation des victimes, qui relèvent du droit civil. L'article 1246 du code civil, en vigueur depuis le 1er octobre 2016, dispose que « toute personne responsable d'un préjudice écologique est tenue de le réparer ».
Analyses, dépollution, réparation des milieux et indemnisation des tiers forment les postes d'un sinistre environnemental. Ces postes relèvent d'une couverture spécifique, l'assurance environnementale et pollution, que le marché français traite comme une branche distincte de la responsabilité civile générale.
Les capacités de cette branche augmentent. L'Association pour le management des risques et des assurances de l'entreprise (Amrae) relève dans son état du marché 2026 l'arrivée de Beazley et HDI avec des capacités propres, à côté du pool historique Assurpol, et des primes plutôt orientées à la baisse. Le même document cite le secteur des déchets parmi ceux où les assureurs se montrent « très sélectifs », avec de possibles majorations ciblées, et note que les garanties « PFAS » deviennent très difficilement accessibles. Pour les renouvellements 2027, un courtier spécialisé estime la capacité globale du marché au-delà de 350 millions d'euros, et anticipe des primes et des franchises stables.
Les prochaines étapes du dossier Gandrange
- Publication des résultats bruts des deux campagnes de prélèvements sur CARTAM, que la préfecture a annoncée et qui restait attendue le 28 octobre.
- Rapport d'accident finalisé que l'exploitant doit transmettre au préfet et à l'inspection au titre de l'article R. 512-69 du code de l'environnement, avec les causes du sinistre et les mesures prévues.
- Étude de dangers révisée, demandée sous six mois en cas de remise en activité des installations détruites.
- Renouvellements d'assurance 2027 des exploitants de sites de déchets, dans une branche où le secteur fait déjà l'objet d'une souscription sélective.
Pour un exploitant d'installation classée, les constats de Gandrange désignent quatre points à vérifier sur son propre site : disponibilité du réseau incendie pendant les maintenances, capacité réelle de rétention des eaux d'extinction, inventaire des stocks tenu à jour et composition des émulseurs.
Sources
- France 3 Grand Est, « Les risques de contamination écartés par l'État trois mois après le spectaculaire incendie de ce site de retraitements des déchets », 28 octobre 2026, lien
- DREAL Grand Est, rapport de l'inspection des installations classées, visite du 3 août 2026, SUEZ Alternative Fuels & Energies, 21 août 2026, Géorisques, lien
- DREAL Grand Est, rapport de l'inspection des installations classées, visite du 17 septembre 2025, 12 novembre 2025, Géorisques, lien
- Préfecture de la Moselle, arrêté de mise en demeure de la société SAFE, 24 août 2026, Géorisques, lien
- Géorisques, fiche de l'installation classée SUEZ Alternative Fuels & Energies, Amnéville (code AIOT 0006200983), consultée le 29 octobre 2026, lien
- Franceinfo, « En Moselle, le confinement de 30 000 habitants levé après l'incendie d'un site classé Seveso », 2 août 2026, lien
- Franceinfo, « Que s'est-il vraiment passé sur le site Seveso de Gandrange, où le système de sécurité incendie ne s'est pas déclenché ? », 6 août 2026, lien
- Le Républicain lorrain, « Incendie chez Safe Suez à Gandrange : trois mois après, tout risque de contamination écarté », 27 octobre 2026, lien
- BARPI, ministère de la Transition écologique, « Inventaire des incidents et accidents technologiques survenus en 2025 », 30 juillet 2026, lien
- Légifrance, code de l'environnement, articles L. 162-1, L. 162-2 et L. 162-21, lien
- Légifrance, code de l'environnement, article L. 171-8, lien
- Légifrance, code civil, articles 1246 à 1252, lien
- Amrae, « État du marché et perspectives 2026, assurances des entreprises », octobre 2025, lien
- Carene, « Renouvellement de votre contrat d'assurance entreprise 2027 », octobre 2026, lien
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