Marchés privés

Partners Group plafonne les rachats d'un fonds de 8,6 milliards : le private equity rattrapé par la crise de liquidité

Partners Group a limité les retraits de son fonds evergreen Global Value SICAV (8,6 milliards de dollars) après une vague de rachats atteignant 9,8 % de l'actif net. L'action a chuté de 17 % à Zurich. Le private equity devient le deuxième front d'une crise de liquidité née dans le crédit privé.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite d'un assèchement de liquidité sur les marchés privés, formes descendantes en bleu profond et vert émeraude évoquant le blocage des flux de capitaux

Le gestionnaire suisse Partners Group a activé un mécanisme de plafonnement des rachats sur son fonds phare Global Value SICAV, doté de 8,6 milliards de dollars, après une accélération brutale des demandes de retrait de ses investisseurs. L'annonce, faite le 3 juin 2026, a provoqué une chute de l'action de 17 % à la clôture à Zurich, sa pire séance depuis l'entrée en Bourse du groupe en 2006.

Les demandes de rachat ont atteint une estimation de 9,8 % de la valeur liquidative au deuxième trimestre, soit près du double du plafond contractuel de 5 % par trimestre. Ce seuil, prévu dès la conception du fonds, déclenche automatiquement une limitation des sorties au prorata. Concrètement, un investisseur souhaitant récupérer la totalité de son placement ne se voit rembourser qu'une fraction de sa demande sur le trimestre, le solde étant reporté.

Un fonds ouvert confronté à un mur de retraits

Le Global Value SICAV appartient à la famille des fonds dits evergreen, des véhicules à capital ouvert qui fonctionnent sans échéance et autorisent les investisseurs à sortir partiellement, trimestre après trimestre, plutôt que d'immobiliser leur capital sur huit à dix ans comme dans un fonds de private equity traditionnel. Partners Group fut l'un des pionniers de ce format, pensé pour ouvrir les marchés privés à la clientèle patrimoniale.

Cette souplesse constitue aussi sa fragilité. Les actifs sous-jacents, des participations dans des sociétés non cotées, restent par nature illiquides et difficiles à céder rapidement. Lorsque les demandes de sortie se concentrent, le décalage entre la liquidité promise aux porteurs et celle des actifs détenus se révèle au grand jour. Le fonds disposait d'environ 15 % de son actif net en liquidités, complétés par une ligne de crédit non tirée représentant 15 % supplémentaires de sa taille.

Selon la direction, l'essentiel des rachats provient d'Asie et d'Australie. La clientèle patrimoniale pèse environ un cinquième des encours du groupe et occupe une place prépondérante parmi les porteurs du Global Value.

Le private equity, deuxième front d'une crise née dans le crédit

Cet épisode marque un tournant. La pression sur les fonds ouverts ne date pas d'hier : elle s'est installée dès la fin 2025 dans les véhicules de crédit privé, où plusieurs gérants ont dû activer leurs propres limites. Barings a plafonné à 5 % après des demandes de 11,3 %, Ares Management à 5 % après 11,6 %, tandis que des fonds gérés par BlackRock (HPS) et Morgan Stanley (North Haven) ont également bridé les sorties.

Avec Partners Group, c'est désormais le capital-investissement qui est touché, deuxième grande classe d'actifs à céder. Le groupe est l'un des premiers fonds de private equity à fermer ainsi les vannes à ses porteurs.

"Il existe certes des facteurs propres à ce fonds, mais on observe bien que les investisseurs, après plusieurs trimestres de pression sur le crédit privé, commencent à racheter dans d'autres classes d'actifs", a déclaré David Layton, directeur général de Partners Group, sur Bloomberg Television.

La contagion s'est lue immédiatement sur les cours des autres gérants d'actifs alternatifs. Ares Management a reculé de 4,8 %, BlackRock de 2,9 %, tandis que Blackstone, KKR, Apollo et Carlyle ont cédé entre 2 % et 4 %. Le marché réévalue la solidité d'un modèle qui a drainé des dizaines de milliards d'euros d'épargne privée ces dernières années.

Des inquiétudes de fond sur les valorisations

Au delà du choc de liquidité, deux interrogations alimentent la défiance. La première porte sur la valorisation des actifs : un vendeur à découvert avait affirmé fin avril qu'une part importante des évaluations pouvait être surestimée, une allégation que la direction conteste. La seconde concerne l'exposition aux éditeurs de logiciels, secteur où certains craignent une remise en cause des modèles économiques par l'intelligence artificielle. Partners Group indique plafonner cette exposition à environ 10 % de son portefeuille.

Le groupe gère au total près de 185 milliards de dollars, dont plus de 56 milliards répartis sur une trentaine de fonds evergreen couvrant cinq classes d'actifs. Il maintient un objectif de distribution de 15 % pour l'ensemble de l'exercice, en repli d'un point par rapport à 2025.

Ce que cela signifie pour les épargnants

L'affaire illustre un risque souvent sous-estimé des placements en marchés privés ouverts à la clientèle particulière : la liquidité affichée n'est jamais garantie. En période de tension, le mécanisme de plafonnement protège le fonds et les porteurs restants d'une vente forcée d'actifs à prix bradé, mais il prive temporairement le souscripteur de l'accès à son capital.

Pour l'épargnant français exposé, directement ou via une unité de compte de son contrat d'assurance vie, à ce type de produit, la prudence commande de vérifier les conditions de rachat, le niveau réel de liquidité du fonds et la part de son patrimoine allouée à ces stratégies. La diversification et l'horizon de placement restent les meilleurs garde-fous face à des actifs dont la sortie peut se révéler plus longue qu'annoncé.

Ce qu'il faut surveiller

  • La mise à jour des encours de Partners Group attendue le 15 juillet 2026, puis les résultats semestriels le 1er septembre.
  • L'évolution des demandes de rachat au troisième trimestre, indicateur clé d'une éventuelle normalisation ou d'une aggravation.
  • Une possible extension du phénomène à d'autres gérants de fonds evergreen de private equity.
  • Les éventuelles prises de position des régulateurs européens sur la liquidité des fonds ouverts distribués à la clientèle patrimoniale.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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