Macroéconomie

Budget 2027 : l'Éducation nationale gagne 1,24 milliard mais perd 374 millions face à l'inflation

Les crédits de l'enseignement scolaire passent de 89,62 à 90,86 milliards d'euros en 2027 (+1,38 %). Avec 1,8 % d'inflation prévue, ils reculent de 374 millions en volume. Le second degré public perd 438 millions et le privé 91 millions.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Pupitre d'écolier avec un cahier et deux piles de pièces en euros inégales, illustrant le budget 2027 de l'Éducation nationale face à l'inflation

Le projet de loi de finances (PLF) pour 2027 porte les crédits de paiement de la mission « Enseignement scolaire » de 89,62 milliards d'euros à 90,86 milliards d'euros, soit 1,24 milliard d'euros de plus qu'en 2026 (+1,38 %). Le gouvernement prévoit dans le même texte une inflation de 1,8 % en moyenne annuelle en 2027. Ramenée à ce rythme de hausse des prix, l'enveloppe recule de 0,41 % en volume. Pour conserver son pouvoir d'achat de 2026, la mission aurait dû recevoir 374 millions d'euros de plus.

Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a défendu le budget le 1er octobre, jour du dépôt du texte à l'Assemblée nationale : « La priorité à l'éducation est objectivement préservée. » Le ministère met en avant une hausse de 1,2 milliard d'euros, alors que les effectifs d'élèves diminuent. Le calcul en euros constants qui suit repose sur les tableaux des projets annuels de performances (PAP) annexés au PLF et sur la prévision d'inflation du gouvernement. France Épargne a refait chaque calcul à partir de ces documents.

Les crédits de la mission Enseignement scolaire pour 2027

La mission regroupe six programmes budgétaires. Les dépenses de personnel (titre 2) en représentent l'essentiel. Elles incluent les contributions de l'État au compte d'affectation spéciale Pensions, qui finance les retraites des fonctionnaires. Hors cette contribution, le ministère chiffre son budget à un peu plus de 64 milliards d'euros.

  • Enseignement scolaire public du premier degré (programme 140) : 28,52 milliards d'euros, +2,20 %.
  • Enseignement scolaire public du second degré (programme 141) : 40,28 milliards d'euros, +0,71 %.
  • Vie de l'élève (programme 230) : 8,25 milliards d'euros, +2,38 %.
  • Enseignement privé du premier et du second degrés (programme 139) : 8,94 milliards d'euros, +0,78 %.
  • Soutien de la politique de l'éducation nationale (programme 214) : 3,09 milliards d'euros, +1,35 %.
  • Enseignement technique agricole (programme 143) : 1,77 milliard d'euros, +2,42 %.

Trois programmes progressent plus vite que les prix : le premier degré public, la vie de l'élève et l'enseignement agricole. Les trois autres restent sous la barre des 1,8 %.

Programme par programme, l'écart avec l'inflation

Le second degré public concentre l'essentiel de la perte. Ses crédits gagnent 282 millions d'euros en valeur. Une progression alignée sur l'inflation aurait demandé 720 millions d'euros. L'écart atteint 438 millions d'euros, soit un recul de 1,08 % en volume. La masse salariale des collèges et lycées publics (39,94 milliards d'euros) progresse de 0,75 %. Les crédits hors personnel du programme baissent de 3,8 %, de 355 à 342 millions d'euros.

L'enseignement privé sous contrat reçoit 69 millions d'euros supplémentaires (+0,78 %). Il lui en aurait fallu 160 pour suivre les prix, ce qui représente un manque de 91 millions d'euros. Les dépenses d'intervention du programme reculent de 1,99 % en valeur, à 875,5 millions d'euros.

Le programme de soutien perd 14 millions d'euros de pouvoir d'achat. Ses crédits de fonctionnement courant reculent de 2,63 %, à 646 millions d'euros. À l'inverse, le premier degré public gagne 110 millions d'euros en volume. Sa hausse de 613 millions d'euros finance pour partie la réforme de la formation initiale des enseignants, qui crée des postes de stagiaires.

Bourses, fonds sociaux et CNED

L'action sociale du programme Vie de l'élève est stable en euros courants : 1 100,6 millions d'euros en 2027 contre 1 100,7 millions d'euros en 2026. Avec 1,8 % d'inflation, elle perd l'équivalent de 20 millions d'euros. Cette ligne finance les bourses de collège et de lycée (794,7 millions d'euros prévus en 2027) et les fonds sociaux des établissements (37,7 millions d'euros). Les échelons de bourses ont été revalorisés de 1,7 % à la rentrée 2026, au rythme de la base mensuelle de calcul des allocations familiales (BMAF).

Hors dépenses de personnel, le programme Vie de l'élève passe de 2,43 à 2,38 milliards d'euros de crédits de paiement, soit une baisse de 2,07 %. Le recul atteint 3,8 % en volume. Les actions éducatives complémentaires aux enseignements baissent de 3,2 % en valeur, à 154,6 millions d'euros.

La subvention pour charges de service public du Centre national d'enseignement à distance (CNED) passe de 26,47 à 22,47 millions d'euros, soit une baisse de 4 millions d'euros (15,1 %). Le SNES, syndicat des enseignants du second degré affilié à la FSU, demande « le rétablissement, a minima, du niveau de SCSP voté en 2026 ». Il rappelle que le CNED doit assurer la « continuité de la scolarité des élèves empêchés ».

Les postes d'enseignants et le gel du point d'indice

Le PLF supprime 1 588 emplois d'enseignants à la rentrée 2027, dont 1 250 dans le public : 414 dans le premier degré et 836 dans le second degré. Le ministère attend 180 000 élèves de moins à cette rentrée. Il indique que la seule baisse démographique aurait permis 9 600 suppressions à taux d'encadrement constant. Le texte crée par ailleurs 1 804 emplois, dont 1 300 accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH).

Pour l'ensemble de la fonction publique d'État, le PLF prévoit que le point d'indice ne sera pas revalorisé en 2027. Les mesures catégorielles de tous les ministères tiennent dans une enveloppe de 166 millions d'euros. Le rapport économique joint au PLF prévoit une hausse des salaires de 2,7 % en 2027.

« La baisse continue de la SCSP pose une question immédiate : quelles conséquences pour les emplois, les recrutements, les conditions de travail et les missions de service public ? »

SNES (FSU), syndicat national des enseignements de second degré, à propos du CNED

La trajectoire 2028 et 2029

Les prévisions indicatives jointes au PAP prolongent la tendance. Les crédits de la mission progresseraient de 0,20 % en 2028, à 91,04 milliards d'euros, puis de 0,42 % en 2029, à 91,43 milliards d'euros. Le second degré public resterait quasi stable (+0,01 % en 2028). L'enseignement privé reculerait de 0,37 % en valeur la même année.

Ces montants peuvent encore changer. L'Assemblée nationale examine le texte en séance depuis le 13 octobre. Les crédits des missions sont votés dans la seconde partie du PLF. Le Parlement dispose de 70 jours à compter du dépôt pour se prononcer.

Bourses et traitements des enseignants en euros constants

Pour les familles, la ligne la plus directe est celle des bourses. Leurs échelons suivent la BMAF, revalorisée chaque 1er avril. La hausse de 1,7 % appliquée à la rentrée 2026 reste inférieure à l'inflation de 2,1 % que le gouvernement prévoit pour 2026. Pour les enseignants, le gel du point d'indice combiné à 1,8 % d'inflation prévue se traduit par une baisse du traitement indiciaire en euros constants, hors avancement d'échelon et primes.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.