Yanbu : Aramco laisse entrevoir un redémarrage, le Brent repasse sous 98 dollars
Des cadres d'Aramco ont assuré de façon informelle à trois raffineurs asiatiques que les chargements pourraient reprendre à Yanbu. Le Brent est retombé sous 98 dollars, sa cinquième séance de baisse, sans qu'aucun calendrier officiel n'ait été communiqué.
Le Brent est repassé sous le seuil des 98 dollars le baril mardi 22 septembre 2026, après que des responsables de Saudi Aramco ont fait savoir à plusieurs raffineurs asiatiques que le terminal pétrolier de Yanbu, sur la mer Rouge, pourrait rouvrir prochainement. Vers 13h10 à Paris, la référence européenne s'échangeait à 98,85 dollars, après un point bas de séance à 97,60 dollars. Le contrat américain WTI cotait 90,53 dollars.
Ce mouvement prolonge un reflux entamé la semaine dernière. Le Brent avait clôturé lundi à 100,34 dollars et enchaîne mardi une cinquième séance de baisse consécutive, selon le relevé publié par Trading Economics en milieu de matinée. Depuis sa clôture du 15 septembre à 108,75 dollars, le baril a effacé près de dix dollars, soit environ un dixième de sa valeur en six séances.
Des assurances informelles, sans calendrier précis
L'information qui a déclenché la baisse reste, à ce stade, officieuse. Des cadres d'Aramco ont donné des assurances informelles à au moins trois raffineurs asiatiques, leur indiquant qu'ils pourraient bientôt venir charger du brut à Yanbu, selon des négociants anonymes cités par Bloomberg mardi. Aucune échéance n'a été communiquée sur la date effective de reprise des chargements.
Ni le ministère saoudien de l'Énergie ni la compagnie nationale n'ont publié de communiqué confirmant une réouverture. Le marché réagit donc à un signal transmis par des intermédiaires commerciaux, pas à une annonce officielle. Cette nuance explique que le repli du baril reste mesuré au regard de l'ampleur de la perturbation en cours.
Les chargements à Yanbu sont suspendus depuis les attaques de drones du 10 septembre contre l'oléoduc Est Ouest, qui alimente ce port depuis les gisements de l'est du Royaume. Aramco a par ailleurs interrompu une partie de ses livraisons d'octobre à des raffineurs européens, une décision révélée par Bloomberg et reprise par Reuters.
Un tube qui porte jusqu'à 4 à 5 % de l'offre mondiale
Mis en service en 1981, l'oléoduc Est Ouest, également appelé Petroline, court sur environ 1 200 kilomètres entre les champs d'Abqaiq, à l'est de la péninsule arabique, et le port de Yanbu sur la mer Rouge. Sa fonction stratégique tient en une phrase : il permet d'exporter du brut saoudien sans passer par le détroit d'Ormuz.
Sa capacité maximale atteint sept millions de barils par jour, rappelle Al Jazeera. Les volumes réellement acheminés ont toutefois beaucoup varié : Riyad a poussé les flux vers l'ouest jusqu'à quatre à cinq millions de barils quotidiens pendant les premiers mois du conflit, soit l'équivalent de 4 à 5 % de l'offre mondiale, avant de retomber autour de deux millions par jour en août selon le cabinet Kpler, au plus bas depuis janvier.
Les drones ont été lancés depuis la province de Maysan, dans le sud est de l'Irak, près de la frontière iranienne, selon les autorités saoudiennes. Le ministère de l'Énergie avait qualifié l'arrêt de mesure « de précaution ». Reuters a rapporté le 17 septembre que trois stations de pompage avaient été touchées, là où les premiers comptes rendus, notamment ceux de Middle East Eye et d'Iran International, n'en mentionnaient que deux.
Le calendrier de réparation demeure le point d'incertitude
Les estimations de remise en service divergent fortement selon les sources, et cet écart constitue le principal risque pour les cours. Le secrétaire américain à l'Énergie, Chris Wright, avait décrit l'arrêt comme « une interruption brève et temporaire » qui se compterait « en jours ». Deux responsables régionaux informés du dossier ont au contraire indiqué à l'agence Associated Press que les réparations pourraient demander trois à cinq semaines.
Une source citée par Bloomberg évoque une reprise partielle, à la moitié de la capacité de l'ouvrage, sous quelques jours, Aramco visant un retour à pleine capacité dans un délai d'environ six semaines. Aucun de ces calendriers n'a reçu de confirmation publique.
En attendant, le Royaume compense par la mer. Aramco a proposé aux acheteurs de brut de Ras Tanura, dans le Golfe, un chargement par transfert de navire à navire au large du port omanais de Sohar, juste à l'extérieur du détroit. Ces transferts sont montés à 2,7 millions de barils par jour, contre 1,5 million en août, selon Kpler. Le détroit d'Ormuz, qui acheminait plus de vingt millions de barils quotidiens avant la guerre, n'en laisse plus passer que six à neuf millions d'après les estimations sectorielles rapportées par Reuters.
Les pétrolières décrochent, le transport aérien rebondit
La baisse du brut a profité aux marchés d'actions européens. Vers 13h10 à Paris, le CAC 40 évoluait à 8 186,71 points, contre 8 138,94 points à la clôture de lundi, et l'Euro Stoxx 50 à 6 347,82 points après 6 318,20 points la veille.
La rotation sectorielle suit la logique habituelle d'un baril qui recule. TotalEnergies, dont les résultats sont directement indexés sur le prix du pétrole, cédait du terrain à 77,75 euros contre 78,56 euros la veille. À l'inverse, Air France KLM, pour qui le carburant représente un poste de coût majeur, progressait à 11,96 euros après 11,47 euros lundi.
Ce que le reflux du brut change pour l'épargnant
Le prix du pétrole irrigue deux canaux qui concernent directement les détenteurs d'un contrat d'assurance vie ou d'un plan d'épargne en actions. Le premier est celui de l'inflation et des taux. Un baril durablement au dessus de cent dollars alimente la composante énergie des indices de prix et complique la tâche des banques centrales. La Banque centrale européenne maintient actuellement son taux de facilité de dépôt à 2,50 % et son taux de refinancement principal à 2,65 %, d'après les séries publiées par son portail de données.
Le second canal est celui de la valorisation des portefeuilles. Les indices européens restent exposés aux grandes valeurs de l'énergie, si bien qu'un repli du brut soulage les secteurs consommateurs tout en pesant sur les producteurs. Un épargnant investi via un fonds indiciel large subit les deux effets en sens contraire, avec une résultante généralement favorable quand la baisse du pétrole s'accompagne d'une détente des taux longs.
La prudence reste toutefois de mise. L'Agence internationale de l'énergie estimait en août que la production saoudienne était tombée à son plus bas niveau depuis plus de trente ans, et anticipait un recul de l'offre mondiale de l'ordre de 5,7 millions par jour sur l'année, chiffres relayés par Al Jazeera. Tant que l'oléoduc n'a pas retrouvé ses volumes, le marché reste vulnérable à tout nouvel incident.
Ce qu'il faut surveiller
- Une confirmation officielle d'Aramco ou du ministère saoudien de l'Énergie sur la date de reprise des chargements à Yanbu.
- Le programme de chargement d'octobre et le sort des cargaisons européennes suspendues.
- Le trafic effectif de pétroliers dans le détroit d'Ormuz, indicateur avancé de la normalisation.
- Les contacts diplomatiques en marge de l'Assemblée générale des Nations unies, qui se tient cette semaine.
Le repli du baril repose pour l'instant sur une intention rapportée par des négociants, pas sur un baril supplémentaire effectivement chargé. Tant que cette distinction tient, la volatilité restera élevée.
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